La mort de l’enfant

Posté par lobop le 4 mars 2012

Une impression de froid dans ma cheville gauche. Comme si je plongeais ma botte dans une mare et que la boue glacée s’infiltrait et coulait le long de ma jambe.

Je secoue le pied. Le froid est une piqûre de rappel, un avant goût de la terre meuble qui attend mon corps patiemment, laissant la mort faire son travail et le lui amener.

Je dois me presser, j’ai tant de choses à faire, j’ai tant à vivre et à construire avant de mourir.

*

Je ne comprends pas comment la mort peut frapper un enfant qui n’a pas vécu et le priver ainsi de son avenir.

On fait des tas, on les englobe tous au milieu de chiffres, on les transforme en statistiques.

On dé-personnifie les morts. Ils ne sont plus que des deuils à porter.

En cela on oublie ce qu’ils auraient dû être, devenir.

*

On parle d’un enfant tué, mais on ne dit pas qu’il allait devenir un boulanger, un potier, un père et un ami. On le prive une fois de plus de son futur.

Comme s’il n’avait jamais existé au delà des marques qu’il a laissé dans la mémoire des vivants.

Ses solitudes, ses peurs et ses espoirs, on ne les connaît pas. On n’en parle pas.

*

J’ai tant à vivre car le seul moyen que j’ai trouvé pour combattre cet oubli est de réaliser mes espoirs connus de moi-seul. Mes rêves et mes aspirations ignorés de tous.

Je ne veux pas être réduit à ce que j’ai fait, je veux éclater dans ce qui me reste à accomplir.

*

Je marche, je me presse sous la pluie, la sensation de froid est partie.

Je sais qu’elle reviendra plus tard, pour me réveiller, pour me rappeler qu’il faut faire vite au cas où il me prendrait la fantaisie de m’endormir et de laisser couler.

*

J’aime à tout allure, mes amis, mes maîtresses, ma famille. Je n’ai pas le temps d’être méfiant. Je n’ai pas le temps d’aller doucement.

À certains, certaines, je fais peur.

Je ne regarde pas leur fuite, je ne regrette pas leurs peurs. Ils ont le droit de refuser ce que je souhaite leur donner.

Parfois ils reviennent et alors je les accueille et les embrasse de tout mon être.

Souvent ils restent distants, car ils ont peur d’être emportés par le tourbillon qu’est ma vie. Ils ont peur de ne plus contrôler la leur.

Cela fait bien longtemps que j’ai cessé de contrôler la mienne, j’ai trop de choses à vivre pour essayer de la canaliser.

*

Je ne veux pas être cet enfant oublié sous les gravats d’un champ de bataille et dont on se souviendra plus tard à sa façon de jouer dans les ruisseaux.

Je suis plus qu’un jeu dans les ruisseaux et à la fois je ne suis que cela.

Je suis ce qui me lie au jeu, aux hommes, au monde.

Je suis le lien entre moi et les autres et je ne pourrais exister sans eux.

Je suis l’impacte de mon existence sur leurs vies mais aussi la solitude de mes rêves.

Comme chacun, je suis un et tout à la fois.

Et je suis encore d’avantage l’influence de leurs existences sur mon être.

*

Lorsqu’un être est tué, je pleure l’ablation qui est faite à l’unité du monde.

Je pleure la disparition de ce que le monde était avant le meurtre.

Je pleure ce que le monde ne sera pas dans l’absence de cet être.

*

Et puis je vie, tout de même.

Il y a des confettis dans la rue, derniers reliquats d’un carnaval qui est passé par là.

Où des centaines d’êtres se sont rassemblés pour célébrer la vie.

Chacun, unique en son essence, cherchant la compagnie et la chaleur des autres.

Tentant d’oublier son individualité pour faire partie de quelque chose de plus grand, de plus fort.

Pour créer une joie plus grande portée par tant de voix, vécue par autant de cœurs.

Le soir ils se coucheront et se souvenant de cette communion, affronteront plus sereinement leur solitude.

*

Car elle est nécessaire, la solitude, pour être combattue par la création, par le désir de rencontre, par l’amour porté aux autres.

*

Oui, je suis plus qu’un jeu dans un ruisseau car je fais partie de vous.

Et toutes ces choses que je vis, je les partage avec vous. Et à travers moi vous les vivez à votre tour comme je vis à travers vos existences.

*

Je pleure la mort de l’enfant car il ne sera pas, il ne vivra pas et cela me révolte.

*

*

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312

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Quiproquo

Posté par lobop le 29 février 2012

Il y a une bête qui rode dans le noir. Je la sens, je l’entends, je suis presque à même de la voir.

Elle renâcle, elle cherche, de la nourriture pour son âme chaotique.

Elle n’est que ténèbres. Je n’ai pas peur, je n’ai plus peur, elle a toujours été là.

*

Elle arrive lorsque la nuit s’installe et s’ébat dans l’obscurité, elle fait un bruit de fou et m’empêche de dormir.

« tu m’énerves » je lui dis « tu essaies de me terroriser depuis mon enfance mais tu ne t’es toujours pas décidée à me manger. C’est pas la peine de me tenir éveillée nuit après nuit ! Décide-toi bon sang ! Si tu veux me bouffer, bouffe-moi ! »

Ça la calme pour un temps, vexée elle recule et se tapit dans l’ombre. Elle se fait discrète mais je vois toujours ses petits yeux jaunes qui me fixent.

*

Fut un temps où je la trouvais menaçante, effrayante, mais ne voyant toujours pas venir l’horreur dont elle me menaçait, je me suis mise à la mépriser. De ne pas avoir la force, le courage d’aller au bout de ses promesses.

*

Elle a la taille d’un gros chien, ou d’un fauve.

Elle est velue, des poils longs et sales, elle est entièrement noire mise à part ses yeux jaunes.

Je la devine hideuse bien que je n’ai jamais pu voir son visage.

Elle a des griffes et des crocs très longs, jaunes, sales, porteurs de tout un tas de maladies.

Elle pue aussi, une odeur rance et forte.

Une odeur de pied, de cadavre, de transpiration et de moisissure.

Elle fait toujours du bruit quand elle respire, c’est agaçant, j’ai l’impression qu’elle le fait exprès.

*

Toute la nuit, frustrée de ne pas avoir le courage de me manger, elle se venge sur les plinthes.

Elle les ronge, les grignote, elle les mâche pendant des heures.

Quand elle a fait un trou assez grand, elle glisse sa main dans le mur et gratte, encore et encore à l’intérieur, tout le long du mur à côté de mon lit, c’est énervant.

Parfois je prends un balais et lui tape sur la tête en criant « Laisse.Moi.Dormir ! »

Elle se calme un peu et grogne de mécontentement.

*

Je me moque d’elle bien souvent, je la regarde dans son coin de mur et me met à l’insulter.

Je la traite de lâche, je lui dis qu’elle pue et qu’elle est laide.

Quand elle se met à pleurer j’éclate de rire et alors elle se met en colère et défonce le mur.

Je rie encore plus et ça la rend folle, elle court tout autour de la pièce dans un tourbillon destructeur.

Un jour j’ai attrapé une pelle et je l’ai arrêtée net d’un grand coup dans la tête.

Ça l’a assommée deux secondes et elle est retournée dans son coin.

J’ai beaucoup rit cette nuit là.

*

Elle se moque de moi aussi. Quand je me réveille d’un cauchemar en sueur et paniquée, je l’entends rire à l’autre bout de la chambre.

Je la hais dans ces moments là. Alors je l’ignore, elle déteste ça.

*

Ce qu’elle déteste aussi, ce sont les énigmes, les devinettes et toutes les questions en générale.

Je lui en pose plein et ça l’énerve, elle me répond jamais, elle gémit et tape les murs.

Quand je passe aux contrepèteries elle hurle de rage. Ça me fait rire.

*

Lorsque je veux la calmer, je chante, ça la fait pleurer, je n’ai jamais compris pourquoi, mais elle finit par s’endormir et moi aussi.

*

*

Je suis coincé dans un corps qui n’apparaît que la nuit.

Dans la chambre d’une femme, toujours la même, depuis sa naissance je crois.

Je sais qu’elle me sent, qu’elle m’entend, je fais tout pour. Je veux qu’elle sache que je suis là.

Mais elle ne peut pas me voir en détail, heureusement, je suis si laid, sale, monstrueux.

*

Quand je fais trop de bruit elle me crie dessus.

Mais elle ne comprend pas, que non seulement je suis coincé dans ce corps, mais qu’en plus celui-ci fait ce qu’il veut. J’ai beaucoup de mal à le contrôler.

J’arrive parfois à le garder immobile le temps qu’elle s’endorme. Alors je la regarde dormir.

*

Quand elle était enfant, elle avait peur de moi. J’ai tout essayé pour la mettre en confiance, pour être son ami.

Je n’ai pas réussi mais en grandissant, sa peur est partie.

*

Mon corps refuse d’être lavé et supporte mal l’immobilité.

Pour ne pas qu’il casse tout, je lutte, je me concentre sur le bas des murs.

Quand je creuse trop loin, elle me tape sur la tête. Alors je m’arrête, désolé, et essaie de rester le plus silencieux possible.

*

Parfois elle me parle, elle me dit exactement tout ce que je suis, non, tout ce que mon corps est.

Ça me fait mal, je ne peux pas répondre, ma gueule n’est pas faite pour le langage. Alors je pleure.

Je déteste le bruit que je fais quand je pleure, c’est encore pire que le bruit de ma respiration.

Ça ronfle, ça siffle, ça grince.

*

Et puis elle se met à rire. Et ça me remplit de joie.

Mais la joie est une émotion qui pose problème à mon corps.

Cela me donne une telle chaleur, une telle énergie, que je ne le contrôle plus du tout.

Il se met à bouger, à courir, à creuser, à sauter de plus en plus vite et je suis emporté dans un tourbillon.

Un jour elle m’a arrêté en pleine course avec une pelle. Ça m’a fait mal mais j’ai pu reprendre le contrôle de mon corps après ça.

Même quand elle s’est remise à rire, ce fut une nuit calme.

*

Son rire me fait tellement de bien que j’essaie aussi de lui offrir le mien quand elle est triste.

Je ne sais pas si ça marche, ça la rend silencieuse.

J’essaie de communiquer avec elle quand elle me pose des questions. Mais … je ne peux pas parler, c’est frustrant. La frustration rend mon corps fou.

*

Je préfère quand elle chante, parce que je n’ai pas à répondre. Et puis j’aime sa voix, elle me rappelle un autre temps où je n’étais pas coincé dans ce corps, un temps où j’aurais pu lui dire mon amour.

Ça me rend triste mais je finis par m’endormir, bercé par sa voix.

*

*

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212

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Le passé-simple est une peste

Posté par lobop le 15 février 2012

Depuis que j’ai découvert le passé-simple, rien ne va plus.

*

Ou plutôt, depuis que j’ai choisi le passé-simple, tout s’écroule.

Abonnée, lors de mes narrations, à un temps très simple : le présent, mon passage au passé-simple me fait me poser plein de questions.

Je relis tout ce que j’ai pu écrire et l’envie me prend de changer tous les temps, de tout ré-écrire au passé-simple, en me rendant bien compte que cela alourdirait la lecture.

Je renonce.

*

Mais ce putain de passé-simple m’obsède, je n’aurais peut-être pas dû le choisir.

*

Cela arriva lorsqu’une amie à moi, qui m’avait proposé de corriger une de mes nouvelles, me dit :

« Bon, Laure, il va falloir que tu fasses un choix. C’est soit le passé-simple, soit le passé-composé, mais pas les deux. Sinon, ça pique les yeux. »

Ne voulant pas piquer les yeux de mes lecteurs, je choisis le passé simple, en me disant qu’au pire, si ce choix rendait le style trop lourd, l’imparfait serait là pour l’alléger.

*

Alors, pourquoi ai-je choisi le passé simple ?

Et bien … pour des raisons obscures.

*

Je trouve que le passé-simple a un formidable sens de l’humour.

Je le trouve extrêmement décalé avec ce que j’écris et ça me fait beaucoup rire.

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À la phrase :

« Nous sommes partis en mer à la recherche de sirènes, mais nous ne sommes revenus qu’avec des engelures et des morues », je souris légèrement.

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Tandis qu’à la phrase :

« Nous partîmes en mer à la recherche de sirènes, mais nous ne revînmes qu’avec des engelures et des morues », je me marre carrément.

*

Ce petit côté emprunté, intello, presque bourgeois du passé-simple, que j’adore mettre en parallèle avec des sujets bien plus terre à terre, apporte, je trouve, un humour croustillant et moqueur.

*

Seulement voilà, le passé-simple est envahissant. Il vient juste d’arriver, non quand même pas, disons qu’il vient juste d’être choisi comme temps de référence et déjà il prend ses aises.

*

Il vire tous les autres temps à coups de pied au cul, mis à part l’imparfait qu’il méprise tellement qu’il en vient  à nier l’existence, et ose venir me faire chier à tirer constamment la sonnette d’alarme dans ma tête dès que je relis un texte.

*

« Mais dis-moi, Laure (c’est le passé-simple qui cause), ton texte là, il est pas mal c’est vrai, mais il prendrait véritablement toute sa splendeur si tu le passais en mon temps ! »

*

Rhaa ! Merde ! On dirait un gourou de secte jaloux !

*

J’ai terriblement de mal à le faire taire … alors je me bloque, je n’ose plus rien écrire de peur d’assommer mon lecteur à coup de passé-simple trop pompeux.

Car oui tu es pompeux, passé-simple à la con ! Et tu m’assommes, moi, qui suis ma première lectrice ! Et j’ai horreur de m’assommer moi-même, je préfère laisser ce boulot à Balzac … merde !

*

Alors, mes chers amis, afin de briser l’orgueil du passé-simple et de le remettre une bonne fois à sa place, je vais faire une pose et reprendre mes écrits au présent.

*

Et lorsqu’il se sera calmé un peu et laissera ses petits camarades jouer, je le reprendrai à mon service.

Mais en attendant, il est puni !

*

*

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212

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Peurs

Posté par lobop le 12 février 2012

À l’approche des élections présidentielles de 2012, à l’approche d’un nouveau mandat convoité par de nombreux partis politiques, je me trouve dans un malaise profond.

Me concentrant sur ce malaise pour en trouver les causes, je me rends compte qu’il n’y en a qu’une, une seule, énorme et de laquelle découle toute une suite d’émotions blessantes.

 *

La Peur. Voilà la cause de mon malaise.

 *

J’ai peur de ces politiques qui semblent avoir oublié leur vocation à diriger un pays vers l’harmonie pour ne se concentrer que sur le plaisir individuel et matériel.

J’ai peur de ces politiciens qui sont incapables de penser à un avenir qui excèderait cinq années de mandat, et qui préfèrent leur confort immédiat.

De ces hommes et de ces femmes qui prétendent avoir la capacité de guider une population sans pour autant la connaître.

Baignant dans les hautes sphères du pouvoir et l’opulence depuis toujours, sans plus aucune curiosité pour des systèmes de vie différents, que savent-ils du désir qui brûle au cœur de beaucoup d’entre nous ?

 *

J’ai peur d’un monde pour lequel le pouvoir d’achat prévaut à la chaleur humaine.

J’ai peur de beaucoup d’émissions de télévision qui ont pour seul but d’abrutir les populations afin qu’elles soient plus réceptives à la publicité.

J’ai peur de ces nouveaux besoins qu’on nous invente, gadgets de nouvelles technologies et accessoires esthétiques, qui nous affirment qu’en ce monde le plus important est de paraître beau et socialement accompli.

Le bien-être psychique, on ne s’en préoccupe plus puisque des médicaments miraculeux sont là pour vous faire oublier vos malheurs. « Ferme ta gueule et avance, surtout ne te suicide pas ça va saloper nos statistiques ».

 *

J’ai peur de l’indifférence commune face aux injustices et aux abus de pouvoirs.

J’ai peur de la soudaine montée du racisme, de l’homophobie, du sexisme et du sentiment de toute puissance qu’ont nos états occidentaux et qui leur permettent de s’octroyer un droit de jugement envers le « reste du monde », de se placer ainsi en instituteurs persuadés de leur grande sagesse en face de pays et de peuples qu’ils prennent pour des adolescents.

Car ces pays sont certes plus pauvres économiquement parlant, mais recèlent des richesses humaines qui ont disparues depuis bien longtemps chez nous.

J’ai peur que nos états réalisent leur projet de détruire ces richesses sous prétexte qu’aux yeux de la bourse, elles ne sont pas rentables.

J’ai peur de ce monde dirigé par l’argent.

Je suis horrifiée par les sacrifices effectués sur l’autel des dieux Dollar et Euro.

 *

J’ai peur d’être dirigée par un être humain assez ignorant et stupide pour conseiller aux sans-abris de rester chez eux par temps de grand froid.

J’ai peur d’être guidée par quelqu’un d’assez aveugle pour être persuadé que sa « civilisation » est meilleure que les autres.

 *

J’ai peur du mot « civilisation » quand il est utilisé en dehors des cours d’histoire.

 *

J’ai peur de la stigmatisation et de la diabolisation d’un peuple nomade par ces mêmes politiciens qui pour séduire leurs conquêtes d’un soir mettront en fond sonore de la musique tzigane.

Je suis en colère contre ces dirigeants qui prétendent désirer réduire les inégalités sociales dans les pays pauvres et qui se font héberger lors de leurs visites dans de luxueux palaces, choisissant d’ignorer combien de vies humaines ont couté la construction de tels bâtiments.

 *

J’ai peur des candidats qui utilisent la xénophobie, construisent la peur de l’étranger, attisent le rejet de la différence pour s’entourer de moutons effrayés qui les élèveront au pouvoir.

J’ai peur de la béatification de l’individualisme.

De cette espèce humaine qui a oublié que si elle a survécu pendant des milliers d’années c’est parce qu’elle a su vivre en communauté et apprendre des différences pour évoluer et survivre.

Aujourd’hui protégés par leurs boîtes en ciment chauffées à l’énergie nucléaire, j’ai peur de ces dirigeants qui refusent d’apprendre d’autres cultures et foncent droit dans le mur puisqu’ils ne se remettent pas en question.

 *

J’ai peur d’une société qui exclut une grande partie de ses enfants parce que leur mode de vie ne lui convient pas.

J’ai aussi peur pour beaucoup de médias qui s’autocensurent pour ne pas être détruits par un gouvernement de plus en plus fasciste.

 *

J’ai peur de la peur et en cela on pourrait croire que nos politiques ont réussi leur complot.

Mais c’est bien d’eux que j’ai peur, de ce monde dirigé par les banques, des politiciens vassaux des multinationales, des entités Pétrole, Nucléaire et Pognon qui sont les dieux d’une nouvelle religion polythéiste et sanguinaire.

 *

J’ai 27 ans, je suis comédienne, aujourd’hui au RSA.

Mais je ne me plains pas, non surtout pas, car j’ai un toit sur la tête, j’ai encore de l’eau chaude et un découvert autorisé qui me permet de maintenir mon appartement à 12°C. Ce qui constitue une amplitude thermique de près de 25°C avec la température extérieure … ce n’est pas si mal.

J’ai aussi des stylos billes, des carnets vierges, de la musique, des livres et même un peu de tabac blond.

Tout ceci relève du luxe, car oui, je vis dans le luxe de pouvoir penser et écrire, d’avoir la liberté de réfléchir et d’analyser le monde qui m’entoure et d’assumer le fait que ce monde me convient de moins en moins et me fait peur.

 *

Il y a bien longtemps que je n’ai pas été fière de mon pays, j’avoue que cela me manque.

*

*

212

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La tempête.

Posté par lobop le 10 février 2012

Allongée dans ses bras elle regardait la fenêtre.

Elle voyait des feuilles rousses voler en tout sens.

La tempête annonçait son arrivée.

Lui dormait, nu contre elle.

Elle le serrait fort et regardait par dessus son épaule.

La musique contrastait avec la tempête.

Elle était calme, profonde, du violoncelle.

*

Elle avait déjà remarqué que les enfants à qui on n’avait pas lu d’histoire à l’heure du coucher avait besoin de musique pour s’endormir, jusqu’à tard dans l’âge adulte.

C’était son cas à lui, mais pas à elle. Sa mère lui racontait de nombreuses histoires quand elle était petite fille. Et quand l’histoire était finie, elle éteignait la lumière et la laissait seule affronter le silence.

Elle s’en était fait un ami du silence. Il lui permettait de rêver, elle s’entourait de tous ceux qu’elle aimait, les faisait parler dans sa tête. Elle se rappelait bien chaque voix, chaque intonation.

Elle s’endormait alors entourée de voix rassurantes.

*

La musique par contre la tenait éveillée. Dès qu’elle rentrait dans ses oreilles, une danseuse s’éveillait dans sa tête et se mettait à se mouvoir.

Elle la voyait valser, tourner, sauter, parfois accompagnée, parfois seule.

Toujours sur une scène éclairée faiblement et les gradins vides dans le noir complet.

Elle voyait de longues chorégraphies s’étirer, sa danseuse n’était jamais fatiguée.

Elle devait attendre que la musique se termine pour que la danseuse disparaisse, laissant la place au silence de rêves puis au sommeil.

*

Ils avaient fait l’amour cette nuit là, toute la nuit. Et le jour les avait surpris alors que les derniers soubresauts d’orgasme quittaient leurs corps.

Il avait mit la musique et s’était endormi dans ses bras.

Mais elle ne pouvait pas dormir. Elle avait les yeux écarquillés et fixait la tempête par la fenêtre.

Elle la sentait s’approcher, les murs de la maison commençaient à vibrer.

Elle fut prise d’une peur terrible qui l’empêchait de bouger, de parler.

D’une peur que ce fut la fin du monde et qu’elle mourrait en serrant un homme endormi dans ses bras.

*

Son homme, à la peau de miel, aux lèvres douces, qui savait si bien l’aimer.

Son homme qui ne voyait pas la tempête, qui n’avait pas peur, trop occupé qu’il était à dormir.

Il était tourné vers elle, vers le mur.

Elle était le seul témoin de ce qui serait peut être la fin du monde.

*

Elle pensa à la Bretagne, cette Bretagne de son enfance qui l’avait poussée à venir s’installer ici, toujours attirée par l’océan, ne pouvant se contenter d’une maison sur la plage, elle voulait vivre en son milieu.

Elle avait choisi une île. Une île où la nature était sauvage, où très peu de gens vivaient.

La tempête la coupait définitivement du continent, de la civilisation, de la sécurité.

Ici, elle valait moins qu’un poisson. Si la mer les submergeait, ils ne survivraient pas.

*

Il l’avait suivie, lui, dans sa folie de vouloir vivre sur une île.

Il avait été si enthousiaste, il voulait être près d’elle dans le meilleur des mondes.

Le meilleur des mondes pour elle, c’est à dire là où elle se sentirait bien, le plus loin possible des gens, le plus près de l’océan … en son milieu, quelle folie !

*

La tempête faisait rage à présent.

Les éléments se déchainaient, le vent éclaboussait la fenêtre d’eau de mer.

Elle imagina les trainées blanches que laisserait le sel sur les vitres, cela serait beau.

La maison tremblait de partout, les poutres gémissaient et elle entendait, venant de la cuisine en bas, le cliquetis des assiettes qui s’entrechoquaient.

Elle regretta de l’avoir amené là, elle risquait sa vie à lui.

Elle le mettait en danger pour combler sa folie.

*

Il n’avait rien dit, il avait accepté avec joie de la suivre dans sa retraite.

Mon dieu que cet homme pouvait être bon avec elle !

Elle s’en voulait terriblement.

*

Au moment où elle fut sûre que c’était la fin du monde, secouée dans tous les sens par la tempête qui rouait sa maison de coups, celle-ci commença à s’éloigner.

D’abord elle ne s’en rendit pas compte, et puis le bruit s’apaisa, la maison se détendit, les murs semblèrent souffler de soulagement.

Elle était trempée de sueur, choquée par tant de peur, elle tremblait encore violemment.

*

C’est alors qu’il se réveilla.

Il passa une main dans ses cheveux, caressa son dos puis embrassa son front.

Quand elle le regarda il eut un grand sourire et lui demanda si elle avait bien dormi.

Elle se mit soudain à le haïr.

D’être aussi calme, de n’avoir pas vécu la tempête, de ne pas être transis de peur, d’ignorer ce par quoi elle était passée.

Il était l’insouciance même et elle le détestait pour cela.

Elle pensa à lui raconter mais renonça aussitôt, il ne pourrait jamais comprendre.

Elle était seule et elle le détestait.

Elle s’endormit finalement, l’amour serait là à son réveil puisque le monde existait encore.

*

212

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Colonge La Rouge

Posté par lobop le 19 janvier 2012

Elle a existé, dans ma mémoire, pendant tant d’années.

Cette ville là, où tu étais, où nous étions, le temps d’un regard.

Le temps infini où mes yeux ont reçu l’impacte des tiens.

Elle a existé, pendant des années, cette salle où nous avons dansé.

Où nos corps ont commencé à faire connaissance, à se découvrir, à se faire confiance.

Pour se rendre compte bientôt qu’ils s’entendraient à merveille. Une certitude à découvrir.

Cette salle-même où j’ai entendu ta voix confesser le désir de ton cœur.

Elle a existé, pendant des années, cette route en pleine nuit où je t’ai laissé.

Où je t’ai abandonné sans que rien ne se soit passé.

Où je t’ai regardé t’éloigner, les mains agrippées au volant pour ne pas flancher.

Cette longue route qui n’en finissait pas de m’emmener loin de toi. Cette amie qui dormait à coté. Et la solitude qui m’enveloppait, de ne pouvoir parler, de ne pouvoir pleurer, de ne pouvoir hurler.

Cette ville je l’ai revue plus tard, et je cherchais ton ombre à chaque coin de mur. Je savais que tu n’y étais pas.

Et c’est justement ça, ton absence, qui a fait que cette ville n’existait pas, n’existait plus.

Elle ne voulait plus rien dire, elle avait perdu son essence, son charme et sa raison.

Je l’ai trouvée laide, d’un coup, de ne point te porter.

D’être là bas sans toi, entourée de gens qui ne te connaissaient pas … odieuse absurdité, violente injustice.

Ils ne savaient pas, ceux qui m’accompagnaient, ce que nous avions vécu ici, ce que cette ville avait vu naitre, la magie, la douloureuse et pure magie.

Cette ville n’existait plus, pas plus que celle où je t’ai déposé ce soir là.

Je suis partie de cette ville, après un café insupportable.

Je jouais dans une autre ville à coté.

Une ville ne portant pas ton emprunte, une ville qui n’avait pas connu notre rencontre.

J’ai pu jouer, dans cette ville neuve. Dans l’autre je n’aurais pas pu je crois.

Pourquoi jouer dans une ville qui n’existe pas ?

Et quand j’y repense, quand l’envie brûlante me prend de remonter le temps, je laisse passer les heures. Il n’y a que ça que je puisse faire.

Les heures longues qui me rapprochent un peu plus du jour où je ne te reverrai pas.

Les heures courtes qui m’éloignent toujours plus du jour où j’ai cru te revoir.

Je ne reverrai plus Colonge La Rouge et sa petite sœur.

Elles n’existent plus.

Les villes fantômes ne vivent que dans les souvenirs.

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Donne-moi un visage

Posté par lobop le 18 janvier 2012

Quand j’étais petite fille, j’ai fait un rêve.

Un rêve important il me semble, je devais avoir entre 8 et 10 ans.

Dans mon rêve je me baladais, je jouais avec un petit garçon.

Il avait les cheveux bruns, raides qui descendaient jusqu’en dessous des oreilles.

Il était un peu plus grand que moi et je savais que je l’aimais.

Plus encore, je savais qu’il m’aimait.

Mais il n’avait pas de visage, ou plutôt, à la place il avait un ovale de couleur grise.

Un ovale de papier gris.

Je lui tenais la main et nous marchions, tout simplement, sans parler.

Et puis il s’est tourné vers moi et m’a dit «  Donne-moi un visage ».

Je n’ai pas su quoi répondre. Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire.

Personne ne m’avait appris à créer un visage. Et puis c’était une responsabilité trop grande, et si le visage ne lui plaisait pas ? Et si j’en construisais un tout tordu, tout laid ? Et si je le ratais ?

Ce n’était pas à moi de décider de quelle couleur seraient ses yeux, ou bien la longueur de son nez … je lui ai dit « je ne sais pas faire ».

Alors il est parti, déçu sans doute, et je n’ai pas pu le suivre.

Je crois que je l’ai recroisé plus tard dans un autre rêve.

Ou en tout cas, j’ai recroisé ce même ressenti. Celui qu’on a quand on est avec un ami qui nous connait par cœur et nous accepte, nous aime tel que nous sommes.

Cette espèce de confiance, de bien-être peut être.

Quoi-que dans ce second rêve, le bien-être était malvenu.

Il était là, dans l’appartement de mon père, assis sur les deux marches de l’entrée menant à la salle à manger.

Dans ce rêve il était un petit ogre. Mais je n’avais pas peur, je savais qu’il ne me ferait rien.

Je me suis assise à côté de lui, il était en train de finir de manger de la chair accrochée à un os, un tibia je crois, comme dans les bandes-dessinées.

Je n’ai pas été dégoutée ou horrifiée, je le regardais comme on regarde quelqu’un qui mange un sandwich.

Je lui ai dit « j’aimerais bien que tu ne manges pas mes parents ». Il m’a regardée et a répondu « c’est trop tard. J’avais très faim. »

Je m’en doutais un peu, je n’étais pas surprise ni même en colère.

Après tout il avait faim, il fallait bien qu’il mange.

Je suis restée assise à côté de lui pendant qu’il finissait son repas.

Quand je me suis réveillée de ces deux rêves, j’étais à la fois triste et heureuse.

Heureuse parce qu’il me semble que c’est le premier sentiment amoureux que j’ai ressenti.

Et triste parce que je savais qu’il n’existait pas.

J’espérais le recroiser en rêve, mais hormis ces deux fois, ce n’est jamais arrivé.

Je crois que j’ai cherché ce petit garçon en chaque homme que j’ai aimé.

J’ai cru le trouver, plusieurs fois, mais ils ne faisaient que lui ressembler.

« donne-moi un visage » …

Voilà qui serait un régal de simplicité pour un psy. Le petit garçon est sans doute mon animus, mon inconscient, la force masculine qui m’a manquée pendant des années mais qui était enfouie en moi et que j’ai rejetée …
je sais tout cela, inutile de l’analyser.

Cet ovale gris … je n’avais pas besoin qu’il ait un visage pour l’aimer. Je l’aimais pour sa force et sa liberté. Il était en dehors des lois puisqu’il avait mangé mes parents.

Est-ce que les lois des hommes s’appliquent aux ogres ? Et aux petits garçons sans visage ?

Il semblerait que non.

Si je devais lui donner un visage aujourd’hui, et peut être le ferais-je si j’en ai l’occasion, je ne m’attarderais pas sur la forme d’un nez ou la couleur des yeux, car ce ne sont que des détails futiles.

Je modèlerais un visage avec une très grande force, le courage d’un guerrier et la raison d’un sage.

Car après tout, il n’y a pas de limite à la création, alors si j’ai le droit de faire un visage pourquoi me restreindre ?

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Maintenant on peut parler

Posté par lobop le 5 janvier 2012

  • comment vas-tu ?

  • Oh tu sais, c’est calme … et toi ?

  • Ce n’est jamais calme, tu sais bien.

  • Et pourtant, ça pourrait l’être.

  • Plus tard …

  • tes doigts sont tachés d’encre.

  • Oui, je sais. J’arrive pas à la faire partir, j’essaie pas vraiment en fait. Ça partira quand je changerai de peau.

  • De peau ?

  • Oui, enfin, quand ma peau se renouvellera. Tu savais qu’il faut trois semaines pour que toute la peau du corps se renouvelle ? Enfin, la couche supérieure de l’épiderme.

  • Trois semaines, vraiment ?

  • C’est ce que j’ai entendu en tout cas. Je sais plus ni où ni qui. Ce n’est peut être pas très fiable finalement.

    Je suis obsédée par les plumes en ce moment.

  • Les plumes ? Comment ça ?

  • Oui, les plumes et l’encre de chine.

  • Ah, ces plumes là !

  • D’habitude, j’écris au stylo-bille noir. Depuis des années, depuis toujours j’écris au stylo-bille noir, tu sais bien.

    Et là, depuis quelques mois, je ne sais pas pourquoi, les plumes m’obsèdent.

    J’ai une écriture tellement illisible … je m’y suis faite. Quand je me couche, j’ai cette image qui vient dans ma tête. Une main, la mienne probablement, qui écrit à la plume.

    Et j’arrive pas à m’en défaire.

  • Et t’écris quoi à la plume dans ta tête ?

  • Des lettres, je ne visualise pas les mots, ou bien que leur début. Mais je vois cette main tracer des lettres. Des L, des M. des lettres avec des boucles et des grands traits qui montent haut dans la feuille, dans le ciel.

    Des F et des G qui plongent comme dans l’océan.

  • … les F et les G dans l’océan …

  • oui. Alors comme je n’arrivais pas à remettre la main sur mes plumes et que mon porte-plume était cassé, j’en ai racheté. Et j’ai écris avec.

    Mais ça n’allait pas, c’était pas la sensation que j’attendais. Parce que ces plumes sont pointues. Elles grattent le papier au lieu de le caresser. C’est très désagréable.

    Et puis devoir aller chercher l’encre régulièrement dans le pot, et voir la densité des mots, de l’encre des mots, s’étioler au fur et à mesure … ce n’est pas beau, c’est très frustrant, il y a des mots qui méritent une si grande densité parfois ! Comme s’ils perdaient de leur force…

  • oui, la densité, c’est important.

  • J’ai pensé me racheter une stylo-plume à cartouche, comme au collège. Mais il y a une rondeur sous ces plumes là, comme une boule sous la pointe.

    Et je n’aime pas cette petite sphère de métal soudée au reste, ça rend l’écriture ronde.

    Quitte à avoir une écriture ronde autant reprendre le stylo-bille !

    Je voudrais trouver un stylo-plume muni d’une plume plate.

    Comme celles qu’on utilise en calligraphie, enfin pas moi, j’en ai jamais fait, je suis bien trop brouillon.

  • Tu fumes toujours dans ta chambre ?

  • Seulement quand j’écris.

  • L’odeur du tabac froid dans les draps … je ne l’ai jamais supportée.

  • Je n’y fais pas attention.

  • Oui, tu as raison, ça ne mérite pas l’attention, une plume plate donc.

  • Oui, parce que parfois, il le faut. Parfois, il y a des choses que j’écris qui supportent mal la rondeur et encore moins les plumes pointues qui agressent le papier.

    Tu penses que ça existe ?

  • Franchement, je n’en sais rien. Je n’en ai jamais vu en tout cas.

  • Moi non plus. C’est bien ça le problème … et ça m’obsède. J’ai envie, terriblement envie d’un stylo-plume à plume plate, c’est … un désir, un besoin.

  • Alors tu fais comment ?

  • Je continue au stylo-bille noir, et je suis frustrée.

    Il t’arrive d’avoir envie de te peindre le visage ?

  • Comment ça ? Comme les pictes ou les amérindiens ?

  • Non … pas vraiment. De temps en temps, ça n’arrive pas souvent mais bon, tard le soir, j’ai envie de me peindre le visage. Pas avec de la peinture, non, mais avec du maquillage.

  • Comme l’envie de se faire jolie ?

  • Non, c’est pour ça que j’appelle ça « se peindre le visage » sinon je dirais que j’ai envie de me maquiller.

  • Et tu le fais ? Tard le soir ?

  • Oui, des fois, quand ça me prend. La dernière fois j’ai pris un pinceau à bout rond et avec du fard à paupière marron, j’ai tracé une ligne juste en dessous de mes sourcils et puis je l’ai faite remonter vers le haut. Comme dans les représentations de Méphistophélès.

    Et puis j’ai redessiné ma bouche.

    J’ai pris un fond de teint pour effacer une grande partie de mes lèvres et j’ai mis du rouge juste au milieu.

  • Comme la bouche d’une geisha ?

  • Encore plus petite.

    Mes pommettes je les ai faites hautes, très hautes, à la limite des yeux et j’ai assombri le creux en dessous…

    je savais que ça te ferait rire.

  • Ça devait être beau à voir ! Et les yeux ?

  • Tout blancs. Au dessus et en dessous. J’avais réussi à dégoter un mascara blanc il y a quelques années … ça fait bien dix ans … et il était encore bon, enfin utilisable quoi.

  • T’as pris une photo ?

  • Non, je l’ai dans la tête, les photos ça m’énerve.

  • Et après qu’est ce que tu as fait ?

  • Et bien je me suis bien regardée pendant cinq minutes. Et puis j’ai tout enlevé avec un coton.

    Je suis allée me coucher et j’ai trouvé le sommeil. La plume plate ne m’obsédait plus…

    je bois trop de café.

  • Depuis quand ? Tu déteste ça !

  • Oui, et je le digère toujours pas, mais je suis devenue accro au cappuccino, j’en ai trouvé par hasard, en poudre. Avec un goût délicieux et ça m’a rendue accro à la caféine j’en ai bien peur.

    Je suis perdue. Entre cette plume que je ne trouve pas et ce papier qui m’appelle.

    Je ne sais plus quoi faire.

    J’avais décidé cette semaine que je verrais le moins de monde possible, que je resterais un peu seule. J’en ai tant besoin.

    Et c’est justement à ce moment là que tout un tas de gens m’appelle, qu’ils me proposent d’aller boire un verre … des gens que je connais, d’autres que je ne connais pas.

    Et la curiosité l’emporte, ou bien l’envie de voir une amie que je n’ai pas vue depuis longtemps.

    Ce que la vie peut être agaçante parfois ! Si seulement je trouvais cette plume !

  • Et bien quoi ? Que ce passerait il ?

  • Je saurais ! Je saurais enfin ce que ça fait d’écrire avec cette plume ! Et j’arrêterais d’y penser …

    tu es le seul à ne pas me parler de médicaments tu sais ?

  • Parce que t’en as pas besoin, t’as besoin d’une plume, plate au bout d’un stylo à cartouche.

  • Oui, mais j’ai peur qu’une telle chose n’existe pas.

  • Quelqu’un l’inventera un jour.

    Je vais devoir te laisser, ça m’a fait plaisir de te voir.

  • Moi aussi papa, c’est tellement dommage que tu sois mort.

  • Ça c’est toi qui le dis …

  • la mort est trop définitive, c’est ça que je trouve dommage.

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seule

Posté par lobop le 13 décembre 2011

La douleur de la solitude se fait parfois très forte, beaucoup trop forte.

Quand je regarde autour de moi et que je vois toutes ces femmes qui sont mes amies et qui sont en couple.

Qui ont trouvé un homme bon qui les aime tellement fort, qui les soutient.

Et moi, non je n’ai personne, je n’ai pas un homme qui m’aime et me soutient, qui soit prêt à se battre pour moi, qui soit prêt à chambouler sa vie pour que j’en fasse partie.

 

Et puis parfois ce n’est pas ça, parfois c’est juste ces jours qui s’enchainent et où je me rends compte que les hommes que je regarde ne me regardent pas, que je n’existe pas à leurs yeux.

 

Et puis aussi il y a ces moments où je sens, je sais que s’ils venaient à me regarder je gâcherais tout.

Par peur, par méfiance, par je ne sais quoi.

Par désir de cette solitude qui fait de moi ce que je suis.

Qui fait naître ce désir de création, ce désir d’aventure solitaire.

Qui me fait écrire, jouer, voyager.

 

Quand on me demande pourquoi, comment, je ne trouve personne, je ne sais pas quoi répondre, je ne sais plus, avant je disais que c’était un choix, que j’aimais trop ma liberté.

Aujourd’hui je ne suis plus sûre, de rien. Alors je me tais.

 

Il est certain que je suis amoureuse de ma liberté, il est certain aussi que je suis devenue très méfiante envers l’amour qui m’a fait tant de mal.

Mais il y a aussi un certain confort dans la solitude.

Et je fuis le confort, je ne veux pas du confort, car il est la mort de l’art.

Je voudrais trouver un équilibre je crois entre le confort et la souffrance.

Je sais bien que la souffrance me fait avancer et que le confort m’endort.

 

Je me trompe peut être, je suis sans doute totalement à côté de la plaque.

Je n’ai aucune certitude, je hais les certitudes.

 

Je ne tiens pas en place, je bouge sans arrêt, dans ma tête, dans ma vie, je ne sais pas ce que je serai demain.

Je ne veux pas le savoir, pourvu que je ne sois pas la même qu’aujourd’hui ou que le jour d’après.

 

Je donne tout ce que j’ai, tout ce que je suis.

Je ne me sens à la hauteur que dans le travail.

À condition de me donner à fond.

C’est ce que je fais, ça me permet de me respecter.

 

Je joue, je crée des personnages, je les construis dans les moindres détails, corporels, psychologiques, émotionnels.

Parfois je suis perdue, parfois je me demande qui je suis pour prétendre savoir comment un être humain fonctionne.

L’angoisse monte alors, prend sa place, puis je la chasse par le travail.

Je recherche, en moi, chez les autres, les réponses.

 

Et mon personnage prend vie. Dans ma tête en premier, puis je le joue ou je l’écris.

Je le fais vivre, je lui donne des choses à défendre, des gens à aimer, des colères à brûler.

 

Je n’ai pas assez de travail, jamais assez non, jamais assez.

 

Pourquoi suis-je seule ? Et bien, je n’en sais rien.

Je n’ai pas de réponse réelle, concrète.

Mais on dirait qu’il le faut, pour un temps, peut être pour toujours.

La vie seule le sait, ou ne le sait pas.

Qu’importe, je suis peut être tout simplement trop lâche pour être avec quelqu’un, ou bien impossible à aimer.

 

Je n’ai aucune certitude, je n’ai rien à apporter à qui que ce soit, j’ai trop peur d’être dépendante de quelqu’un, j’ai trop peur qu’on soit dépendant de moi.

 

Pourquoi suis-je seule ? Parce que cela ne peut être autrement.

Pour l’instant, peut être pour toujours.

 

Qu’en sais-je ?

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Les clowns

Posté par lobop le 8 décembre 2011

À trébucher sur les clowns, on en vient à se méfier des rires.

Par leurs joies feintes les clowns attirent.

Ce sont des êtres tristes qui ne savent pas vivre seuls leur désespoir.

Ils le partagent, par des gags vides de sens, par des pirouettes maladroites, ils insinuent l’obscurité dans le cœur de leurs victimes.

 

Bientôt celles-ci ne comprennent plus, quand elles ne sont plus la cible des roulades et des blagues.

Elle ne récupèrent que la dépression d’après spectacle.

Elles doivent panser les plaies, elles doivent consoler le clown, pour lui permettre de faire rire encore, le lendemain, d’autres qu’elles.

 

À vivre avec un clown on apprend que la joie ne nous est pas destinée.

Il danse et saute pour des inconnus, il virevolte pour un public extatique.

Il se fait adorer des étrangers.

On parlera de lui comme le plus drôle, le plus gentil, le plus agréable.

 

Et puis la nuit, dans la caravane, il se transforme, il devient le contraire de lui même … lui même … on ne sait plus bien qui il est.

Plus de sourire, plus de joie, plus d’envie.

 

Il montre le pire de lui, il se fait taciturne, idiot, blessant.

Et comme excuse il dira que se forcer à rire et devoir chaque jour amuser un public, est le pire des métiers.

 

Au bout d’un temps on ne comprend plus très bien pourquoi on vit avec ce clown.

On le regarde jouer, pour eux, et on se souvient ce qu’on a tant aimé, ce qui nous a attiré et qui a disparu.

On fait renaître la flamme en l’observant entouré de public.

Mais il n’a aucun regard pour nous, ce monde là, nous n’en faisons pas partie, nous n’y sommes pas les bienvenues.

 

Et puis un jour, on espère trouver la force de le quitter.

On a très peur, mais parfois on y arrive.

Parfois, c’est lui qui part … en nous reprochant d’être devenue triste.

 

Quelle ironie, il nous place comme son tortionnaire, on est accusée de lui voler son rire, d’étouffer ses joies …

alors le clown part et la vie revient.

 

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