Nonnie

Posté par lobop le 8 décembre 2011

Il était une fois, une jeune femme qui s’appelait Nonnie.

Nonnie n’était pas très jolie, Nonnie n’était pas très maline.

Mais elle avait un grand cœur qui n’aspirait qu’à aimer.

 

Seulement Nonnie avait peu d’occasion de rencontrer un homme à aimer.

Dans son travail, elle ne côtoyait pas beaucoup de gens en vie, car elle travaillait à embaumer les morts.

Elle les rendait beaux, oui ça elle savait le faire.

Elle les maquillait, les coiffait, elle était une véritable artiste.

 

Mais personne ne la remarquait. Elle se tenait voutée, elle marchait en regardant ses pieds, elle ne se coiffait pas et refusait le maquillage tant qu’elle était en vie.

 

Tous les dimanches elle allait se balader dans le grand parc.

Elle le traversait sur toute sa longueur à pieds et sans s’arrêter.

Juste pour respirer, pour faire fonctionner ses jambes, pour entendre le chant des oiseaux, pour sentir les saisons sur sa peau.

 

Là était son quotidien, son travail avec les silencieux, son dimanche avec le parc.

 

Un dimanche parmi tant d’autres, elle fût prise de fatigue.

Elle était au milieu de son parcours et décida, chose qu’elle ne faisait jamais, d’aller s’assoir sur un banc.

Là elle se reposa en regardant les arbres autour d’elle.

 

Et puis à un moment donné, un homme vint s’assoir à côté d’elle.

Cela ne la dérangea pas, elle ne le regarda pas.

L’homme non plus ne la regarda pas, il contemplait lui aussi le paysage.

 

Nonnie sentit alors une main se poser sur la sienne.

Elle ne réagit pas, elle profita juste de cette soudaine chaleur, de cette peau douce qui recouvrait ses doigts.

 

Au bout d’un temps, Nonnie tourna la tête et croisa le regard de l’homme.

Il avait des yeux bons et doux.

Il avait ce regard qu’elle avait toujours voulu croiser.

Ils se penchèrent alors tout doucement l’un vers l’autre et leurs lèvres se rencontrèrent pour un long et délicieux baiser.

 

Ils restèrent longtemps à se regarder et à s’embrasser doucement.

Ils ne parlèrent pas.

À la fin de l’après midi, ils se levèrent, se sourirent, et reprirent chacun leur chemin.

 

Toute la semaine Nonnie pensa à l’homme.

Ne pas savoir son nom, ne pas connaître le son de sa voix ne la dérangeait pas.

Et même, cela lui plaisait.

Comme si la magie se serait brisée s’ils avaient parlé.

 

Le dimanche d’après, à la même heure, Nonnie retourna au parc.

L’homme l’attendait sur le banc.

Elle s’assit à côté de lui et la même chose arriva.

D’abord rien, ensuite les mains, puis le regard et enfin les baisers …

et en fin d’après midi quand elle rentra chez elle, elle n’en savait pas plus mais elle était heureuse.

 

Chaque dimanche, et pendant toute une saison, elle retourna au parc.

Et chaque dimanche la rencontre se répéta.

Toujours pas de paroles, elles étaient inutiles.

 

Seulement un dimanche, l’homme ne vint pas.

Nonnie attendit toute l’après-midi sur le banc, jusqu’au soir, jusqu’à même tard dans la nuit.

Elle finit par rentrer chez elle et pleura jusqu’au matin.

Ses mains, ses lèvres et son silence lui manquaient.

 

En arrivant au travail le lendemain, elle comprit pourquoi l’homme n’était pas venu à leur rendez-vous.

Il était allongé là, sur sa table de travail, éventré, mort des plus morts.

Cela lui fit un choc bien sur.

Et puis elle lit la fiche.

 

Il s’appelait Alain, il était accidentellement tombé sur une scie circulaire.

Il devait être enterré le lendemain.

La famille souhaitait que le cercueil soit scellé.

 

Malgré cette dernière information qui aurait dû lui épargner beaucoup de travail, Nonnie s’occupa de lui toute la journée, puis toute la nuit.

 

Ce fut son œuvre d’art.

Elle recousit son thorax, elle le baigna, le maquilla, l’habilla, le coiffa.

Elle le rendit aussi beau que dans ses rêves.

 

Au petit matin, les croques-morts vinrent récupérer le cercueil.

Ils ne virent pas le beau travail de Nonnie car le couvercle était rabattu.

Ils le scellèrent immédiatement.

 

Ils emportèrent le cercueil qui avait le poids de la mort, un peu plus lourd à chaque pas.

La cérémonie fut brève, l’homme n’avait que peu de famille.

Puis on le mit en terre et le fossoyeur vint pour le recouvrir.

 

Plus tard dans la nuit, Nonnie se réveilla pâteuse, dans le noir, allongée contre un corps froid, dans une odeur pestilentielle.

Elle se maudit de ne pas avoir pris plus de somnifères.

 

Nonnie n’était vraiment pas très maline.

 

« il ne me reste plus que l’asphyxie, j’espère que ce sera rapide ».

 

 

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Tetris

Posté par lobop le 4 novembre 2011

Dès que je ferme les yeux, j’empile des lignes de Tetris dans ma tête.
Je n’arrive pas à contrôler ce phénomène qui me tient éveillée pendant des heures.
Pendant que j’empile les pièces du jeu en pensée, j’imagine, je rêve, de tout ce qui aurait pu être, de tout ce qui pourrait être.
Je discute avec beaucoup de gens, je leur dis beaucoup de choses … ou bien je rêve d’autres gens que je ne connais pas et j’imagine de nouveaux échanges, une autre vie.

Je forme mes lignes de Tetris, comme un puzzle où chaque pièce trouve sa place.
Je cherche une logique dans ma vie, j’ai tellement besoin que les choses aient un sens, une raison d’être, un but ; que je n’arrive pas à accepter l’absurde, le chaos.
Les pièces de Tetris s’emboîtent, telles mes pensées, mes souvenirs, qui s’entrechoquent et se croisent pour tenter de trouver des réponses.

Mais je n’en trouve pas, alors le rêve prend sa place, le fantasme m’emporte vers des espoirs fous tandis que le Tetris, abominable tortionnaire, continue de me tenir éveillée.

L’angoisse monte, la peur, de ne pas réussir à bouger ce que je suis, à vivre la vie dont je rêve, à devenir la femme que j’ai toujours rêvé d’être.
Mais qui me fait tellement peur car je ne la connais pas.
Je ne peux qu’imaginer ses qualités, ses victoires, sa force. Mais j’ai peur de ses défauts, je n’arrive pas à deviner lesquels ils seraient.
J’imagine ses souffrances aussi grandes que la solitude nécessaire à une telle vie, à une telle femme.

J’ai peur de souffrir, j’ai peur de me transformer en un être qui ne sera plus capable d’apprécier les bonheurs simples de la vie.
J’ai peur de ne plus réussir à laisser entrer l’amour dans mon cœur.

Le Tetris … à quoi servent ces épreuves ? À quoi sert cette pièce ?
Seulement à m’emmerder ou bien sert-elle un plus grand dessein ? Un futur dont je ne soupçonne même pas l’existence ?

Y a t-il vraiment une raison à chaque chose ou bien tout n’est-il que chaos, un peu plus dur à chaque niveau jusqu’au game-over ?

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Abandon

Posté par lobop le 25 octobre 2011

Que dire, ce qu’il me manque.
Que dire, à quoi je pense.

Ce sont, deux bouches qui s’aiment. Deux langues qui se frôlent.
Ce sont, des lèvres qui se pressent, des dents qui les mordent.

Un ballet, où les danseurs tourbillonnent, chacun au rythme des papilles.

Ce sont, des paupières qui se ferment de plaisir, des visages qui se rencontrent.
Ce sont, des peaux qui se touchent, des mains qui se croisent.
Ce sont, des bras qui se serrent, des corps qui s’étreignent.

C’est un moment hors du temps, un film où le décors n’a pas d’importance.
C’est un instant sans mot, les dires sont inutiles, seuls les corps parlent un langage secret qui n’a nul besoin de traduction.

Ce sont, les caresses et une compréhension absolue des êtres.

Un curieux manque, un besoin certain.
Tout ce qui fait de nous des êtres humains.

Une envie de s’élever à deux, quelques instants, le temps d’une parenthèse, le temps d’un espoir.
De se sentir moins seule dévorée par le feu.

Créer une magie puissante à en faire pleurer.
Vivre l’intensité pour se montrer que … nous sommes vivants ; et capables de tant de merveilles.

Pour supporter un peu plus … quoi ?
Le poids de la vie, la douleur des jours.

Retrouver la capacité d’accueillir chaque joie sans craindre qu’elle soit la dernière.
Fondre les désillusions dans l’oubli et ne garder que …
Une infime foi, mais un espoir réel, que la force reviendra, grandira et ne partira plus.

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Une grosse boulette

Posté par lobop le 10 octobre 2011

 

 

Nous avons grandi ensemble, Yarl et moi.

Il ne faisait aucun doute qu’un jour, quand nous serions adultes, nous nous épouserions.

Et c’est ainsi que cela s’est passé.

Personne n’a été étonné, non bien-sûr, puisque nous étions inséparables depuis l’enfance.

Si bien que quand il mourut, mon amour pour lui se mua en colère, en rage.

Je refusais qu’il m’abandonne ainsi, pas après toutes ces années … nous nous étions construits l’un avec l’autre, l’un dans l’autre.

Comme deux hémisphères d’un même cerveau.

Comment pouvais-je continuer alors qu’il était parti ?

Je ne savais pas comment faire, je n’avais jamais appris !

Je n’ai jamais été du genre à me lamenter sur mon sort, c’était moi la moitié la plus dure, la plus forte de notre couple.

Lui il était la douceur, la patience, la diplomatie.

Dieu ce que j’étais en colère ! Et je le suis toujours.

Surtout qu’il est parti au plus mauvais moment.

Je dois à présent réparer, ou en tout cas tenter d’arranger la connerie que nous avons faite ensemble.

Lui aurait parlé d’erreur … mais ma sœur a raison, c’est une grosse connerie même si je ne l’admettrai jamais devant elle.

De toute manière je n’en aurai pas l’occasion, puisqu’elle est partie en claquant la porte et en me disant d’aller me faire foutre.

« ça sera fait ! » j’ai répondu.

Yarl est mort le lendemain, je n’ai même pas eu l’occasion de me faire foutre une dernière fois.

Notre connerie … comment expliquer sa nature, comment expliquer ce que nous avons fait, et surtout, comment nous avons réussi …

Quand nous étions enfants, Yarl, ma sœur et moi, ma mère nous disait de ne pas prier trop fort au risque que l’univers nous entende et réalise nos souhaits.

Ma sœur comprenait très bien ce que notre mère voulait dire par là, elle a toujours été plus futée que moi …

Mais moi je voyais en ces paroles la possibilité que mes rêves se réalisent vraiment, et Yarl voyait la même chose. C’est pas pour rien qu’on a fini ensemble, aussi con l’un que l’autre.

Alors nous nous sommes mis à prier, à souhaiter, à rêver très fort.

C’est devenu un jeu entre nous, puis une habitude.

Bien sur, rien ne se passa quand nous étions petits, nous étions trop faibles, nos « voix » n’étaient pas assez fortes pour atteindre … pour atteindre quoi d’ailleurs ? Dieu ? L’univers ? Aucune idée … c’est pas la question de toute manière.

Donc il ne se passait rien, mais plutôt que de nous décourager, cela fit l’effet inverse.

Nous nous entrainâmes, des années durant, à prier de plus en plus fort, sûrs qu’un jour ça marcherait.

Ma sœur, qui est ma jumelle, j’avais oublié de le mentionner, mais ça n’a pas vraiment d’importance non plus … ma sœur donc, nous engueulait quand elle nous voyait prier. Il faut dire qu’on priait pour des choses stupides aussi.

Naturellement cela nous a mené, Yarl et moi à l’exclure de notre « groupe ».

Blessée, elle passa le reste de son enfance et de son adolescence dans les jupes de ma mère à tout faire pour devenir comme elle.

Yarl et moi, ça nous arrangeait bien, puisque nous étions déjà amoureux et que nous ne voulions pas nous embrasser devant elle, devant quiconque … nous étions tranquilles.

J’avais parfois quelques remords vis à vis de ma sœur, quand Yarl n’était pas là, je tentais de me rapprocher d’elle, pour restaurer notre complicité.

Mais ma sœur, grande paranoïaque devant l’éternel, m’accusait de me servir d’elle comme bouche-trou.

Alors je l’abandonnais et je repartais prier.

– à quoi tu prie ? Me demandait-elle souvent.

– Je prie pour que des furoncles te poussent sur le visage. Je répondais avec un sourire mauvais.

– MAAMAAAANNNN !!!

Et elle partait en courant dans la cuisine.

Bien-sûr ce n’était pas vrai, enfin pas toujours.

Puis nous avons grandi, Yarl et moi avons tous les deux fait de brillantes carrières.

Yarl en tant qu’avocat et moi dans la médecine.

Ma sœur quant à elle n’a pas été aussi loin.

Elle a très vite abandonné ses études pour se tourner vers l’art, le dessin, la peinture … elle n’a pas arrêté ses études parce qu’elle était moins intelligente, mais parce qu’elle n’avait pas la gniak, l’esprit de compétition, les dents de requins.

Je l’ai souvent regretté, car étant bien plus humaniste que moi, elle aurait fait un bien meilleur médecin que la plupart de mes collègues, et sans doute que moi même.

Nos relations se sont apaisées à l’âge adulte, surtout parce que je ne la terrorisais plus avec mes histoires de furoncles.

Nous sommes presque devenues proches, jusqu’à ce jour là, le jour de la connerie.

Et Yarl est mort le lendemain, il a voulu tenter un truc fou pour réparer notre connerie, et il est mort.

Donc je suis toute seule pour faire face à ça.

Je porte toute seule la responsabilité et la culpabilité de deux personnes.

Ça fait un sacré poids, et je n’ai plus vingt ans … ni même trente.

Je suis trop en colère pour pleurer Yarl, et je n’aurai certainement pas le temps de le faire avant de mourir à mon tour.

Soit parce que ce que je vais tenter de faire me tuera, soit parce que je n’aurai pas le courage d’affronter ce nouveau monde et que je me foutrai en l’air moi-même.

Nous avons toujours été passionnés Yarl et moi, par l’héroïque-fantaisie et la science fiction.

Par les contes de fées, vous ne me croirez certainement pas quand je vous dirai que le conte préféré de Yarl est, était (j’ai du mal à m’y faire) la petit sirène. Pas celui de Disney, celui d’Andersen, celui qui finit mal.

Moi j’adorais les contes russes, Mama-Yaga … et les frères Grimm.

Et puis vers l’âge de treize ans nous avons découvert le monde de Tolkien.

Nous étions déjà tous les deux passionnés de légendes celtes et de mythologie scandinave.

Alors nous avons adoré Tolkien, jusqu’à lui vouer un véritable culte.

Bon, à l’âge adulte nous nous sommes quand même rendu compte que cet homme écrivait terriblement mal, que malgré des idées merveilleuses, des histoires passionnantes, un monde qu’il avait créé de toutes pièces et qui tenait debout dans sa magie éclatante … son style d’écriture était lourd et maladroit.

 

Mais cela n’a aucune importance, puisque ce qu’on retient de lui est le monde imaginaire qu’il a créé et non son style.

Ce qui est juste à mon avis.

Il n’est pas obligatoire pour créer de grandes histoires d’être un génie de la plume.

Tout le monde ne sait pas faire voilà tout.

Tout comme un chanteur peut avoir une voix magnifique et ne pas être à l’aise sur scène.

C’est dommage mais c’est ainsi.

À partir de l’âge de treize ans donc, Yarl et moi nous nous mîmes à parler de dragons, de hobbits, d’orcs, d’anneau magique …

Et puis nous avons continué nos lectures dans l’héroïque-fantaisie, le médiéval-fantastique puis la science fiction.

Même si nous préférions les mondes habités de magie et de gobelins, nous n’étions pas insensibles aux mondes de Star-Wars et de Dune.

Toute notre vie fut accompagnée d’ouvrages de ce style.

Quand nous nous installâmes ensemble, notre bibliothèque contenait plus de deux milles livres et bande-dessinées que nous avions tous dévorés.

Et je ne parle même pas des films … par exemple toutes les éditions collectors de Conan le barbare et même de Conan le destructeur qui, convenons-en, est une grosse merde …

Les années passant, notre collection doubla, tripla, quadrupla … de volume.

Puis vint un jour où … comment dire, ce n’est pas que nous nous sommes lassés, au contraire, nous avions toujours soif de ces mondes là, de ces histoires.

Mais nous sommes devenus plus exigeants, et les auteurs n’arrivaient plus à combler ces exigences.

Nous repérions très vite quelle allait être la trame de tel livre, nous devinions la fin, qui mourrait, quelles seraient les injustices et qui sauverait le monde bien avant la moitié des livres.

Et c’est là qu’est venue cette idée stupide.

Nous l’avons cautionnée hypocritement en prétextant qu’il fallait un ennemi commun à notre pays pour le sortir de la crise économique et sociale, pour remettre au goût du jour les priorités et pour qu’on oublie un peu le capitalisme et la société de consommation.

Bien sur, c’est très joli dit comme ça, ça aurait même pu plaire à ma sœur.

Mais il faut être honnête, ce que nous avons fait, nous l’avons fait par pur égoïsme.

Fatigués par des histoires creuses écrites par des écrivains sans imagination, nous voulions à présent assister, ou plutôt vivre, dans un monde où la magie existerait, où des nains, des trolls, des elfes et des dragons se tireraient la bourre.

Alors nous nous sommes mis à prier, très fort, et pendant des jours entiers.

Seulement, après des décennies d’entraînement et avec la force que nos « voix » avaient acquise avec l’âge … il s’est passé quelque chose.

Il y a d’abord eu un tremblement de terre qui a ouvert l’océan Atlantique en deux et l’océan Pacifique en quatre.

Au milieu sont apparues des terres, portant chacune d’elles une ou plusieurs races venues des mondes féeriques.

Elles n’ont pas attendu qu’on les invite à prendre le thé sur nos continents, d’ailleurs les êtres humains étaient trop stupéfaits pour faire quoi que ce soit … c’est vrai qu’on leur avait tellement rabâché que si un jour nous rencontrions une autre race intelligente celle-ci viendrait de l’espace, que là, devant ces nouveaux continents peuplés d’êtres fantastiques, ils étaient complètement paumés.

Donc, elles ont commencé à nous envahir, pas en essayant de s’intégrer à nos sociétés, mais tout simplement en les rasant pour reconstruire les leurs par dessus.

Ils sont pas cons, ils ont bien vu que notre système ne valait pas un cachou.

Alors ils ont tout bonnement entamé une … « réforme » … à coups de hache dans la gueule.

Yarl et moi étions ravis, nous sautions partout de joie, enfin le monde allait changer !

Nous avons même presque regretté de ne pas avoir fait d’enfant pour qu’il puisse vivre dans un nouveau monde…

Mais nous avons vite déchanté…

En fait c’est arrivé quand le porte-parole des nains qui avaient envahi la France a annoncé à la télévision que l’espèce humaine était corrompue, qu’elle était à la base de sociétés injustes et immorales, qu’elle n’était qu’hypocrisie et que donc, ils avaient pris la décision de tout simplement procéder à une éradication totale du genre humain.

Pour la première fois depuis l’histoire de l’humanité, nous avons oublié nos différences et laissé de côté toute ségrégation …

On était enfin dans le même bateau, un peu tard, certes, mais je tenais à le souligner.

 

Certains ont pensé fuir en Allemagne en espérant que les elfes qui l’avaient envahie seraient plus cléments … mais ce ne fut pas le cas.

Quant à l’Espagne envahie par les orcs, il ne fallait même pas y songer, ils avaient commencé depuis longtemps le massacre sans prendre la peine de prévenir qui que ce soit.

Les géants des glaces ont élu domicile dans tout le nord de l’Eurasie et se sont régalés des autochtones ainsi que de leurs poneys …

La méditerranée a été envahie par les orcs et les nains et le reste de l’Europe par les elfes …

les elfes … des êtres doux et pacifiques … tu parles ! Ils ont rouvert Auschwitz les cons ! Sauf qu’ils ne font pas de distinction entre les humains qu’ils foutent dedans.

Le continent américain, lui, a été envahi par les gobelins.

J’ai cru au départ qu’ils étaient chanceux, parce que c’est débile un gobelin quand même … mais ils sont nombreux et ils se reproduisent vite.

Ils ont déferlé sur les grandes villes tel des nuées de sauterelles affamées et ont tout pillé.

Le continent américain est un véritable chaos, mis à part peut être la forêt amazonienne où la nature a repris ses droits grâce aux Ents qui montent la garde.

Impossible pour les humains de se planquer dans la jungle, ils se font directement tuer par les arbres.

L’Afrique et l’Inde sont envahie de trolls et d’orcs, plus féroces que ceux qui sont en Europe et qui n’ont eu aucun mal à installer leur royaume militaire ainsi que la loi martiale (laquelle est simple, tout humain trouvé dehors est immédiatement tué ou réduit en esclavage).

Je n’aurais jamais pensé que les orcs puissent être aussi organisés.

Une colonie de mages humanoïdes s’est installée en Asie orientale et déciment les êtres humains peu à peu en expérimentant leur magie sur eux.

Les draws, ont préféré l’Océanie et l’Australie, mais je suis à peu près sure qu’ils n’en feront que leur quartier général et ne tarderont pas à aller se balader dans le monde entier … ils tiennent pas en place ceux là de toute manière.

Quant aux dragons et autres monstres légendaires, ils se sont éparpillés un peu partout.

Je crois qu’il y en a un qui a élu domicile au Tibet et qui a commencé son séjour là bas par un bon repas … de moines.

 

Voilà où nous en sommes.

Et Yarl a essayé d’y mettre de l’ordre, enfin d’appeler de l’aide.

Il a prié très fort, trop fort, pour tenter de faire apparaître … des jedis …

Mais c’est un sith qui s’est pointé, un seul et unique sith qui l’a tué sur le champ.

Il faut le comprendre, un nouveau monde s’offrait à lui sans aucun jedi pour l’emmerder, alors il n’allait pas permettre à ce simple humain d’inviter ses ennemis de toujours.

Mon dieu qu’il était laid ce sith … et il a tué mon Yarl … moi j’étais planquée dans la penderie, bien sur il m’a vu mais n’a pas semblé être inquiété par la simple femme que je suis … laid et machiste …

Bien nous voilà avec tout le bestiaire des terres du milieu sur les bras et pour couronner le tout, un sith qui se balade librement …

Donc oui, ma sœur a raison, c’était une grosse connerie, la pire boulette qu’on puisse imaginer.

Mais là, j’avoue que la situation me donne envie de rire.

Je deviens peut être folle. Mais ça n’a pas vraiment d’importance, les nains sont entrés dans la ville ce matin et notre maigre résistance a été balayée comme un fétu de paille.

Ah Louise, espèce d’idiote, qu’as tu fait avec ton Yarl ? Tu as signé ta propre mort ainsi que celle de l’espèce humaine…

on frappe à la porte, peut être ma sœur qui revient …

– Dame, vous nous avez fait venir sur votre terre par la force de vos prières … vous êtes à présent la déesse de cette planète. Nous vous vénérerons jusqu’à la fin des temps. Me dit un nain

Je regarde la délégation diplomatique, constituée d’un émissaire de chaque race qui nous ont envahi, s’étirer dans le couloir de l’immeuble.

Ah ben me voilà bien, je pensais plutôt mourir aujourd’hui … j’ai envie de rire …

– humm … éclairez moi sur un point … vous voulez une déesse humaine alors que vous détestez et exterminez les humains ?

– Ce n’est pas à nous de choisir la race de nos dieux … mais puisque c’est vous qui nous avez donné la vie, c’est vous notre déesse. Me répond le nain

… et Yarl … mais il est mort le con …

Yarl ? Demande l’orc

mon mari … il a essayé de … enfin bref, il est mort.

Rien ne vous empêche de retrouver un époux parmi nos monarques. Dit le draw avec un petit sourire.

– hum ….Où devrais-je vivre ? Serais-je libre ?

– Où vous voudrez, choisissez et nous vous construirons un palais, vous serez libre et … immortelle. Me répond le mage rouge.

Bon, je vais peut être pouvoir sauver ma sœur, Julia va me détester si je la rend immortelle, mais je ne vais tout de même pas passer l’éternité toute seule !

Ah Yarl, si tu avais attendu juste un peu !

 

 

 

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Ton nom

Posté par lobop le 29 septembre 2011

« je peux encore garder ton nom,
je peux aussi dire que je l’aime. »

Ces deux vers m’obsèdent, me torturent depuis des heures.
Parce-qu’ils résonnent en moi, parce-que depuis des années que je connais cette chanson, ils ne prennent vraiment leur sens qu’aujourd’hui.

Un homme peut-il aimer comme une femme ?
Je me demande.
Il semble le plus souvent que non.
Mais quand j’entends ces deux vers, il semble pourtant que si.

Ton nom … est une musique qui fait naître dans ma drôle de tête, tout un flot d’émotions confuses.
Douleur, amour, faim, désespoir, rêves, tristesse, révolte, désir …
Il n’y a pas assez de mots pour dire à quel point je suis perdue dans ce tourbillon.

Égarée ? Ce n’est pas assez.
Et puis, égarée semble dire qu’on s’est légèrement trompé de chemin, qu’on n’est plus sur la route mais pas si loin.
Moi j’ai pris un sentier qui m’a menée au milieu d’un désert, immense, vide, sans aucun panneau, aucune direction.
Quand j’ai voulu rebrousser chemin, le sentier avait disparu.

Alors j’erre, assoiffée, affamée, à essayer de ne pas perdre trop de force à crier … ton nom.
J’ai tenté de le taire, ne plus le prononcer pour ne plus l’entendre.
Mais les vents dans ce désert sont mesquins.
Ils me le susurrent à l’oreille, et toujours quand je m’y attends le moins.
Je crois prendre un chemin et j’entends ton nom, ma tête tourbillonne et je suis de nouveau perdue.

Je pourrais tenter de me repérer aux étoiles pour retrouver ma route … si seulement j’avais appris cet art, si seulement j’avais appris à m’orienter grâce aux astres …
pour cela il aurait fallu que durant ma vie mes yeux soient tournés vers le ciel.
Ils ne l’étaient pas.
Trop occupée à tenter de comprendre la terre, je ne savais pas qu’il était permis de lever les yeux au ciel … passons.

Aujourd’hui je scrute les étoiles, mais je n’y comprends rien.
Elles parlent un langage qui m’est inconnu.
Elles me taisent leurs secrets et rient de me voir aussi perdue.
Si si, ce sont bien des rires, je les entends.

Avant d’essayer de me repérer aux étoiles, j’ai tenté de le faire grâce au soleil.
Repérer le nord et s’y tenir.
Mais le soleil, dans ce pays, est complètement fou.
Il me fait des farces et je tourne en rond.

M’entends-tu râler, grogner en piétinant le sable de mes pieds nus ?
Ce serait justice que tu m’entendes, puisque c’est ton nom qui me perd.
Et dans l’espoir que tu m’entendes, je grommèle, je râle… exclusivement la nuit, pour t’empêcher de dormir … je suis mesquine, autant que les vents qui murmurent … ton nom.

Les premiers jours, j’ai fait des châteaux de sable, puisque je n’ai pas souvent l’occasion d’aller à la plage.
J’ai voulu en profiter, je suis retombée en enfance.
Mais les châteaux se sont effondrés, il n’y a pas d’eau dans ce désert.
Sans eau, les châteaux ne tiennent pas, qu’ils soient de sable ou en Espagne.
Et, dois-je le préciser, sans vie, les rêves ne tiennent pas non plus.

Alors j’ai arrêté là ma carrière d’architecte, j’ai abandonné les constructions de sable…
Enfin, je fais une petite maison de temps en temps, puis portée par mon élan il m’arrive souvent de faire tout un village.
Et le tout s’effondre, je retombe sur mes fesses.

Ce pays grave ton nom dans les collines, parfois les nuages … je deviens folle peut être.
Des hallucinations ? Oui, on m’a soumis l’idée.
Mais il y a quelque chose d’étrange tout de même à ce que je perde la raison si brusquement.
Non, je crois qu’il y a un peu des deux.
Le désert qui s’amuse à me torturer avec ton nom, et moi qui ne vois que ça.

Si seulement je pouvais trouver ici ne serait ce qu’une fleur, une mauvaise herbe, qui ne porte pas ton nom …
Je la ferais mienne, elle n’appartiendrait qu’à moi, et nous guiderait, mon égoïsme et moi, vers la sortie la plus proche …
une fleur hôtesse de l’air dans un avion désert …

Ça y est, je déraille complètement, trop de soif, trop de faim, trop de ton nom.

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la boîte à crayons

Posté par lobop le 23 septembre 2011

De temps à autres, j’ouvre ma boîte à crayons et je sens son odeur.
Cette odeur, c’est un peu ma madeleine de Proust.
Je plonge mon nez dedans, entre les fusains, les crayons, les gommes … et me voilà transportée dans l’atelier d’Isabelle.

Isabelle est ma belle-mère, Isabelle est la douceur, la tendresse, l’amour qu’il manquait chez mon père.

L’atelier était une pièce verte, de ce vert tendre qui rappelle les feuillages timides de printemps.
Il y avait beaucoup de lumière dans cet atelier, deux fenêtres et une porte avec des carreaux qui donnaient sur le jardin.

Il y avait une belle armoire blanche, sans porte, où s’empilaient des pinceaux, des pots à pigments, des feuilles et autres fournitures de peinture.
Cette armoire me faisait rêver.
Elle était magnifique avec toutes ses couleurs, ses bocaux, ses fioles et ses ustensiles.
Comme on pourrait imaginer, l’armoire d’un magicien.

Je l’ai récupérée des années plus tard, elle accueille aujourd’hui mes bandes-dessinées et mes livres.

Devant l’une des fenêtres, il y avait une grande table, plutôt il me semble une planche de bois posée sur des tréteaux.
C’était là qu’Isabelle travaillait, avec encore d’autres pots à pinceaux et d’autres ingrédients de couleurs.
Devant la table, une chaise bien sur, où elle s’asseyait pour peindre.

C’était son repère à Isabelle, cet atelier et ce bureau.

Au fond de la pièce il y avait un fauteuil recouvert de tissus marron.
C’était mon refuge à moi ce fauteuil.
Quand l’ambiance de la maison se faisait trop dure, quand la tension entre mon frère et mon père commençait à monter, je me réfugiais là, dans le calme.
Je regardais Isabelle travailler, et souvent je dessinais à côté d’elle.
Nous avions de longues discussion sur la vie.

Elle ne me fit jamais sentir que je la dérangeais dans son travail. Mon père me disait pourtant « va pas embêter Isabelle ! ».
Elle mettait sa tâche de côté et m’écoutait, jouait avec moi à dessiner des personnages rigolos … « les petits bonhommes » …
parfois je m’endormais sur le fauteuil derrière elle pendant qu’elle reprenait son travail.

L’été nous nous asseyions sur le pas de la porte qui menait au jardin.
Nous parlions en regardant les chauve-souris, la lune, les étoiles et le hérisson du jardin faire le même trajet qu’il faisait tous les soirs.

Je ne me rappelle plus de quoi nous parlions.
Cela n’a pas vraiment d’importance.

En fin de soirée, mon père venait nous rejoindre, pour me dire d’aller au lit.
Et cette pièce … c’était comme si elle avait un pouvoir sur lui.
Comme s’il avait compris qu’il n’était pas vraiment chez lui ici.
Cette pièce ne supportait pas sa colère, sa nervosité et ses angoisses.
Alors quand il y entrait, il laissait tout ça derrière lui et se faisait doux.
Bien que cette douceur ne m’était pas destinée, je suis heureuse aujourd’hui d’avoir quelques souvenirs tendres de mon père.

Quand il venait dans l’atelier, nous cessions de parler.
Et je lui en voulais quand il arrivait sans faire de bruit.
Ce que je disais à Isabelle, il n’avait pas le droit de l’entendre.
Oui, j’étais dure avec mon père quand j’étais petite fille.
Il avait mon amour car il était mon père, mais ne méritait pas ma gentillesse.
Je lui obéissais et faisais le moins de bêtises possibles pour ne pas avoir à faire à lui.

Cette boîte à crayons m’a été offerte par ma grand-mère paternelle.
Sur le couvercle sont peints un berger et une bergère ainsi que cinq petits moutons et au loin des cyprès. Je crois bien que ce sont des cyprès, ces arbres en flèche.
Mon prénom est gravé sur cette boîte.

Quand ma grand-mère me l’a offerte, j’ai été émerveillée qu’il y ait mon prénom dessus.
C’était comme si j’étais sur que cette boîte n’appartenait qu’à moi.
Que ma grand-mère ait trouvé une boîte avec mon prénom était fabuleux.
Je savais ainsi qu’elle l’avait achetée que pour moi, pour mon anniversaire, pendant ses vacances en Ardèche.
Je ne me rappelle plus des autres cadeaux que j’eus ce jour là.
Seule cette boîte compte.

Depuis lors, j’adore les boîtes, les jolies boîtes, celles qui ont du vécu, celles qui sentent bon le bois ou la terre ou même le papier.

La fermeture de cette boîte est en métal doré, comme un petit bijou posé sur du bois.
Oh elle a contenu bien des trésors, et aujourd’hui elle veille sur mes crayons.

Je cherchais mon porte-plume en bambou quand je l’ai ouverte.
Je l’ai trouvé mais la plume est cassée et je n’ai pas pu mettre la main sur celles de rechange.
J’avais envie d’écrire à la plume, pour voir, j’écris tellement mal de toute manière …
Mon outil de prédilection est le stylo BIC, affreuse modernité mais tellement confortable.

J’ai aussi retrouvé mon opinel en cherchant mes plumes.
Des années que je ne l’avais pas vu celui là.
Mon père me l’avait offert quand j’étais petite, je m’étais coupé le doigt avec.
Il s’était rendu compte qu’un opinel n’était pas le meilleur cadeau qu’on puisse faire à une petite fille de 6 ans …

La lame n’est pas aussi rouillée que je l’aurais cru.
Il faudra que je m’en occupe, il pourrait me servir maintenant que je suis plus habile de mes doigts.

Cette boîte, ces odeurs, cet opinel, ce sont tous des souvenirs d’enfance.
Une enfance pas toujours très heureuse, mais c’est la mienne.
Je choisi d’en garder les meilleurs souvenirs.

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La vieille dame

Posté par lobop le 22 septembre 2011

Elle les quittait toujours quand la passion commençait à disparaître.
Toujours. Elle ne voulait pas que la routine s’installe, elle refusait l’ennui.
Elle préférait être seule plutôt que d’être avec un homme sans être dévorée de passion.

Ils le prenaient mal pour la plupart.
Mais ils ne l’accusaient pas pour autant.
Peut être parce-qu’elle les avait prévenus dès le départ.
Peut être parce-qu’elle savait les choisir.
Peut être parce-qu’ils étaient tous trop fiers pour avouer leur souffrance.

Fiers, oui. Elle les choisissait pour cela.
Elle savait qu’au bout du compte leur fierté serait leur salut.

Elle avait vu un film, un certain soir au cinéma, avec des amis.
En regardant ce film où deux adolescents s’aimaient tendrement, elle avait su que quelque chose était bien mort en elle.
Cette pureté, cette innocence, cette naïveté et cette confiance face à l’amour.
Elle l’avait vécue, il y a bien longtemps, si longtemps qu’elle n’en gardait que de vagues souvenirs diffus.

Elle sut ce soir là que c’était terminé pour elle.
Qu’elle n’aimerait plus jamais de cette manière.

Elle était devenue vieille.
Une vieille dame désabusée et tellement lucide face à l’espèce humaine qu’elle ne faisait confiance à aucune joie.
Qu’elle ne croyait en aucun espoir.

Les compliments la faisaient rire quand ils venaient d’hommes mûrs.
Car elle devinait la concupiscence qu’ils cachaient.
Ces mêmes compliments la rendaient triste quand ils venaient d’hommes jeunes.
Car elle voyait tout l’espoir qu’ils plaçaient en l’amour et toutes les déceptions qu’ils seraient forcés de subir en vieillissant.

Elle provoquait l’admiration chez certaines jeunes femmes, mais elles ne savaient pas qu’il n’y avait que de la tristesse là où elles voyaient de la force, que du cynisme là où elles voyaient de l’humour.

Quand le désir remplace l’amour, quand le fatalisme remplace la douleur.
Que reste-t-il ?
Voici une question qu’elle se posait tous les soirs.
« que suis-je en train de devenir ? »

Pour ne pas devenir folle, elle rêvait chaque jour.
Elle rêvait d’un homme qui saurait faire renaître tout cela en elle.
Elle rêvait d’une relation pure, harmonieuse et exaltante.

Mais quand elle fouillait un peu plus dans son imaginaire trop développé, elle se rendait bien compte qu’elle n’y arriverait pas.
Que même si elle rencontrait un tel homme, elle ne serait pas à la hauteur.
Trop méfiante, trop cynique, trop solitaire.
Elle gâcherait tout.
Et ce qui l’inquiétait le plus au final, c’est que cette vérité là ne lui donnait même plus envie de hurler.

Elle avait tellement aimé être amoureuse.
Elle l’avait été toute sa vie, de plusieurs hommes.
Elle avait confiance, elle savait à l’époque qu’elle portait l’amour en elle et qu’elle saurait toujours trouver un homme à qui le donner.

Mais ce n’est pas la disparition de l’amour qui a fait ce qu’elle est devenue.
C’est la connaissance de l’être humain.

Elle idéalisait les hommes et c’est ce qui lui permettait d’aimer à ce point.
Mais la vie faisant son œuvre, elle apprit à reconnaître les faiblesses, les névroses, les vices de l’être humain.

L’amour qu’elle avait et qui était si pur, si lumineux refusa d’être offert à des êtres aussi instables.
Alors il s’en alla.
Peut être le laissa t elle partir.
Peut être n’avait elle pas la force de le retenir.
La question n’est pas de savoir si elle était fautive ou non.

L’amour s’en alla et laissa un grand vide derrière lui.
Elle tenta de le combler par le désir, l’érotisme.
Mais cela aussi la lassa.

Elle avait toujours su finalement qu’un jour elle serait seule.
Quand elle cesserait de camoufler son intelligence qui effrayait tant ses compagnons.

Et elle avait désiré cette solitude depuis l’enfance.
Elle l’avait appelée si fort.
Elle avait tant prié pour être capable de se passer des autres.

Alors elle ne pouvait pas être en colère contre la vie qui l’avait menée là.
Car au final, elle avait réalisé son rêve.
Un rêve amer.

Tellement apte aujourd’hui à se passer des autres qu’elle en était incapable d’aimer un homme.

Elle ne regrettait pas non, elle savait qu’elle devait en passer par là, par cette étape, et elle en retirera toutes les leçons qu’elle contient.

Elle espère juste que la prochaine sera moins douloureuse.
Mais elle en doute.
Elle se surprend déjà à souhaiter, à prier alors qu’elle sait que c’est de là que son état est venu.

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Malédiction

Posté par lobop le 20 septembre 2011

Non non, je ne dors pas. Non non, toujours pas.
Il y avait des choses étranges dans l’air, aujourd’hui, ce soir, cette nuit.
Ce sont ces choses là qui m’empêchent de dormir.
Ça, et les rêves éveillés…

Ces choses que je n’arrive pas à définir, à nommer, à reconnaître.
Les conversations, oui, des gens autour, tellement à vif.
Comme si je pouvais percevoir derrière leurs voix, leur détresse, leur violence.
« Regardez moi ! Écoutez moi ! »

Chaque mot, chaque parole, chaque voix criait la même chose.
« Je te hais toi serveur qui attire le regard de celle que je convoite. »
« Je te hais toi client qui me traite comme un serviteur. »
« Je te hais toi ami qui n’accorde pas assez de crédit à ce que je dis. »
« Je te hais toi femme qui ne me regarde pas. »

Tant de cris, de rires forcés, pour extérioriser la douleur dans l’urgence.
Hurler la souffrance tout en faisant comme si … tout allait bien.

Sont ils sourds pour ne pas s’entendre ? Pour ne pas entendre la haine qu’ils crachent tous ?
Sont ils aveugles pour ne pas voir qu’ils sont tous en train de se tordre de douleur ?
Sont ils idiots pour croire qu’ils sont les seuls à crier ? Pour croire que les autres sont différents ?
Comme des pantins finalement, qui ne souffriraient pas, qui ne vivraient pas ?

Je me suis tu. J’ai écouté tous les cris.
J’ai vu leurs contorsions de douleur.

Après je n’ai plus pu parler.
Choquée par tant d’horreur.
Comme si j’étais étrangère, comme si j’avais comme malédiction la lucidité dans un monde de fous.

Ils ne m’intéressaient pas non, car je savais tout d’eux.
Et sans aucune prétention, j’ai été surprise moi même de cette clarté, de cette compréhension …
Je me suis tu et j’ai attendu … que le calvaire cesse…

Comme un rêve de fièvre. Un cauchemar de guerre.
Qu’on ne peut pas contrôler, qu’on est condamné à regarder.
Spectateur de l’innommable.
Témoin de l’horreur.
Sans pouvoir rien faire, ni se battre, ni crier, ni mourir.
Les yeux grands ouverts à regarder ce qui ne devrait pas être vu, ce qui ne devrait pas exister.

La haine installée dans les âmes.
La peur ancrée dans les souffles.
Les voix, mélodies d’agression.

Cette société change l’humain en monstre.
Et moi … je ne dors toujours pas.

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Les plumes blanches

Posté par lobop le 14 septembre 2011

Un parterre de plumes blanches.

Les plumes blanches … ça vous colle dessus comme des insectes envahissants.
Ça cherche à entrer dans vos narines, vos yeux, votre bouche.
Ça colle à vos doigts ça s’emmêle dans les poils des bras.

Les plumes blanches … partout.
Recouvrant mes chaussures, et le bleu de mon jean.

Les plumes blanches … plein les cheveux.
Ça vous englobe dans un silence, un silence de jour de neige, de jour de décembre, de jour de vacances d’hiver à la maison.
Ça doit être tout ce blanc qui fait le silence.

Finalement, le noir est bruyant, il évoque la peur, les cauchemars, les monstres sous le lit, le chaos.
Le blanc lui, étouffe tout, apaise, jusqu’à nos têtes, vole les pensées.
Le blanc dénonce l’inutilité des colères, des révoltes, des émotions.
Le blanc c’est l’acceptation de la mort, du non-être.

Allongé dans la neige à faire un ange.

Les plumes blanches … collées aux murs et au plafond, formant un tapis épais, moelleux sur le sol.
Volant dans les airs comme des milliers de morts.

La soufflerie … languissant ronron, assourdissant silence, oppressante routine.
Un quart d’heure passé ici que l’on devient fou.
Une demi heure de plus et le bruit n’existe plus.
Les sens s’habituent, on ne l’entend plus la soufflerie.
Ne reste que le silence.
Parfois on tente de se concentrer pour percevoir de nouveau le bruit.
On y arrive presque, puis les plumes blanches effacent tout.

Les plumes blanches … qui se collent aux parois des poumons.
Quelle curieuse sensation que d’étouffer dans un décors aussi aérien.
Il me semble que ma chemise était bleue … pas du même bleu que mon jean, non.
Bleu plus foncé.
Je ne la vois plus.

Il n’y a que du blanc.
À rendre aveugle, sourd et muet.
À vous choquer, à perdre la raison.
À vous frapper d’un mutisme absurde.
À hurler de silence.

Alors quand il est entré, quand il est apparu au milieu des plumes blanches, j’ai voulu faire parler la folie.
J’ai levé mon poing, qui tenait une arme.
Un révolver.
J’ai tiré, droit dans son cœur.

Les plumes blanches … ont étouffé le bruit.
Mais ce n’est pas important.
Mes yeux voient le rouge tacher les plumes, le sang imbiber le blanc.
Il s’est effondré en soulevant un nuage blanc, un nuage de mort.

Je l’ai regardé pendant quelques minutes.
Jusqu’à ce que les plumes blanches le recouvre tout entier.
Du sang je ne voyais plus.

Les plumes blanches … c’est la folie qui nous prend face à la perfection.
Cette folie, c’est le refus du divin.
Le divin, c’est l’horreur des plumes blanches.

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Solitudes

Posté par lobop le 11 septembre 2011

Je n’ai pas assez rêvé cette semaine, j’étais trop occupée.
J’ai envie de me balader nue chez moi, dans tout mon lieu. C’est ce que je fais.
Alors je m’allonge là et j’essaie de rêver.

Je rêve de sensualité parce que j’en manque.
Je rêve de caresses. Elles sont comme … une absence … une blessure mortelle en mon cœur.

J’entends ma voix, qui est la preuve de ma solitude … se parler à soi même …
J’entends les êtres qui vivent au delà des murs.
J’entends les êtres qui aiment … loin.

Rien ne m’atteint.
Il faut que je rêve.
Pour trouver l’espoir, pour trouver la force de continuer, de me battre, d’avancer, d’écrire, de vivre.

Tu dis que ta vie n’a pas encore commencé.
Et pourtant tu es en plein dedans. Je suis en plein dedans.
Il va bien falloir l’accepter ça aussi.
Ma vie est telle que je la vis.
Elle est réelle, même si je rêve.
Même si elle n’est pas à la hauteur de mes projets.

Le bruit de la vie des autres me dérange, m’obsède.
Je suis dans ma boîte. Je ne veux entendre que le silence de ma vie.
Que le silence. Toute seule.

Pourquoi n’aurais-je pas … pourquoi n’aurais-je que les inconvénients de la solitude ?
Pourquoi n’aurais-je pas les bénéfices ?
Pourquoi n’ai-je pas le silence, l’apaisement, le calme ?
Ce n’est pas l’heure … du calme.

Je vis de façon décalée.
Je vis hors du temps des hommes.
Je vis sans me soucier de l’horloge.
Je vis à un rythme qui n’est que le mien.
Mais qu’il me faut pourtant accorder avec celui des autres. Du mieux que je peux.
Car je suis si seule

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