Le ciel !

Posté par lobop le 17 avril 2016

une femme seule sur scène, le doigt tendu en l’air

 

J’ai touché le ciel !

Vous avez vu ? Là, à l’instant, avec mon doigt, j’ai touché le ciel !

C’est incroyable, enfin moi je ne l’aurais pas cru. J’ai touché le ciel, c’est fou non ?

 

Et moi qui pensais que j’étais trop petite … toute ma vie j’ai pensé que j’étais trop petite.

1 mètre 58, c’est pas très grand il faut l’admettre.

1 mètre 58, j’aurais pu faire un effort et atteindre le mètre 60 !

 

1mètre 58 ça veut dire qu’on se tient droit, la tête haute pour donner l’impression d’être plus grande.

1 mètre 58 ça veut dire s’entraîner à paraître sûre de soi, pour pas se faire marcher dessus.

C’est développer un caractère et une personnalité les plus forts possible. Pour ne pas être invisible.

 

À 1 mètre 58 on est couvert de piques tournées vers l’extérieur, en dessous, une carapace en titane.

Il faut bien se défendre non ? Et puis la meilleure défense c’est de faire un peu peur, pour décourager ceux qui pourraient avoir envie de nous attaquer.

 

Oui, des fois à 1 mètre 58 on est un peu seul.

Mais c’est pas obligé hein !

Rien n’est obligé …

Et quand on est seul c’est parce qu’on le souhaite … on le souhaite ? Vraiment ?

En tout cas c’est ce qu’on dit, à soi et aux autres.

 

Je connais des femmes, oui j’en connais … au moins trois.

Trois femmes que je connais qui sont plus petites que moi.

Trois ! C’est beaucoup quand même ! C’est que je ne connais pas grand monde au final.

 

Et ce qui est étrange, c’est quand je me trouve à côté d’elles, je me sens bizarre, trop grande, dégingandée ; je ne sais plus quoi faire de mes bras que je trouve trop longs.

Ça va mieux quand on s’assoie.

 

À 1 mètre 58 on est habitué à être la plus petite personne dans la pièce. Et ça va, c’est normal. Mais quand on se retrouve la plus grande, on perd tous ses repères.

Je crois que si la nuit prochaine je prenais d’un coup 20cm dans mon sommeil, ça ne me plairait pas du tout. Je serais beaucoup trop visible, je me courberais sans doute, pour rétablir l’équilibre.

 

Bref, 1 mètre 58 ça me va bien, et puis je n’ai pas besoin de grandir, j’ai touché le ciel ! Avec le bout de mon doigt, je l’ai même un peu enfoncé dedans, oh pas beaucoup hein, juste la moitié de la première phalange.

 

La matière du ciel … c’est comme … du yaourt ?

Un peu oui, du yaourt translucide et sec. Le doigt ressort sec.

C’est assez agréable comme matière.

 

Je me demande … non, quand même pas !

Je n’oserai pas, ou peut être que si.

 

Je me demande … quel goût ça a le ciel ?

J’hésite, j’ai peur d’être déçue. Vous imaginez ?

Si le ciel a mauvais goût, ce serait … affreux, terrible, la vie n’aurait plus aucun sens !

Non ?

J’exagère peut être un peu, je fais ça des fois.

 

Alors il faut que je me décide.

Juste le bout du doigt.

 

Allez, je goûte …

 

oh c’est bon, c’est bon, c’est bon, c’est bon, c’est bon, c’est bon …

 

elle sort

416

 

Publié dans theatre | Pas de Commentaire »

Je vous aime

Posté par lobop le 11 mai 2004

Un jeune garçon. Une femme, prostituée.
Le soir. La femme est accoudée au bar de l’hôtel, le garçon arrive, s’assoie à côté d’elle.
Elle semble un peu saoule.

Le garçon: « _ je vous aime

La femme (sans l’entendre):_ les hommes, dès qu’ils me voient n’ont qu’une seule chose en tête, me sauter dessus, me montrer à quel point ils sont homme.

Le:_ je vous aime

La:_ ils me coincent contre le mur, baladent leurs mains sur mon corps, pressent mes seins , mes fesses, mes cuisses, me fourrent leur langue chaude et gluante dans la gorge, me mordent les lèvres. Ils arrachent presque mes vêtements. À chaque seconde la nausée monte de plus en plus.

Le:_ je vous aime

La:_ après, sur le lit, ils sont heureux, ils font ça violemment, bestialement, jamais de douceur, jamais. Je suis toujours allongée sur le dos et eux sur moi. Ils mettent tous la tête dans l’oreiller, ils ne partagent rien, des fois je me dis que si je partais ils ne s’en rendraient même pas compte.

Le:_ je vous aime

La:_ quand ils ont fini, c’est l’extase, pour eux, bien-sûr, toujours pour eux. Certains émettent des râles, d’autres des petits cris, y’en a même qui pleurent.
Ils se laissent tomber lourdement sur le côté, me regardent d’un air satisfait comme si j’étais heureuse. Et j’ai bien là la preuve qu’on ne voit que ce que l’on veut voir, car jamais dans mes yeux ils ne voient le dégout, le mépris, la répugnance, alors que c’est tout ce que je leur montre.
Après ils me payent, c’est dégueulasse.

Le:_ je vous aime.

La:_ oui, ils me le disent tous qu’ils m’aiment quand ils ont fini leur besogne … à les croire ils sont tous fous amoureux de moi, et s’il n’y avait pas d’enfant, ou de chien, ou de poisson rouge, ils quitteraient leur femme pour vivre avec moi, « m’arracher à ce boulot » et vivre un rêve.
Ça fait longtemps que je ne crois plus les hommes.

Le:_ je vous aime

La:_ J’aimerais, au moins une fois dans ma vie, avoir un homme, hésitant, incertain, pas sur de lui, qui tremblerait dans mes bras et se confierait totalement à moi.
Un homme pour qui je serais la première. Et qui me regarderait, non pas comme une pute, mais comme la plus belle des femmes …
(au garçon) quel âge as-tu ?

Le:_ 15 ans madame.

La:_ As-tu connu une femme auparavant?

Le:_ jamais madame (rougissant) je suis encore …

La: (elle lui tend la main) alors viens.

Publié dans theatre | Pas de Commentaire »

 

ah les peintures de flo |
LE M.U.R. DE L'ART |
Ciel Pastel |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | FestiVous Festival occitan
| joemasse
| Collectif Maquis'Arts &...