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La panique des stylos

Posté par lobop le 21 juillet 2012

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Le soleil ne m’a pas fait de bien.

Je suis un pauvre stylo-plume abandonné dans sa boite en bois.

Je me rappelle le jour où elle m’a choisi, elle était si heureuse, si enthousiaste à l’idée de m’avoir enfin trouvé ! Elle m’a essayé tout de suite, avec une cartouche d’encre noire.

J’ai été un peu confus. La plupart des gens, quand ils essaient un stylo-plume, s’appliquent à former de belles lettres, prennent leur temps pour savourer la sensation.

Pas elle, elle m’a de suite fait écrire une page entière à toute vitesse. Je lui ai dit que la lenteur était une qualité, elle ne voulait rien entendre, il fallait qu’elle couche au plus vite sur le papier les mots qui se bousculaient dans sa tête, quitte à ne pas former entièrement les lettres, quitte à être illisible.

J’ai subi ce traitement pendant des jours, d’un coup elle me prenait, me faisait écrire trois feuilles recto-verso d’une traite, puis sans prévenir, m’abandonnait quelques jours.

J’en ai discuté avec mes nouveaux collègues, les stylos-billes noirs. Ils m’ont dit qu’ils avaient toujours vécu comme ça mais que ça ne les dérangeait pas. Les stylos-billes sont des soldats de l’écriture, ils sont créés pour survivre et fonctionner dans les pires conditions.

Mais moi, stylo-plume en bois et métal, j’ai été créé pour la douceur, l’écriture lente et réfléchie, l’amour de la calligraphie.

J’ai alors compris qu’elle n’entendait rien à cet art. Les mots sont un moyen pour elle de se soulager, d’épancher à toute vitesse les pensées qui naissent dans sa tête. Comme des bulles de savon qui éclatent tour à tour dans son esprit, de plus en plus vite, et qui contiennent chacune une pensée qu’il faut se dépêcher d’écrire avant qu’elle ne disparaisse tout à fait.

*

Et puis elle a arrêté d’écrire, d’un coup, comme ça, sans raison apparente. J’ai demandé à mes collègues si elle se servait encore d’eux, mais ils m’ont répondu que non. Nous étions inquiets.

Alors nous avons pris notre courage à deux mains pour aller demander son avis à l’objet qui nous répugne le plus : le clavier d’ordinateur.

Ce n’est pas facile de discuter avec un composant informatique, c’est … binaire. Ça n’a pas d’âme, seulement des fonctions, des compétences et une mémoire incroyable.

Je ne pouvais croire qu’elle nous avait abandonnés pour ne plus se servir que du clavier. C’était impensable, impossible qu’elle arrête de chercher avec un stylo … qu’elle se contente de touches froides et sans âme.

On pourrait penser que j’étais content de ma nouvelle retraite, que j’étais plus tranquille à présent. Mais non, j’avais fini par m’habituer à ce rythme chaotique de travail. Certes, ce n’était pas toujours confortable, mais c’était passionnant. Comme si on vous réveillait au beau milieu de la nuit pour vous emmener à l’autre bout du monde courir, danser dans le vent et vivre dix milles choses à la fois.

C’est rageant, perturbant, peut être même traumatisant, mais aussi très addictif.

On en vient à attendre avec une impatience mêlée d’angoisse le prochain moment, la prochaine aventure. Et on sait qu’on ne pourra pas la prévoir, qu’elle arrivera au moment où on s’y attendra le moins. C’est … excitant, oui c’est le mot, terriblement excitant.

Mais tout cela s’était arrêté, depuis trop longtemps. Et il fallait en découvrir la cause.

Après de longs échanges frustrant avec le clavier … frustrant car il est difficile, voire impossible, de se faire comprendre d’un objet si différent de nous. Imaginez que vous essayez de communiquer avec une espèce différente de la vôtre. Ce n’est pas le même langage, et encore ce n’est pas le plus gênant, mais surtout ce n’est pas le même rapport au monde, pas la même façon de penser, de réfléchir … si tant est qu’un composant informatique pense … là où vous dites « blanc », ils disent « google », là où vous dites « bon », ils disent « cafetière ».

Bref … nous avons réussi l’impossible, nous avons réussi à presque nous comprendre.

Le clavier dit:

« trois kilos de cendres sont tombés sur D F C »

ou encore:

«  5498 barre espace … 2439 suppr … france inter … me suis fait larguée … gmail … maj-loc … subtitles … agencesartistiques.com … addic7ed … » puis toute une liste d’adresse mail incompréhensibles.

Après cet entretien agaçant, nous nous sommes retrouvés entre stylos pour en discuter et essayer de comprendre ce bric-à-brac d’informations.

Bic n°4 dit « la cendre, les touches, elle fume beaucoup » ce à quoi répondit Bic n°11 « les barres espace … c’est la touche pause, mais oui, elle regarde des films ! » « plutôt des séries, dis-je, autant de suppr c’est des épisodes regardés puis supprimés et puis subtitles et addic7ed c’est là qu’elle trouve les sous-titres des séries. » Bic n°7 dit « les agences artistiques, les mails, elle fait des démarches pour son boulot de comédienne … » c’est à ce moment là que Bic-bleu (le seul du groupe) nous dit « mais vous êtes stupides ou quoi ? Vous avez loupé le principal ! « me suis fait larguée », elle a un chagrin d’amour, c’est pour ça qu’elle n’écrit plus ! »

un silence de réflexion s’installa entre nous … « non, dis-je, ça n’a rien à voir, d’habitude, quand ça arrive, elle se met à écrire, à toute vitesse, des textes tristes et beaux, de la poésie malheureuse, des paragraphes de colère … non, ça colle pas. Et puis sa panne d’écriture date de bien avant son histoire d’amour, de bien avant qu’elle le rencontre … »

Bic-bleu dut se rendre à l’évidence, quand bien même elle était déprimée à cause d’un chagrin d’amour, ce n’était pas la cause de notre abandon.

*

Notre réunion s’arrêta là, perplexes et sans avoir trouvé aucune réponse, nous retournâmes chacun à nos places. Pot à crayon, sac à main, bureau … et moi à la petite table orange en plein soleil.

Je m’endormis je crois, sentant mon encre sécher dans ses cartouches et encrouter ma plume, j’acceptais la fin de l’aventure, la fin de ma vie.

Et puis, aujourd’hui, sans crier gare, elle prit ma boite en bois, l’ouvrit et me sortit de là. « le soleil ne doit pas être bon pour toi, elle dit, fait voir dans quel état tu es ». Puis avec beaucoup de tendresse elle m’ouvrit, changea la cartouche, la pressa doucement jusqu’à ce que l’encre inonde ma plume et m’essaya sur du papier. Je sautai alors sur l’occasion pour lui faire part de toutes nos angoisses à mes collègues et moi, cette fois c’était moi qui écrivait à toute allure sans lui laisser le temps de réfléchir.

Quand j’eus fini de lui raconter, quand elle eut comprit à quel point on s’était inquiété pour elle, elle fit une pause. Nous regarda droit dans la plume, droit dans les billes, et dit :

« Je sais. Mais je ne peux plus écrire sur mes états d’âme, c’est vain, tout cela je l’ai déjà vécu, déjà ressenti, déjà écrit. Je veux écrire sur autre chose, des choses nouvelles, pour … changer, je crois, ma manière d’écrire. Mais ces choses nouvelles ne viennent pas, le changement ça prend du temps à se produire. Soyez patients, ma vie me gonfle alors je la change mais … ça prend du temps, de l’énergie, de la force … un jour je reviendrai vers vous pour raconter tout ça. »

« Rien à voir avec le chagrin d’amour ? » Osai-je demander.

Elle réfléchit quelques temps et dit « Non, je ne crois pas, tout ce qui en ressort au final est déjà vécu. Rien qui ne m’empêche d’écrire, rien qui ne m’y pousse. Je crois que c’est l’immobilité qui m’étouffe, je ne peux rien écrire quand je tourne en rond. »

*

Nous acquiesçâmes alors, de nos petits bouchons, et décidâmes de prendre notre mal en patience, d’avoir la foi, plus que de l’espoir, la certitude qu’elle nous reviendrait, un jour, quand le changement se serait produit.

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Maintenant on peut parler

Posté par lobop le 5 janvier 2012

  • comment vas-tu ?

  • Oh tu sais, c’est calme … et toi ?

  • Ce n’est jamais calme, tu sais bien.

  • Et pourtant, ça pourrait l’être.

  • Plus tard …

  • tes doigts sont tachés d’encre.

  • Oui, je sais. J’arrive pas à la faire partir, j’essaie pas vraiment en fait. Ça partira quand je changerai de peau.

  • De peau ?

  • Oui, enfin, quand ma peau se renouvellera. Tu savais qu’il faut trois semaines pour que toute la peau du corps se renouvelle ? Enfin, la couche supérieure de l’épiderme.

  • Trois semaines, vraiment ?

  • C’est ce que j’ai entendu en tout cas. Je sais plus ni où ni qui. Ce n’est peut être pas très fiable finalement.

    Je suis obsédée par les plumes en ce moment.

  • Les plumes ? Comment ça ?

  • Oui, les plumes et l’encre de chine.

  • Ah, ces plumes là !

  • D’habitude, j’écris au stylo-bille noir. Depuis des années, depuis toujours j’écris au stylo-bille noir, tu sais bien.

    Et là, depuis quelques mois, je ne sais pas pourquoi, les plumes m’obsèdent.

    J’ai une écriture tellement illisible … je m’y suis faite. Quand je me couche, j’ai cette image qui vient dans ma tête. Une main, la mienne probablement, qui écrit à la plume.

    Et j’arrive pas à m’en défaire.

  • Et t’écris quoi à la plume dans ta tête ?

  • Des lettres, je ne visualise pas les mots, ou bien que leur début. Mais je vois cette main tracer des lettres. Des L, des M. des lettres avec des boucles et des grands traits qui montent haut dans la feuille, dans le ciel.

    Des F et des G qui plongent comme dans l’océan.

  • … les F et les G dans l’océan …

  • oui. Alors comme je n’arrivais pas à remettre la main sur mes plumes et que mon porte-plume était cassé, j’en ai racheté. Et j’ai écris avec.

    Mais ça n’allait pas, c’était pas la sensation que j’attendais. Parce que ces plumes sont pointues. Elles grattent le papier au lieu de le caresser. C’est très désagréable.

    Et puis devoir aller chercher l’encre régulièrement dans le pot, et voir la densité des mots, de l’encre des mots, s’étioler au fur et à mesure … ce n’est pas beau, c’est très frustrant, il y a des mots qui méritent une si grande densité parfois ! Comme s’ils perdaient de leur force…

  • oui, la densité, c’est important.

  • J’ai pensé me racheter une stylo-plume à cartouche, comme au collège. Mais il y a une rondeur sous ces plumes là, comme une boule sous la pointe.

    Et je n’aime pas cette petite sphère de métal soudée au reste, ça rend l’écriture ronde.

    Quitte à avoir une écriture ronde autant reprendre le stylo-bille !

    Je voudrais trouver un stylo-plume muni d’une plume plate.

    Comme celles qu’on utilise en calligraphie, enfin pas moi, j’en ai jamais fait, je suis bien trop brouillon.

  • Tu fumes toujours dans ta chambre ?

  • Seulement quand j’écris.

  • L’odeur du tabac froid dans les draps … je ne l’ai jamais supportée.

  • Je n’y fais pas attention.

  • Oui, tu as raison, ça ne mérite pas l’attention, une plume plate donc.

  • Oui, parce que parfois, il le faut. Parfois, il y a des choses que j’écris qui supportent mal la rondeur et encore moins les plumes pointues qui agressent le papier.

    Tu penses que ça existe ?

  • Franchement, je n’en sais rien. Je n’en ai jamais vu en tout cas.

  • Moi non plus. C’est bien ça le problème … et ça m’obsède. J’ai envie, terriblement envie d’un stylo-plume à plume plate, c’est … un désir, un besoin.

  • Alors tu fais comment ?

  • Je continue au stylo-bille noir, et je suis frustrée.

    Il t’arrive d’avoir envie de te peindre le visage ?

  • Comment ça ? Comme les pictes ou les amérindiens ?

  • Non … pas vraiment. De temps en temps, ça n’arrive pas souvent mais bon, tard le soir, j’ai envie de me peindre le visage. Pas avec de la peinture, non, mais avec du maquillage.

  • Comme l’envie de se faire jolie ?

  • Non, c’est pour ça que j’appelle ça « se peindre le visage » sinon je dirais que j’ai envie de me maquiller.

  • Et tu le fais ? Tard le soir ?

  • Oui, des fois, quand ça me prend. La dernière fois j’ai pris un pinceau à bout rond et avec du fard à paupière marron, j’ai tracé une ligne juste en dessous de mes sourcils et puis je l’ai faite remonter vers le haut. Comme dans les représentations de Méphistophélès.

    Et puis j’ai redessiné ma bouche.

    J’ai pris un fond de teint pour effacer une grande partie de mes lèvres et j’ai mis du rouge juste au milieu.

  • Comme la bouche d’une geisha ?

  • Encore plus petite.

    Mes pommettes je les ai faites hautes, très hautes, à la limite des yeux et j’ai assombri le creux en dessous…

    je savais que ça te ferait rire.

  • Ça devait être beau à voir ! Et les yeux ?

  • Tout blancs. Au dessus et en dessous. J’avais réussi à dégoter un mascara blanc il y a quelques années … ça fait bien dix ans … et il était encore bon, enfin utilisable quoi.

  • T’as pris une photo ?

  • Non, je l’ai dans la tête, les photos ça m’énerve.

  • Et après qu’est ce que tu as fait ?

  • Et bien je me suis bien regardée pendant cinq minutes. Et puis j’ai tout enlevé avec un coton.

    Je suis allée me coucher et j’ai trouvé le sommeil. La plume plate ne m’obsédait plus…

    je bois trop de café.

  • Depuis quand ? Tu déteste ça !

  • Oui, et je le digère toujours pas, mais je suis devenue accro au cappuccino, j’en ai trouvé par hasard, en poudre. Avec un goût délicieux et ça m’a rendue accro à la caféine j’en ai bien peur.

    Je suis perdue. Entre cette plume que je ne trouve pas et ce papier qui m’appelle.

    Je ne sais plus quoi faire.

    J’avais décidé cette semaine que je verrais le moins de monde possible, que je resterais un peu seule. J’en ai tant besoin.

    Et c’est justement à ce moment là que tout un tas de gens m’appelle, qu’ils me proposent d’aller boire un verre … des gens que je connais, d’autres que je ne connais pas.

    Et la curiosité l’emporte, ou bien l’envie de voir une amie que je n’ai pas vue depuis longtemps.

    Ce que la vie peut être agaçante parfois ! Si seulement je trouvais cette plume !

  • Et bien quoi ? Que ce passerait il ?

  • Je saurais ! Je saurais enfin ce que ça fait d’écrire avec cette plume ! Et j’arrêterais d’y penser …

    tu es le seul à ne pas me parler de médicaments tu sais ?

  • Parce que t’en as pas besoin, t’as besoin d’une plume, plate au bout d’un stylo à cartouche.

  • Oui, mais j’ai peur qu’une telle chose n’existe pas.

  • Quelqu’un l’inventera un jour.

    Je vais devoir te laisser, ça m’a fait plaisir de te voir.

  • Moi aussi papa, c’est tellement dommage que tu sois mort.

  • Ça c’est toi qui le dis …

  • la mort est trop définitive, c’est ça que je trouve dommage.

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la boîte à crayons

Posté par lobop le 23 septembre 2011

De temps à autres, j’ouvre ma boîte à crayons et je sens son odeur.
Cette odeur, c’est un peu ma madeleine de Proust.
Je plonge mon nez dedans, entre les fusains, les crayons, les gommes … et me voilà transportée dans l’atelier d’Isabelle.

Isabelle est ma belle-mère, Isabelle est la douceur, la tendresse, l’amour qu’il manquait chez mon père.

L’atelier était une pièce verte, de ce vert tendre qui rappelle les feuillages timides de printemps.
Il y avait beaucoup de lumière dans cet atelier, deux fenêtres et une porte avec des carreaux qui donnaient sur le jardin.

Il y avait une belle armoire blanche, sans porte, où s’empilaient des pinceaux, des pots à pigments, des feuilles et autres fournitures de peinture.
Cette armoire me faisait rêver.
Elle était magnifique avec toutes ses couleurs, ses bocaux, ses fioles et ses ustensiles.
Comme on pourrait imaginer, l’armoire d’un magicien.

Je l’ai récupérée des années plus tard, elle accueille aujourd’hui mes bandes-dessinées et mes livres.

Devant l’une des fenêtres, il y avait une grande table, plutôt il me semble une planche de bois posée sur des tréteaux.
C’était là qu’Isabelle travaillait, avec encore d’autres pots à pinceaux et d’autres ingrédients de couleurs.
Devant la table, une chaise bien sur, où elle s’asseyait pour peindre.

C’était son repère à Isabelle, cet atelier et ce bureau.

Au fond de la pièce il y avait un fauteuil recouvert de tissus marron.
C’était mon refuge à moi ce fauteuil.
Quand l’ambiance de la maison se faisait trop dure, quand la tension entre mon frère et mon père commençait à monter, je me réfugiais là, dans le calme.
Je regardais Isabelle travailler, et souvent je dessinais à côté d’elle.
Nous avions de longues discussion sur la vie.

Elle ne me fit jamais sentir que je la dérangeais dans son travail. Mon père me disait pourtant « va pas embêter Isabelle ! ».
Elle mettait sa tâche de côté et m’écoutait, jouait avec moi à dessiner des personnages rigolos … « les petits bonhommes » …
parfois je m’endormais sur le fauteuil derrière elle pendant qu’elle reprenait son travail.

L’été nous nous asseyions sur le pas de la porte qui menait au jardin.
Nous parlions en regardant les chauve-souris, la lune, les étoiles et le hérisson du jardin faire le même trajet qu’il faisait tous les soirs.

Je ne me rappelle plus de quoi nous parlions.
Cela n’a pas vraiment d’importance.

En fin de soirée, mon père venait nous rejoindre, pour me dire d’aller au lit.
Et cette pièce … c’était comme si elle avait un pouvoir sur lui.
Comme s’il avait compris qu’il n’était pas vraiment chez lui ici.
Cette pièce ne supportait pas sa colère, sa nervosité et ses angoisses.
Alors quand il y entrait, il laissait tout ça derrière lui et se faisait doux.
Bien que cette douceur ne m’était pas destinée, je suis heureuse aujourd’hui d’avoir quelques souvenirs tendres de mon père.

Quand il venait dans l’atelier, nous cessions de parler.
Et je lui en voulais quand il arrivait sans faire de bruit.
Ce que je disais à Isabelle, il n’avait pas le droit de l’entendre.
Oui, j’étais dure avec mon père quand j’étais petite fille.
Il avait mon amour car il était mon père, mais ne méritait pas ma gentillesse.
Je lui obéissais et faisais le moins de bêtises possibles pour ne pas avoir à faire à lui.

Cette boîte à crayons m’a été offerte par ma grand-mère paternelle.
Sur le couvercle sont peints un berger et une bergère ainsi que cinq petits moutons et au loin des cyprès. Je crois bien que ce sont des cyprès, ces arbres en flèche.
Mon prénom est gravé sur cette boîte.

Quand ma grand-mère me l’a offerte, j’ai été émerveillée qu’il y ait mon prénom dessus.
C’était comme si j’étais sur que cette boîte n’appartenait qu’à moi.
Que ma grand-mère ait trouvé une boîte avec mon prénom était fabuleux.
Je savais ainsi qu’elle l’avait achetée que pour moi, pour mon anniversaire, pendant ses vacances en Ardèche.
Je ne me rappelle plus des autres cadeaux que j’eus ce jour là.
Seule cette boîte compte.

Depuis lors, j’adore les boîtes, les jolies boîtes, celles qui ont du vécu, celles qui sentent bon le bois ou la terre ou même le papier.

La fermeture de cette boîte est en métal doré, comme un petit bijou posé sur du bois.
Oh elle a contenu bien des trésors, et aujourd’hui elle veille sur mes crayons.

Je cherchais mon porte-plume en bambou quand je l’ai ouverte.
Je l’ai trouvé mais la plume est cassée et je n’ai pas pu mettre la main sur celles de rechange.
J’avais envie d’écrire à la plume, pour voir, j’écris tellement mal de toute manière …
Mon outil de prédilection est le stylo BIC, affreuse modernité mais tellement confortable.

J’ai aussi retrouvé mon opinel en cherchant mes plumes.
Des années que je ne l’avais pas vu celui là.
Mon père me l’avait offert quand j’étais petite, je m’étais coupé le doigt avec.
Il s’était rendu compte qu’un opinel n’était pas le meilleur cadeau qu’on puisse faire à une petite fille de 6 ans …

La lame n’est pas aussi rouillée que je l’aurais cru.
Il faudra que je m’en occupe, il pourrait me servir maintenant que je suis plus habile de mes doigts.

Cette boîte, ces odeurs, cet opinel, ce sont tous des souvenirs d’enfance.
Une enfance pas toujours très heureuse, mais c’est la mienne.
Je choisi d’en garder les meilleurs souvenirs.

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