Salut, t’es qui ?

Posté par lobop le 8 août 2013

« Hey toi là-bas ! Salut, t’es qui ? Hey, j’veux dire, j’aimerais bien savoir qui t’es, tu sais, te connaître quoi, apprendre à t’connaître.

Tu veux pas ? Tu veux pas me connaître ? Ben c’est pas grave, c’est moi qui veut savoir qui t’es, et puis tu sais pas, j’suis peut être une fille super intéressante !

Non mais c’est pas ton nom que j’veux savoir, c’est qui t’es.

Ton boulot ? On s’en fout, c’est pas ça, tu comprends pas, c’est simplement toi, toi que j’veux connaître.

 

C’est tes rêves par exemple. À quoi tu rêves ? C’est quoi tes rêves ? Non mais, oublie la carrière, la famille, la bagnole et tout ça. Ce que j’veux savoir, c’est ce que tu es toi, au fond de toi, où tu vas dans ta tête quand t’es seul et que t’as besoin de rêver ? Il est comment le monde où tu vas quand tu veux t’échapper ?

Tu veux un exemple ? Tu comprends pas la question ? Ben j’sais pas, c’est pas bien compliquée pourtant ! Non mais j’suis pas venue te parler pour t’étaler mes rêves, c’est le tiens que j’veux savoir … ouai, t’as raison, faut qu’ça soit un échange, ok.

 

Ben tu vois, quand j’rêve, le monde il est … magique. Y a des dragons, des fées, des sorciers. Y a des montagnes immenses qui disparaissent dans les nuages. Y a des paysages fantastiques, des châteaux imprenables, des rivières d’arc en ciel.

C’est la magie au lieu de la technologie, des dolmens au lieu des gratte-ciels … hey, t’as vu, j’fais des rimes !

T’aime la poésie ? Moi j’adore, parce que j’y pige que dalle. Enfin, la plupart du temps.

 

Des fois quand j’rêve, je suis sur un drakkar et je parcours les océans avec une armée de vikings. Y a des tambours pour nous donner la force de ramer et du courage parce qu’on est tous morts de trouille. De quoi on a peur ? Ben j’vais t’le dire !

On a peur qu’un serpent immense surgisse de la mer pour nous bouffer. Ah tu vois tu t’marre, j’aurais au moins réussi ça !

 

Et toi alors ? À toi de me dire tes rêves !

La science-fiction ? Ah ça c’est chouette, avec des vaisseaux spatiaux et des voyages intergalactiques … des planètes de toutes les tailles et des couleurs de fou. Des habitants de toutes les formes, des races inconnues.

Ah tu vois, tes rêves ils sont encore plus fous que les miens ! Ben si, moi je me contente d’une planète, toi tu peuples tout l’univers.

Et ta peur dans ce monde là, c’est quoi ? Pourquoi tu t’marre ? Un serpent de l’espace ? Ah ben tiens, c’était bien la peine de t’foutre de moi !

 

Ça te dis qu’on s’assoie ? Oui, là sur le trottoir dos à la barrière.

J’ai un autre rêve aussi. Dans celui-là, je marche sur les toits, je regarde la ville d’en haut. Et c’est plus du tout la même ville, vue d’en haut. C’est plus calme, c’est plus grand aussi, y a plus les immeubles qui bouchent la vue. Je regarde la ville sous un autre angle et ça change tout.

C’est pas mal des fois de changer d’angle de vue. Ça permet de voir les choses différemment, ça ouvre les possibilités.

 

La magie, les toits, les vaisseaux spatiaux … quand on a envie de fuir.

Je sais pas toi, mais moi j’ai de plus en plus envie de fuir. J’ai envie de trouver un monde fait de villages, où on circulerait à cheval pour avoir le temps de penser durant le trajet. Le temps de s’ennuyer, le temps de regarder. On n’a plus le temps de rien, on court partout, faut aller vite, être efficace. J’ai plus envie d’être efficace, j’ai envie de vivre tout simplement. Vivre et regarder vivre, qui c’est qu’a dit ça déjà ? Je sais plus, quelqu’un qu’avait tout compris en tout cas.

 

T’as plus l’air si pressé d’aller au boulot toi. T’as plus envie d’y aller ? J’te comprends, j’aurais pas envie non plus.

 

Dis moi, j’voudrais te demander un truc, te poser une question. C’est délicat.

 

C’est quoi qui vaut la peine d’être vécu aujourd’hui ?

L’amour ? Nan, les gens ont plus le temps pour l’amour. Aimer c’est difficile, ça coûte, faut s’investir, ça prend de l’énergie et du temps, ça rapporte pas de fric.

Y a plus d’amour qui naît, ou si peu. Les gens préfèrent passer à autre chose quand ça devient plus sérieux et donc plus compliquée, quand ça demande trop d’efforts.

T’aime quelqu’un toi ? Non, ben tu vois.

Ça fait souffrir aussi, et on n’accepte plus de souffrir, ou alors, pas longtemps. S’investir dans une relation amoureuse en se disant qu’on a tout à perdre, faire confiance à quelqu’un d’autres que soi, donner son cœur et son amour en prenant le risque que l’autre les brise, plus personne veut faire ça, ça fait trop peur, ça fait trop mal.

 

Il reste quoi alors, quoi qui vaut la peine d’être vécu si on peut plus compter sur l’amour ?

 

Créer ? T’as bien dit créer ? Mais créer pour quoi ? Pour être reconnu ? Pour être aimé ?

Non ?

Créer pour soi ! Pour se faire plaisir à soi ! C’est pas con ça. T’es pas con toi ! Pardon, j’voulais pas dire que j’te croyais con, non, quand on rêve de science-fiction, on peut pas être con.

J’aime bien ton idée, créer pour soi !

 

Merci, tu m’as donné un appui pour ma journée, une raison de vivre en quelque sorte. Non j’dis pas que j’voulais me foutre en l’air, non ! Mais tu m’as donné un espoir, voilà, un espoir qu’il y a encore des bonnes choses dans ce monde de technologie et de pognon.

 

Allez, j’vais te foutre la paix maintenant et te laisser aller au boulot. Merci encore hein, j’suis contente de t’avoir connu. Non, me dit pas ton nom, ça sert à rien un nom, ça réduit.

J’te connais bien mieux que si je savais ton nom.

Allez, salut science-fiction ! »

 

 

«  Hey madame ! Hey vous êtes qui ? J’veux dire, n’ayez pas peur, j’veux juste vous connaître.

Vous voyez, j’allais au boulot et puis j’ai rencontré une fille … et, enfin, c’que j’veux dire c’est que j’aimerai bien vous connaître. Vous allez où quand vous rêvez … »

 

 

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La Chaussure

Posté par lobop le 12 avril 2013

Il était une fois, un petit garçon qui avait perdu sa chaussure dans un trop grand jardin protégé par de trop grandes grilles.

Il avait fait l’erreur de la jeter pour essayer en vain d’atteindre un corbeau qui se moquait de lui.

La chaussure était passée par-dessus les piques effrayantes de la grille.

Le jardin appartenait à une très vieille dame qui ne sortait jamais de chez elle.

Le petit garçon avait très peur de cette dame, car on disait au village que c’était une sorcière.

Le vilain corbeau s’était posé en équilibre sur une pique de la grille comme pour narguer le petit garçon et continuait à se moquer de lui.

C’était un corbeau intelligent et doué de parole:

 

« tu es bien laid petit garçon ! Tes jambes sont trop courtes, ton nez est trop gros et tes cheveux sont fillasses. »

 

Le petit garçon en colère lui répondit:

 

« tais-toi méchant corbeau, je ne t’ai rien fait, pourquoi viens-tu me chercher des ennuis ? »

 

Le corbeau se mit à rire en agitant ses ailes noires:

 

« comment cela tu ne m’as rien fait ? Eh bien si, tu m’as fait du tord à moi et à tous ceux que tu croise, tu nous agresses par ta laideur. Tu nous agaces par ton pas traînant, tu ferais mieux de te cacher ! »

 

Le petit garçon, blessé, voulu se défendre:

 

« je ne suis peut-être pas très beau à l’extérieur, mais je n’y peux rien, je suis un gentil petit garçon, je n’ai jamais fait de mal à personne! »

 

Le corbeau secoua la tête:

 

« non non, quand on est aussi laid on ne peut pas être bon, je ne te crois pas, hideux gnome, tu es forcément mauvais, tu as fait du mal à ta mère en naissant et tu continues à lui en faire en grandissant. Tu aurais pu faire un effort et te rattraper en devenant un joli poupon blond, mais au lieu de ça tu es un être difforme aux cheveux crasseux. »

 

Le petit garçon s’était mis à pleurer, profitant de sa faiblesse, le corbeau reprit de plus belle:

 

« Et en plus tu as le nez qui coule ! Il y a des tas d’enfants qui sont attendrissants quand ils sont tristes, mais toi tu me donnes envie de te jeter des cailloux tellement tu es laid ! Je préfère m’envoler voir des gens plus beaux, si je restais ici tu risquerais de me gâcher ma journée ! »

 

Le corbeau s’envola sur ces méchantes paroles en laissant là le petit garçon en pleine désolation et le pied nu.

 

Il ne savait pas comment faire pour récupérer sa chaussure et il ne voulait pas rentrer sans. Sûr qu’il se ferait gronder, car cette paire était la seule qu’il possédait.

Sa maman, qui était veuve et très pauvre ne pouvait pas lui acheter plus d’une paire de chaussures par an.

Non, il devait faire preuve de courage et aller chercher ce soulier.

Profondément déprimé et terrifié, il poussa la grande porte de la grille et entra dans le jardin.

 

L’endroit était sombre et effrayant. Il ressemblait bien plus à une forêt maudite qu’à un jardin.

Il n’avait pas bien vu où était tombé la chaussure et se mit à sa recherche.

 

Au bout d’une heure, il se rendit compte qu’il s’était perdu.

Les ronces essayaient constamment de le faire tomber et il n’avait toujours pas retrouvé sa chaussure.

Des larmes de panique l’empêchaient de voir clair autour de lui, il se perdit un peu plus au fond de la forêt.

Il commença à avoir faim, soif et froid alors que le soir tombait.

 

Il aurait aimé crier au secours mais il avait trop peur de réveiller un monstre horrible qui se serait tapi sous un arbre.

S’enfonçant de plus en plus dans l’obscurité il commença à se dire qu’il finirait par mourir ici, oublié de tous.

Et si ce que le corbeau avait dit était vrai, ce serait un soulagement pour sa maman.

 

C’est vrai qu’il n’était pas très beau et qu’il n’était pas très adroit non plus. Il cassait tout le temps des objets sans le faire exprès, sa gentille maman ne criait plus quand cela arrivait, elle était trop fatiguée pour ça.

Elle pleurait souvent quand il rentrait à la maison couvert de croûtes et de bleus parce que les autres garçons s’en étaient pris à lui.

Sa maman lui disait sans cesse d’apprendre à se défendre, de se servir de ses poings ou de sa tête pour se faire respecter. Mais le petit garçon n’y était jamais arrivé.

 

Il en était là de ses pensées moroses quand il aperçut une lumière.

Il aurait mieux fait de la fuir et de courir dans la direction opposée, mais comme tout animal perdu et blessé il se dirigea vers l’espoir d’un réconfort, vers la lumière et la personne qui l’avait allumée.

Il se retrouva devant la fenêtre d’une grande et sombre maison.

 

Il vit à l’intérieur que quelqu’un était assis dans un grand fauteuil dos à la fenêtre.

Il y avait une cheminée en face du fauteuil et de belles flammes crépitaient dans l’âtre.

Grelottant de froid, le petit garçon se mit à imaginer ce que ça ferait de s’asseoir devant le feu sur ce fauteuil confortable.

Il vit une main blanche et décharnée s’écarter du fauteuil pour attraper une tasse de thé posée sur un guéridon.

La vapeur montait en volute de la tasse et à côté de la théière, sur une petite assiette, étaient empilés d’appétissants petits gâteaux.

Le ventre du petit garçon se mit à gargouiller très fort, il avait de la salive plein la bouche, tous ses membres tremblaient de froid et d’épuisement.

N’y tenant plus il frappa à la vitre.

 

Tout doucement la personne dans le fauteuil se redressa et se tourna pour voir d’où venait ce son incongru.

C’était une très vieille dame, maigre avec seulement une dizaine de cheveux blancs sur la tête, elle était habillée d’une robe crasseuse beaucoup trop grande pour elle.

Elle regarda la fenêtre et eu un sourire glacial qui découvrit ses dents sales et tordues.

Elle se leva péniblement et, courbée comme si elle avait porté le poids du monde sur son dos, se dirigea vers la fenêtre.

 

Elle ouvrit le carreau et s’adressa au petit garçon sans le regarder.

 

« entre gentil petit chat, vient te réchauffer auprès de mon feu, je te donnerai du lait et des petits gâteaux. »

 

Le petit garçon se dit qu’elle devait être folle pour l’avoir pris pour un chat, mais il avait trop faim et trop froid pour la contredire.

Il escalada le rebord de la fenêtre et entra dans la maison.

 

La vieille dame s’était déjà rassise dans son fauteuil et le petit garçon s’approcha timidement d’elle.

 

« soit mignon gentil petit chat, couche-toi à mes pieds et ronronne pour moi » lui dit la vieille dame.

 

Le petit garçon fit comme elle dit tout en lorgnant l’assiette de petits gâteaux.

La dame se mit à lui caresser la tête de la main gauche tandis que la droite lui donnait des gâteaux à manger.

L’estomac du petit garçon se mit à faire encore plus de bruit tellement il était content de recevoir enfin de la nourriture.

 

« tu n’es vraiment pas beau petit chat, mais tu ronronnes bien ! «

 

Le petit garçon ne répondit rien car il était poli et avait appris à ne pas parler la bouche pleine.

Son pied droit, celui auquel il manquait la chaussure, lui faisait beaucoup moins mal même s’il était entièrement écorché à cause des ronces et des orties qu’il avait dû piétiner.

Il se dit qu’il avait eu de la chance de trouver cet endroit et qu’il remettrait au lendemain la recherche de sa chaussure.

Allongé sur le tapis et alors que les doigts osseux de la vieille dame caressaient sa tête, il sentit le sommeil approcher et, rassasié, il s’assoupit.

 

Plus tard dans la nuit, il entendit un bruit qui le réveilla. Il essaya de bouger, en vain.

Il était paralysé par la peur.

Il entendait la vieille dame qui s’était levée et marmonnait dans sa cuisine.

 

« je n’aime pas les chats, ils ramènent des puces. Je n’aime pas, pas, les vilains petits chats qui mangent mes gâteaux, je n’aime pas oh non je n’aime pas du tout ces vilains vilains chats qui boivent mon lait et volent la chaleur de mon feu, oh non, oh non, je ne les aime pas du tout… »

 

Le petit garçon voulu lui dire qu’il n’était pas un chat mais juste un garçon qui s’était perdu.

Mais une boule dans la gorge l’empêchait de parler.

Il vit le corbeau arriver à la fenêtre avec sa chaussure dans le bec ce qui le surprit fort.

Le corbeau le fixa d’un regard mauvais et laissa tomber la chaussure sur le sol.

Le bruit fit sursauter la vieille dame qui se retourna.

 

« ah c’est toi oiseau de malheur ! Tu es un vilain garnement tu sais, à partir au beau milieu de la nuit en me laissant seule ! »

 

Elle s’approcha de l’oiseau et caressa sa tête.

Le corbeau la regarda et lui dit:

 

« il fallait bien que je parte, quelqu’un est mort au village. »

 

la vieille dame sourit et lui dit:

 

« oh raconte moi, j’ai besoin de rire un peu ! »

 

La vieille dame s’installa dans son fauteuil et le petit garçon fit semblant de dormir tandis qu’elle posait les pieds sur son dos.

Le corbeau se posa sur le guéridon et, tout en mangeant les miettes de petits gâteaux qui restaient dans l’assiette, se mit à raconter ce qu’il avait vu et entendu.

 

« il s’agit d’une femme, d’une veuve qui est morte. Morte de chagrin, car elle avait perdu son petit garçon depuis deux ans et que personne ne l’a retrouvé. »

 

la vieille dame éclata de rire et lui dit de continuer.

Heureux de contenter son auditoire, le corbeau dit:

 

« l’enterrement était délicieusement triste, comme elle était très pauvre, ils l’ont mise dans la fausse commune à côté des vagabonds et des criminels. »

 

La vieille dame n’arrivait plus à reprendre son souffle tellement elle riait.

 

« c’était une brave femme, reprit le corbeau, elle avait travaillé toute sa vie pour nourrir son garçon, elle se privait chaque jour pour pouvoir lui acheter une paire de soulier neufs tous les ans. »

 

Le petit garçon blêmit, non se dit il, ce n’était pas possible, il ne pouvait pas être là depuis deux ans, il était arrivé la veille !

 

Le corbeau continuait son histoire.

 

« pourtant il était bien laid son garçon, et il n’avait ni honneur ni fierté, il se faisait rouer de coups à l’école pour rendre sa mère malheureuse. »

 

le petit garçon sentit une larme couler sur sa joue tandis que la vieille dame riait tant et fort.

 

« mais il faut croire qu’elle l’aimait malgré tout, dit le corbeau, car une fois qu’il fut parti, ce petit ingrat, elle se mit à dépérir. Bien des gens ont essayé de l’aider au village, mais rien n’y faisait.

Elle cessa de manger, de boire, de dormir.

Je l’ai regardé souvent debout à sa fenêtre à guetter le retour de son petit garçon qui ne vint jamais. »

 

La vieille dame pleurait de rire à présent alors que le petit garçon pleurait de désespoir.

 

« et puis elle a fini par mourir, seule dans sa maison froide, enfin je sais pas si on peut appeler ça une maison, plutôt une cabane je dirais. Seule et miséreuse voilà comment elle est morte. »

 

le corbeau avait fini son histoire et la vieille dame était ravie. Elle se leva et dit:

 

« viens, pour fêter ça, nous allons tuer ce chat puant et le manger, je vais chercher un couteau. »

 

Quand il entendit cela le petit garçon sentit toute sa peur s’envoler, il sauta sur ses pieds et courut vers la fenêtre qu’il ouvrit en grand.

Une fois passé par la fenêtre il prit ses jambes à sont cou et détala vers la grille qu’il voyait au loin.

Il entendait derrière lui les rires du corbeau et les cris de protestation de la vieille dame.

Il arriva à la grille et l’ouvrit à la volée.

Il courut dans les rues, en larmes et désespéré, il alla directement au cimetière et se retrouva bientôt devant la fausse commune dont la terre avait été fraîchement retournée.

 

Là il pleura toutes les larmes de son corps et se tapa la poitrine en criant sa douleur.

Une fois qu’il n’eut plus de larme ni de voix il se dirigea d’un pas traînant vers sa maison.

 

Ce n’est qu’une fois devant la porte de la vieille masure qu’il se rendit compte que de la fumée sortait du toit.

Il ouvrit la porte et vit sa mère, assoupie près du feu.

Il se précipita vers elle en criant:

 

« maman ! Tu es en vie ! »

 

sa mère se réveilla et encore un peu endormie lui dit:

 

« bien-sûr que je suis en vie ! Où étais-tu ? Je me suis fait un sang d’encre. Mon dieu ton pied, il est en sang ! Viens t’asseoir mon cœur, mon beau petit garçon, j’ai eu si peur, viens que je te soigne. »

 

dans le ciel noir un corbeau passa en riant de sa farce, puis le silence retomba sur le bonheur d’une petite famille réunie.

 

 

 

Il existe des gens mauvais dont le seul loisir est de causer du tourment à ceux qui sont trop faibles pour se défendre, ceux qui sont naïfs, innocents et qui font confiance à des petits gâteaux.

Fuyez mes agneaux, ne répondez pas au corbeau, ou il vous perdra.

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Balzac café

Posté par lobop le 24 février 2013

Je me souviens d’Hanovre sous la neige.

Je me souviens d’un vieil homme noir avec une barbiche blanche.

Je me souviens de la beauté de ses rides et de ses yeux perçants.

Je me souviens d’un chocolat chaud que je bus ce jour-là, enfoncée dans un fauteuil en cuir, regardant la neige tomber par la fenêtre d’un Balzac café.

Je me souviens de l’église en briques rouges et du toit devenu blanc.

Je me souviens des gens qui faisaient leurs courses de noël en parlant joyeusement allemand.

Je me souviens que c’était une courte escale sur la route me menant à Berlin.

 

Je me souviens de notre nuit ensemble.

Je me souviens comme nous étions passionnés, pressés de nous aimer si fort, conscients que ce serait là notre seule nuit.

Je me souviens du goût de cannelle sur ta bouche et de tes cheveux noirs, bouclés dans lesquels j’emmêlais mes doigts.

Je me souviens du frisson de plaisir quand tu me susurrais à l’oreille des mots en arabe.

Je me souviens avoir imaginé ce qu’ils voulaient dire, refusant de connaître leur réelle signification. Pour laisser la magie vivre dans l’instant.

 

Je me souviens du regard du vieil homme noir si compatissant quand je te quittais au petit matin. Si doux que j’eus l’envie de l’embrasser.

Je me souviens avoir pleuré devant mon petit déjeuner au Balzac café.

Je me souviens que ce paysage de neige correspondait parfaitement à ma mélancolie.

 

Berlin, je ne devais penser qu’à Berlin, et à l’homme qui m’y attendait.

C’était si dur de te faire sortir de mon esprit.

Toi tu repartais vers le sud, vers le soleil, vers la méditerranée, vers ta femme.

Je voulais arrêter le temps et te rejoindre dans la chambre où je t’avais laissé sans dire adieu, sans même te réveiller.

Ç’aurait été impossible de te quitter éveillé.

Je me souviens avoir passé mes mains là où tu m’avais caressée, tentant de raviver la sensation de tes mains chaudes sur ma nuque, mes épaules, mon visage.

 

Jamais aucun baiser n’a plus été comme les tiens.

Jamais je n’ai retrouvé la cannelle sur des lèvres.

 

Ma mémoire s’est arrêtée ce jour-là, je ne me souviens de rien après cela.

Je n’ai plus rien aimé après toi.

Mon amour est resté à Hanovre, engloutie sous la neige, là, devant l’entrée du Balzac café.

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La fin du monde, c’te blague

Posté par lobop le 10 décembre 2012

Pour affronter la fin du monde, je me dois de posséder le minimum vital à une vie heureuse (est-ce français ? on s’en fout c’est bientôt la fin du monde).

Alors, déjà, là où je me trouve actuellement, il n’y a pas de taille crayon. ce qui me pose un grave problème car voyez-vous, j’ai en ma possession un crayon qui aurait besoin d’être taillé.

Il me manque aussi un dictionnaire de latin que j’ai oublié chez moi, ce qui m’angoisse terriblement, car voyez-vous (j’ai déjà utilisé cette figure de style, changeons pour faire plus original) car figurez-vous (hé hé, petite astuce) quand les cavaliers de l’apocalypse débarqueront sur terre sur leurs poneys infernaux, je me demande bien, sans mon dico de latin, comment je vais pouvoir les supplier de me laisser la vie ou de me donner un taille-crayon, rapport au crayon dont l’état me frustre.

Bien entendu, tout le monde sait que les cavaliers de l’apocalypse parlent latin, sans quoi ils perdraient toute crédibilité.

Non mais vous imaginez s’ils parlaient anglais avec un fort accent texan ?: « hey cowboy, t’m'passes ma faux qu’j'fausse tous ces fuckin’humans ! »

Non, vraiment, restons sérieux. du latin donc messieurs, tenez-vous en aux classiques, sans quoi où irait le monde ? Il va déjà dans le mur, je vous l’accorde, m’enfin bon, restons dignes jusqu’au bout.

Il me manque aussi ma chaussure droite, disparue sous le canapé mangeur de chaussures dont je parlerai plus tard.

Et sans chaussure droite, non seulement j’ai l’air con mais en plus j’ai froid au pied. je pourrais bien prendre la chaussure droite d’une autre paire, mais le problème est que la seule autre paire que j’ai à ma disposition a des talons (putain de monde misogyne qui nous oblige à porter ces maudits talons pour entraver nos mouvements et nous faire un joli petit cul au détriment de notre dos douloureusement cambré).

Donc, sans chaussure droite je vais avoir du mal à courir me réfugier à l’abris du cataclysme imminent.

Ah oui, il faut aussi que je trouve un abris.

Ma maman m’a dit récemment que sous-mon-lit ne constitue pas une cachette sérieuse quand il s’agit de cataclysme, d’autant plus qu’ici le seul lit disponible est le canapé convertible et mangeur de chaussures dont j’ai une peur bleue. Car en plus d’être assez con pour bouffer des gaudasses, il est tellement myope qu’il pourrait me prendre pour une chaussure.

Donc, point de refuge non plus.

Il me manque aussi un service à thé convenable afin d’inviter à ma table les quatre cavaliers de l’apocalypse (oui, ils sont quatre, comme les mousquetaires, mais n’allez pas les appeler Athos, Portos, Aramis et Dartagnan, ils risqueraient de mal le prendre).

Si je veux leur offrir un thé c’est parce qu’on négocie mieux sa vie, ou un taille crayon (je ne me suis pas encore décidée),  autour d’une bonne boisson chaude réconfortante.

Je ne vais tout de même pas leur servir le thé dans des gobelets en plastique, ça brûle les doigts et l’eau chaude ramollit le gobelet et on risque de s’en foutre partout si on n’est pas très adroit.

Attention, je n’ai pas dit que les cavaliers n’étaient pas adroits, m’enfin ils sont plus connus pour leurs talents destructeurs que pour leur aisance au jonglage.

Moi-même je suis parfois maladroite, notamment quand j’oublie l’existence de mes coudes.

Comme quoi, une petite maladresse peut arriver à tout le monde, croyez-moi, je ne juge personne.

Alors, reprenons, il me manque donc, un taille-crayon, un dico de latin, une chaussure droite, un refuge et un service à thé.

Il me faut aussi absolument (sans quoi tout va mal) une balle rebondissante.

Car je trouve que c’est une chose très divertissante et dans un monde post-apocalyptique  (oui je compte bien survivre à la fin du monde grâce à d’âpres négociations menées d’une main de maître avec ces messieurs) donc, dans un monde post-apocalyptique il faut bien rire un peu, sinon c’est la porte ouverte à la dépression, la chute macabre, les pleurs, l’auto-apitoiement … et ma psy est formelle, la dépression c’est pas bon pour moi.

D’ailleurs j’ai un mot du médecin qui me permet de refuser poliment quand on me propose une petite dépression.

Il me faudrait aussi (je viens d’y penser) une bougie senteur cannelle parce que … ben parce que j’aime bien.

Il faut aussi que je pense à prendre de la pâte à fixe et du ruban adhésif (non je ne citerai pas de marque) ça m’aidera à réparer le monde. car voyez-vous, mon ambition n’est pas seulement de survivre mais aussi de réparer le vaste monde ainsi que ce qu’il restera de l’humanité. Et pour ce faire je me dois aussi d’ajouter un grand livre de psychologie ou de madame Irma. Voire les deux selon la sensibilité de chacun.

Mais j’y pense, nul besoin de les soigner puisque j’aurai ma balle rebondissante pour les faire rire ! Voilà qui allège mon sac de deux livres inutile.

Armée de tout cela, revenons à la négociation avec les quatre cavaliers de l’apocalypse.

Je vous décris la scène : je suis confortablement assise dans un fauteuil en cuir jouant nonchalamment avec ma balle rebondissante.

Les quatre cavaliers de l’apocalypse entrent (en ayant laissé leurs poneys dehors, parce que bon, c’est pas un souk ici) et s’assoient sur les quatre autres fauteuils en cuir, classes mais moins beaux que le mien, faut montrer qui c’est le chef !

« Bonjour messieurs, je vous attendais justement, la ponctualité c’est pas votre fort hein ? enfin, passons, ne nous arrêtons pas à des broutilles. Veuillez vous installer, voulez-vous un peu de thé ? vous avez vu mon beau service ? »

Là déjà, ils sont impressionnés, parce que moi j’me démonte pas, j’y vais comme ça moi.

« Alors donc vous êtes venus détruire le monde c’est bien ça ? oui, je suis bien renseignée. et comment comptez-vous vous y prendre exactement ? »

à ce moment là, Peste qui est le plus bavard dit:

« Je vais déclencher des épidémies partout sur la terre, les gens vomiront et chieront tripes et boyaux, les fièvres emporteront les nouveaux-nés, la folie s’emparera des femmes qui se jetteront par les fenêtres …

_ Alors là je vous arrête tout de suite ! parce que vous avez quelques siècles de retard. Nous, on a les antibiotiques maintenant, l’ultra-levure pour les gastro, le doliprane pour la fièvre, oui même pour les bébés, attention respectez la posologie, et les régulateurs d’humeur pour les envies soudaines de défenestration … alors, vous voyez, vous êtes périmé. Bon, au suivant, Famine tu comptes faire quoi ? »

Famine, sûr de lui, répond:

« Je créerai des nuées d’insectes qui détruiront toutes vos cultures, j’appauvrirai vos sols pour que rien n’y repousse, je …

_ Ah lala ! mais toi aussi t’es pas à la page ! On a créé les OGM nous, ils résistent à tous les insectes ! Et le sol, mais mon pauvre, on a des engrais hyper-puissants, impossible de l’appauvrir voyons !

_ Alors je tuerai tout le bétail !

_ Rien à foutre, on bouffera du soja ! »

Je me tourne alors vers Guerre. Celui-ci est quand même un peu interloqué après avoir vu ses deux copains se faire démonter avec une facilité déconcertante. Mais bientôt il retrouve sa confiance en lui, parce que hey, c’est pas n’importe qui, il est viril, fort, courageux, tout ça tout ça …

« Je monterai les hommes les uns contre les autres, ils s’entre-déchireront jusqu’à extinction totale de l’espèce humaine !

_ Ah ben mon vieux tu m’fais rire là, que j’répond, parce que nous, la guerre on connait, on a l’habitude, des siècles qu’on vit avec ! Y a toujours un coin du monde qu’est en guerre. Et on a trouvé mieux que toi pour la déclencher, d’ailleurs vous pourriez vous créer un cinquième frangin qui s’appellerait Capitalisme, celui-là il connait son affaire. Mais pour l’instant il est de notre côté (façon de parler) parce que c’est nous qui l’avons inventé. Du coup, la guerre ça s’achète, et la paix aussi ! »

Guerre est vexé et se met à bouder avec les autres.

Je me retrouve donc avec Mort qui me regarde de ses yeux froids et impassibles. Il est fort le gars, il devrait jouer au poker.

Il me dit dans un murmure à peine audible:

 » Tu ne peux rien faire contre moi, je suis la mort. »

J’éclate de rire, non mais vraiment, quel farceur ce mec !

 » Et tu comptes nous faire mourir comment au juste puisque tu peux pas compter sur tes copains ? et puis nous, on a inventé la cryogénisation, alors même si t’essayes, POF on se fout au congel et on revient dès que t’as le dos tourné ! (bon, là je bluff mais il est pas censé savoir où on en est dans ce domaine) T’auras beau essayer mon vieux, on est comme les cafards, on reviendra toujours. Encore un peu de thé les amis ? »

Voilà qu’ils boudent tous les quatre, ils ont vraiment l’air déprimés.

« Ben oui les gars, je sais, ça plombe le moral de se retrouver au chômage, croyez-moi je connais bien cet état. bon allez, si vous voulez je vous prête la balle rebondissante, vous verrez c’est marrant. »

 

Et voilà, vous voyez, la fin du monde c’est pas pour tout de suite, je veille au grain !

 

« Euh dites les gars, vous auriez pas un taille-crayon par hasard ? »

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La danseuse de verre

Posté par lobop le 16 août 2012

Elle est une danseuse de verre, fine, élancée et translucide.

Elle bouge doucement sur la scène au rythme d’une musique lente et langoureuse.

Les spectateurs la regardent, admirent les effets de lumière qui ricochent sur son corps en verre, en cristal peut être, sans doute.

Elle danse seule depuis un moment, le spectacle est hypnotique. Elle est bercée par la mélodie et l’air qui caresse doucement ses membres. Elle pourrait presque s’endormir et continuer à danser comme cela.

C’est alors qu’un danseur de chair et d’os entre sur scène et s’approche d’elle. Il commence par lui tourner autour doucement et se rapproche de plus en plus. Bientôt il la frôle, la touche et la prend dans ses bras.

La musique s’accélère alors qu’ils entament une danse sensuelle. Elle tourne dans ses bras mais garde ses distances, méfiante. Il lui fait faire des mouvements compliqués, elle a peur de tomber mais il la rattrape toujours avec grâce.

Elle se laisse de plus en plus aller, elle prend goût à la danse. Son corps de verre habituellement si froid se réchauffe à son contact, elle sent le délice de sa peau sous ses mains.

Il sourit et elle sent son cœur battre à nouveau, cela faisait longtemps. Il plonge ses yeux dans les siens et son regard brûle son âme.

Il y a, sur ce visage, tout ce qu’elle attendait et ce sourire lui dit de s’abandonner à lui.

Alors elle commence à lâcher prise, elle se fait plus légère pour faciliter la danse.

La musique est rapide à présent et il la fait tournoyer dans ses bras, elle rit de bonheur, tout son être est transporté de joie, son cœur est si plein d’amour qu’elle le sent s’élargir dans sa poitrine.

Elle regarde une dernière fois dans ses yeux et voit … voit qu’il vit la même chose.

Alors elle s’abandonne totalement à lui, elle n’est plus qu’une plume dans ses bras. Il pose ses mains sur ses hanches, prend appui sur ses pieds, fléchi les jambes et l’envoie de toutes ses forces dans un saut magnifique en l’air.

Elle vole, elle est si haut …

Alors qu’elle atteint le point culminant de son saut, l’homme se tourne et quitte la scène en courant, la musique s’arrête, le public retient son souffle.

La danseuse de verre retombe par terre, sans personne pour la rattraper, elle se brise en mille morceaux.

Le danseur n’est déjà plus là, il ne s’est même pas retourné une dernière fois en partant. La scène est vide, personne n’entre dans le cercle de lumière pour l’aider à se ramasser. Ils ont trop peur de se couper.

  • Le spectacle était beau, dira-t-on plus tard.
  • Dommage qu’il se soit si mal fini … le final était bruyant.
  • Oui, mais qu’est ce que c’était beau tous ces éclats de verre !
  • Il aurait quand même pu la rattraper…
  • il ne pouvait pas, il l’avait lancée trop haut.
  • Ce n’est pas de sa faute alors ?
  • Il n’est coupable que de n’avoir pas su doser sa force.
  • Et s’il l’avait rattrapée quand même ?
  • Elle se serait sans doute brisée dans ses bras, pas autant c’est sûr, mais ils auraient été blessés tous les deux, au moins l’un d’eux est indemne …
  • oui mais elle …
  • elle a prit pour les deux.
  • C’est triste quand même.
  • Oui mais qu’est ce que c’était beau !

 

La salle s’éteint, tout le monde est parti, on entend encore quelques spectateurs qui parlent au dehors, et la danseuse est là, par terre, en tas de verre. Personne n’est venu la ramasser.

Il n’y a plus que le concierge qui se demande s’il ferait mieux d’utiliser l’aspirateur ou la pelle et la balayette pour nettoyer la scène.

 

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La panique des stylos

Posté par lobop le 21 juillet 2012

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Le soleil ne m’a pas fait de bien.

Je suis un pauvre stylo-plume abandonné dans sa boite en bois.

Je me rappelle le jour où elle m’a choisi, elle était si heureuse, si enthousiaste à l’idée de m’avoir enfin trouvé ! Elle m’a essayé tout de suite, avec une cartouche d’encre noire.

J’ai été un peu confus. La plupart des gens, quand ils essaient un stylo-plume, s’appliquent à former de belles lettres, prennent leur temps pour savourer la sensation.

Pas elle, elle m’a de suite fait écrire une page entière à toute vitesse. Je lui ai dit que la lenteur était une qualité, elle ne voulait rien entendre, il fallait qu’elle couche au plus vite sur le papier les mots qui se bousculaient dans sa tête, quitte à ne pas former entièrement les lettres, quitte à être illisible.

J’ai subi ce traitement pendant des jours, d’un coup elle me prenait, me faisait écrire trois feuilles recto-verso d’une traite, puis sans prévenir, m’abandonnait quelques jours.

J’en ai discuté avec mes nouveaux collègues, les stylos-billes noirs. Ils m’ont dit qu’ils avaient toujours vécu comme ça mais que ça ne les dérangeait pas. Les stylos-billes sont des soldats de l’écriture, ils sont créés pour survivre et fonctionner dans les pires conditions.

Mais moi, stylo-plume en bois et métal, j’ai été créé pour la douceur, l’écriture lente et réfléchie, l’amour de la calligraphie.

J’ai alors compris qu’elle n’entendait rien à cet art. Les mots sont un moyen pour elle de se soulager, d’épancher à toute vitesse les pensées qui naissent dans sa tête. Comme des bulles de savon qui éclatent tour à tour dans son esprit, de plus en plus vite, et qui contiennent chacune une pensée qu’il faut se dépêcher d’écrire avant qu’elle ne disparaisse tout à fait.

*

Et puis elle a arrêté d’écrire, d’un coup, comme ça, sans raison apparente. J’ai demandé à mes collègues si elle se servait encore d’eux, mais ils m’ont répondu que non. Nous étions inquiets.

Alors nous avons pris notre courage à deux mains pour aller demander son avis à l’objet qui nous répugne le plus : le clavier d’ordinateur.

Ce n’est pas facile de discuter avec un composant informatique, c’est … binaire. Ça n’a pas d’âme, seulement des fonctions, des compétences et une mémoire incroyable.

Je ne pouvais croire qu’elle nous avait abandonnés pour ne plus se servir que du clavier. C’était impensable, impossible qu’elle arrête de chercher avec un stylo … qu’elle se contente de touches froides et sans âme.

On pourrait penser que j’étais content de ma nouvelle retraite, que j’étais plus tranquille à présent. Mais non, j’avais fini par m’habituer à ce rythme chaotique de travail. Certes, ce n’était pas toujours confortable, mais c’était passionnant. Comme si on vous réveillait au beau milieu de la nuit pour vous emmener à l’autre bout du monde courir, danser dans le vent et vivre dix milles choses à la fois.

C’est rageant, perturbant, peut être même traumatisant, mais aussi très addictif.

On en vient à attendre avec une impatience mêlée d’angoisse le prochain moment, la prochaine aventure. Et on sait qu’on ne pourra pas la prévoir, qu’elle arrivera au moment où on s’y attendra le moins. C’est … excitant, oui c’est le mot, terriblement excitant.

Mais tout cela s’était arrêté, depuis trop longtemps. Et il fallait en découvrir la cause.

Après de longs échanges frustrant avec le clavier … frustrant car il est difficile, voire impossible, de se faire comprendre d’un objet si différent de nous. Imaginez que vous essayez de communiquer avec une espèce différente de la vôtre. Ce n’est pas le même langage, et encore ce n’est pas le plus gênant, mais surtout ce n’est pas le même rapport au monde, pas la même façon de penser, de réfléchir … si tant est qu’un composant informatique pense … là où vous dites « blanc », ils disent « google », là où vous dites « bon », ils disent « cafetière ».

Bref … nous avons réussi l’impossible, nous avons réussi à presque nous comprendre.

Le clavier dit:

« trois kilos de cendres sont tombés sur D F C »

ou encore:

«  5498 barre espace … 2439 suppr … france inter … me suis fait larguée … gmail … maj-loc … subtitles … agencesartistiques.com … addic7ed … » puis toute une liste d’adresse mail incompréhensibles.

Après cet entretien agaçant, nous nous sommes retrouvés entre stylos pour en discuter et essayer de comprendre ce bric-à-brac d’informations.

Bic n°4 dit « la cendre, les touches, elle fume beaucoup » ce à quoi répondit Bic n°11 « les barres espace … c’est la touche pause, mais oui, elle regarde des films ! » « plutôt des séries, dis-je, autant de suppr c’est des épisodes regardés puis supprimés et puis subtitles et addic7ed c’est là qu’elle trouve les sous-titres des séries. » Bic n°7 dit « les agences artistiques, les mails, elle fait des démarches pour son boulot de comédienne … » c’est à ce moment là que Bic-bleu (le seul du groupe) nous dit « mais vous êtes stupides ou quoi ? Vous avez loupé le principal ! « me suis fait larguée », elle a un chagrin d’amour, c’est pour ça qu’elle n’écrit plus ! »

un silence de réflexion s’installa entre nous … « non, dis-je, ça n’a rien à voir, d’habitude, quand ça arrive, elle se met à écrire, à toute vitesse, des textes tristes et beaux, de la poésie malheureuse, des paragraphes de colère … non, ça colle pas. Et puis sa panne d’écriture date de bien avant son histoire d’amour, de bien avant qu’elle le rencontre … »

Bic-bleu dut se rendre à l’évidence, quand bien même elle était déprimée à cause d’un chagrin d’amour, ce n’était pas la cause de notre abandon.

*

Notre réunion s’arrêta là, perplexes et sans avoir trouvé aucune réponse, nous retournâmes chacun à nos places. Pot à crayon, sac à main, bureau … et moi à la petite table orange en plein soleil.

Je m’endormis je crois, sentant mon encre sécher dans ses cartouches et encrouter ma plume, j’acceptais la fin de l’aventure, la fin de ma vie.

Et puis, aujourd’hui, sans crier gare, elle prit ma boite en bois, l’ouvrit et me sortit de là. « le soleil ne doit pas être bon pour toi, elle dit, fait voir dans quel état tu es ». Puis avec beaucoup de tendresse elle m’ouvrit, changea la cartouche, la pressa doucement jusqu’à ce que l’encre inonde ma plume et m’essaya sur du papier. Je sautai alors sur l’occasion pour lui faire part de toutes nos angoisses à mes collègues et moi, cette fois c’était moi qui écrivait à toute allure sans lui laisser le temps de réfléchir.

Quand j’eus fini de lui raconter, quand elle eut comprit à quel point on s’était inquiété pour elle, elle fit une pause. Nous regarda droit dans la plume, droit dans les billes, et dit :

« Je sais. Mais je ne peux plus écrire sur mes états d’âme, c’est vain, tout cela je l’ai déjà vécu, déjà ressenti, déjà écrit. Je veux écrire sur autre chose, des choses nouvelles, pour … changer, je crois, ma manière d’écrire. Mais ces choses nouvelles ne viennent pas, le changement ça prend du temps à se produire. Soyez patients, ma vie me gonfle alors je la change mais … ça prend du temps, de l’énergie, de la force … un jour je reviendrai vers vous pour raconter tout ça. »

« Rien à voir avec le chagrin d’amour ? » Osai-je demander.

Elle réfléchit quelques temps et dit « Non, je ne crois pas, tout ce qui en ressort au final est déjà vécu. Rien qui ne m’empêche d’écrire, rien qui ne m’y pousse. Je crois que c’est l’immobilité qui m’étouffe, je ne peux rien écrire quand je tourne en rond. »

*

Nous acquiesçâmes alors, de nos petits bouchons, et décidâmes de prendre notre mal en patience, d’avoir la foi, plus que de l’espoir, la certitude qu’elle nous reviendrait, un jour, quand le changement se serait produit.

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Réflexions sur Holy Motors de Leos Carax

Posté par lobop le 5 juillet 2012

On leur donne des limousines blanches pour flatter leur égo, pour les maintenir en dehors de la réalité, pour faire rêver ceux qui les voient passer.

Pour leur cacher qu’ils ne sont plus que des objets, des outils dont on se sert à volonté, contre un prix exorbitant certes, mais sans plus aucune humanité.

On les achète, on leur dit ce qu’ils doivent faire sans jamais les impliquer dans la totalité d’un projet.

Ils viennent pour une heure ou deux, jouent la scène à la perfection mais n’ont aucun moyen de s’investir d’avantage.

Ils n’ont plus de vie, plus d’identité et on tente de leur faire oublier cette misère émotionnelle par le luxe, l’argent, le statut social.

L’art n’est plus qu’un produit, ils ne sont plus que des produits.

On ne voit que leur génie, leur talent à se fondre dans un personnage différent à chaque fois.

On ne s’attarde pas, on ne veut pas connaître qui ils sont réellement, qui ils sont dessous le maquillage.

On nie leur personnalité toute entière, jusqu’à l’annihiler. On l’étouffe sous un nombre phénoménale de rôles, de contrats, pour qu’eux même se perdent, s’oublient.

On en fait des réceptacles pour l’imaginaire des autres.

Leur sensibilité est détruite, la technique remplace le talent, la réflexion s’éteint peu à peu, l’envie de vivre aussi.

 

Il est choquant d’imaginer un monde où les êtres n’ont d’importance que par leur travail. Il n’ont pas le droit d’exister en dehors de leurs métiers. Ils n’ont pas le loisir de penser, d’imaginer, de désirer autre chose.

Ne serait-ce qu’un temps de latence assez long pour se retrouver eux-même, pour se reconstruire et savoir qui ils sont.

Ils sont perdus dans une spirale où ils ont oublié depuis tellement longtemps qui ils sont, que quand ils ont par hasard du temps pour y penser, ils ne trouvent plus les mots, ils refoulent les souvenirs, les douleurs passées.

Car il leur faudrait bien plus de temps pour s’y attarder, 30 minutes ce n’est pas assez. Alors il vaut mieux oublier, enfouir et fuir vers l’avant.

Vers des personnages qui les rassurent car ils n’auront pas le devoir d’assumer leur vie, leurs problèmes.

Ils les font vivre intensément pendant une heure, puis les abandonnent et passent à un autre.

Il n’y a plus de faim, il n’y a plus d’envie, il n’y a plus qu’un grand vide entre chaque rôle.

Et qui s’en plaindrait puisqu’ils ont des limousines blanches ?

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Il danse

Posté par lobop le 9 juin 2012

Elle le regarde danser.

Ce soir là, à ce moment là de la soirée, c’est lui qui a prit le dessus dans la danse. Après de nombreux morceaux où ils ont dansé enlacés, après certains où elle a dansé pour lui, dans le but de l’émoustiller, sur ce morceau là, il s’est mit à danser pour elle.

Alors la surprise et l’émotion montent en elle. C’est, de mémoire, la première fois qu’on danse pour elle. Il est le plus beau de la nuit, il est son cavalier et il danse, ondule en la regardant droit dans les yeux.

Elle admire son corps, ses bras et ses hanches, elle dévore des yeux son visage. Elle y lit le plaisir sensuel que lui procure la danse. Elle voudrait goûter l’énergie qui le traverse au bord de ses lèvres étirées en un rictus entre plaisir sexuel et transe.

Elle voit ses paupières se fermer et sa tête basculer en arrière, comme s’il s’offrait tout entier à son regard.

Elle est seule face à lui, debout et elle se rend compte qu’elle même ne danse plus. « tant pis, se dit elle, il n’est pas nécessaire pour moi de danser maintenant, je préfère le regarder ».

Souvent elle glisse ses doigts sur les muscles de son torse qui jouent et ondulent sous le t-shirt fin.

En elle les émotions sont vives, presque trop, et elle ne sait comment les gérer, son cœur bat la chamade, son ventre est empli de désir, elle oscille entre l’envie de sauter sur cet homme et de lui faire l’amour et celle de rester là, jusqu’au bout, à le regarder danser. Elle ne veut pas briser ce moment.

Elle regarde, alors que la frustration, le désir et la joie forment une tempête en elle.

De ses lèvres entrouvertes sort une sorte de plainte, inaudible grâce à la musique, de ne savoir quoi faire de cette énergie qui naît en elle.

Ses yeux lui brûlent de refuser de se fermer ne serait-ce qu’un instant, par peur de perdre une miette de ce moment.

Par magie, le monde a disparu autour, elle et lui sont transportés dans un autre espace-temps où les autres ne sont que des silhouettes floues et sans importance.

Il n’y a que lui et sa danse qui ait une consistance, une matière qu’elle se retient d’agripper, d’embrasser, de mordre.

Et quand il plonge ses yeux bruns dans son regard, elle se sent inondée d’une douceur, d’une tendresse et d’une passion qu’elle n’est pas sûre d’avoir mérité.

Alors elle sait qu’il ne danse que pour elle en ce moment, que c’est son cadeau à lui, pour elle, abasourdie devant tant de beauté, ne sachant que faire d’un présent aussi précieux, paralysée par la peur de le briser par un faux mouvement ou une parole déplacée.

Alors elle se tait et absorbe entièrement la joie qu’il lui donne, retenant ses yeux de pleurer de bonheur et de désir.

C’est le premier moment depuis très longtemps qu’elle vit entièrement, sans que son esprit ne soit tourné vers le passé ou l’avenir, mais pleinement concentré sans effort sur l’instant. Sur ce corps qui bouge, sur cette bouche sensuelle qui lui sourit, sur ces yeux qui expriment tout le désir qu’elle éveille en lui.

Elle regarde la courbe de son cou où plus tard elle promènera sa bouche. Ses cheveux humides de sueur où elle emmêlera ses doigts. Elle pressera son visage contre le sien, abandonnera son corps à ses bras puissants pour que dans cette étreinte, toute la joie et le désir éveillés par la danse explosent.

Elle lui rendra au centuple le plaisir qu’il lui a offert, elle se le promet. Pour qu’il sache à quel point ce moment, ce cadeau l’a bouleversée.

Pour qu’il sache qu’on n’avait jamais dansé comme ça pour elle, en lui faisant oublier le monde entier, en l’élevant en rang de déesse dans un monde de spectres.

Il saura, oui, que cela est le plus beau cadeau qu’elle ait reçu de sa vie.

 

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La rue du monte-en-l’air

Posté par lobop le 20 mai 2012

 

Cette fille là marchait sur les toits. Elle vivait au dessus de la ville, des rues, des gens, de tout. En fait, la vie en bas lui faisait peur. Il y avait trop de bruits, trop de monde, trop d’énergie.

Sur les toits tout était calme. Parfois des chats se bagarraient, mais ils s’enfuyaient toujours à son approche.

*

Elle pouvait porter son regard si loin d’où elle se tenait. Il n’y avait pas d’immeuble ou de voiture pour l’en empêcher.

Elle voyait le soleil se coucher et se lever plus loin que les limites de la ville.

Sa vision du monde n’était pas restreinte par des obstacles de béton.

Parfois même, par jour de beau temps et d’espoir, elle croyait apercevoir l’océan. Il était à des centaines de kilomètres, et pourtant, elle le sentait, de temps en temps, et le voyait, au moins en rêve.

*

Elle aimait les toits la nuit, quand tout ce qu’elle voyait s’étalait dans des nuances de gris bleuté. Elle entendait les gens en bas, surtout les soirs de fête, elle entendait les gens ivres chanter à la lune. Ces bruits ne l’agressaient pas, car il venaient de si loin, de si bas, qu’ils arrivaient diffus à ses oreilles. Comme, une fois atteint les sommets de la ville, ils se faisaient absorber par l’immensité du ciel.

*

Elle aimait l’espace, l’air, le vide. Et sur ces toits inhabités, elle pouvait imaginer de grands terrains de jeu, des petits coins secrets, des forêts de cheminées.

Comme une autre ville au dessus de la première, qui serait l’exacte opposée de sa jumelle.

En bas le bruit, la foule, l’oppression des immeubles ; en haut le calme, le silence et le vide.

*

Elle s’imaginait comme une minuscule silhouette, assise les pieds dans le vide sur un parapet. Elle projetait sa vision loin pour se voir elle même, comme une fourmi au milieu des toits.

*

Elle regardait la cathédrale souvent, et se disait qu’une nuit elle y monterait, qu’elle l’escaladerait sans que personne ne la voit. Elle y emporterait un pic-nique qu’elle partagerait avec les gargouilles et les oiseaux endormis.

*

Cela faisait des années qu’elle n’avait pas mis un pied sur le sol, combien d’années ? Elle avait arrêté de compter. Elle préférait la rue du monte-en-l’air, qu’elle trouvait bien plus poétique.

Elle n’avait pas peur de tomber, même si elle savait qu’un jour … enfin, c’est comme ça qu’elle finirait.

*

En face de son immeuble, juste en face de sa fenêtre, au dernier étage, vivait un garçon. Il était gentil, il était beau, il était amoureux.

Et quand il la voyait chaque soir monter sur le toit, il se disait que s’il existait un dieu qui l’avait créé lui comme il était avec cette malédiction de vertige, ce dieu méritait le bûcher.

Alors il fermait les volets, oubliait les toits qui lui donnaient des sueurs froides et maudissait, autant qu’il l’aimait, la fille qui n’avait pas les pieds sur terre.

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Les toits d’ardoise

Posté par lobop le 26 avril 2012

La pluie, des toits d’ardoise, une vue d’un appartement, cinquième étage, ce n’était pas le mien. Je me rappelle, c’était une vue magnifique, sur la pluie, sur les toits d’ardoise. C’était il y a … 8 ans, 9 ans peut être. Je ne me rappelle plus la saison, juste à peu près, l’âge que j’avais.

Le ciel gris me renvoie un souvenir diffus, comme une odeur, comme la musique d’un vieux film. Et je me dis « oui, c’est vrai, j’ai vécu cela. » Ce moment où je regardais par la fenêtre, seule dans cet appartement qu’on m’avait prêté pour la nuit. Je m’étais dis : « je pourrais vivre avec juste cette vue, malgré l’appartement sans charme, la vue me suffirait. »

De retour chez moi, mon nouveau chez moi. Que je n’ai pas encore investi, pas vraiment. Je repousse ce moment, parce que … j’ai envie de vivre autre chose, des voyages, des rencontres, des aventures. J’ai peur qu’il se passe la même chose que les fois d’avant, quand j’ai investi d’autres appartements, l’endormissement dans un confort feignant effaçant le désir de vie.

J’y ai mes meubles et mes affaires, mais mon âme ne s’y est pas encore installée. Elle est ailleurs, mais je ne saurais dire où exactement. Elle est dans le feu du désir de vivre, de bouger, de partir loin chercher … chercher quoi ? Tout, rien, la vie, les gens. Rester ici et m’endormir dans mon quotidien me paraît horrible, impossible, et pourtant, j’ai bien peur de succomber à nouveau.

J’ai mis des années à me créer un cocon, avec des livres, des meubles, des objets et des tissus. J’ai envie à présent de le déchirer et de prendre le risque de m’envoler. J’ai très peur, je ne sais pas si j’arriverai à surmonter cette peur.

Qu’étais-je il y a 8 ans ? Je rêvais d’un cocon, je n’avais pas d’appartement, j’allais à droite à gauche et goutais à ceux des autres.

Partir, loin, pour retrouver ce plaisir simple d’une vue de pluie sur des toits d’ardoise.

Jouir de ce petit bonheur en me disant qu’au final, je pourrais bien me contenter de cela.

 

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