S’il faut du sable

Posté par lobop le 16 février 2018

Il y a des dunes de sable et je te tiens la main. Elle est douce contre la mienne.

Elles s’embrassent parfaitement, elles se rassurent, elles partagent leurs forces.

Nos yeux scrutent l’horizon et se perdent dans le vide du désert.

Il y a sans doute des milliers de vies invisibles, inconnues de nous.

Nous sommes seuls et nos âmes s’en réjouissent.

Et si nous étions les derniers sur terre ?

Je ne peux imaginer meilleur compagnon pour assister à la fin de l’humanité.

 

Nos bras se collent l’un à l’autre, nos épaules se touchent, nos respirations s’accordent.

 

Le ciel accélère, des nuages défilent puis le vent nous atteint enfin.

Le sable se lève et commence à danser dans l’air.

Je me tourne vers toi et te prends dans les bras.

Le sable virevolte autour de nous.

Serrés l’un contre l’autre, le visage protégé par nos cheveux.

Je respire ton odeur dans ce petit monde sûr qu’est le creux de ton cou.

Je sens ton souffle calme sur ma peau.

 

La tempête se forme et nous presse un peu plus l’un contre l’autre.

Je te respire, tu es mon air à présent et ton odeur constitue mon monde.

 

Le sable s’agglutine sur nos corps. Il nous construit une armure. Il nous protège de la force du vent.

Sous notre carapace, je m’inquiète du manque d’air, tu le sens et me sers un peu plus fort.

Ton calme me rassure.

 

Nom de Dieu, faut-il que nous soyons seuls perdus au milieu d’une tempête pour que nous-nous prenions enfin dans les bras ?

Faut-il que la fin du monde approche pour que nous-nous aimions enfin ?

 

Je te veux toi, en vie, dans la vie, dans le mouvement et le bruit.

Je te veux dans le silence oui, mais aussi dans les rires et les cris.

Je nous veux entourés du monde entier et bousculés par la joie.

Je te veux à tous les temps, à toutes les vitesses, dans tous les espaces.

 

Et tant pis pour le sable et la beauté du désert, c’est toi que je veux.

 

 

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guerre

Posté par lobop le 16 janvier 2017

Et tu finis en croix dans un cratère.

Le bruit coule sur toi sans conséquence.

Les frissons parcourent ton corps et ton souffle se fait frénétique.

Ta lèvre inférieure tremble, tes narines se dilatent et tes yeux se révulsent.

 

C’est le moment, l’instant où tout bascule.

Tu ne sens même plus les bouts de shrapnel qui creusent leurs chemins dans ta chaire.

La terre glisse et te recouvre ; fine poussière d’abord puis couverture réconfortante, enfin poids insoutenable qui t’écrase.

 

Tu penses à ta mère, tu voudrais qu’elle sache où tu seras enterré.

Tombe anonyme au milieu d’un champ de bataille.

Et si on te retrouve, saura-t’on te reconnaître ?

Ta médaille suffira-t’elle à mettre une identité sur ton visage ?

Qu’est ce qu’un nom au final ?

Cela suffit-il à définir quelqu’un ?

 

La boue s’insinue dans tes narines et ta bouche. La fin approche.

Tu ressens un soulagement en pensant que tu n’auras plus à réfléchir à ce que tu feras après la guerre.

Une certaine tristesse à l’idée que ta vie aura été vide de sens et inutile au monde.

Mais après tout, tout le monde ne peut pas être un héros.

 

L’oxygène dans ton sang s’épuise et ton cerveau s’éteint doucement, il t’envoie de dernières images colorées et absurdes.

Tu ne sauras jamais quels étaient leurs sens.

 

Au revoir, adieu, si tant est qu’il existe.

 

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L’aventure de Caty

Posté par lobop le 10 octobre 2016

Caty ne tenait plus en place ce matin là, elle allait enfin réaliser son rêve : travailler à l’Agence Mondiale des Mystères de l’Univers, l’AMMU.

Elle venait juste d’obtenir son diplôme après cinq années d’études.

Elle savait qu’elle allait devoir faire ses preuves pour être accepter dans cette prestigieuse entreprise.

 

Elle se leva de très bonne heure, prit grand soin de sa toilette et se força à avaler un copieux petit déjeuner malgré son estomac noué.

 

Quand elle arriva enfin à son nouveau lieu de travail, avec une demie-heure d’avance, elle tremblait de tous ses membres.

Et s’ils ne l’aimaient pas ?

Et s’ils avaient fait une erreur dans les résultats du concours ?

Il n’y avait que deux places pour cinq milles postulants. Elle avait tant travaillé, mit toute sa vie entre parenthèses pour atteindre son but. Cinq années plongée dans les livres et la solitude. Mais cela en valait la peine.

 

Les premières semaines furent difficiles, elle se faisait toute petite et personne ne la remarquait. Elle était si timide.

Mais son travail était passionnant. Elle côtoyait de célèbres astronautes, ses héros de toujours, même si elle n’osait pas leur adresser la paroles.

 

Un jour elle décida qu’il était temps de se secouer les puces (façon de parler) et de faire ce qu’il fallait pour se faire remarquer.

Elle se mit alors à se porter volontaire pour toutes les missions qu’elle voyait passer. Elle passait tout son temps libre à s’inscrire sur des listes et à remplir des dossiers de candidature.

 

Elle savait bien qu’elle avait très peu de chances d’être choisie ; mais sait-on jamais, un miracle était possible.

 

Celui-ci se produisit au bout de six mois.

La spécialiste en biologie extra-terrestre de la mission KIT découvrit qu’elle était enfin enceinte après des années de tentatives désespérées. Tous les autres biologistes étant pris et la mission ne pouvant pas être retardée, le chef de l’expédition se tourna vers Caty.

Celle-ci sauta sur l’occasion sans même prendre le temps de réfléchir.

Elle allait enfin partir loin de la planète, vivre dans l’espace pendant six mois et, qui sait, peut-être découvrir d’autres mondes.

 

L’équipe étant composée de douze membres, elle réussit plus facilement à se lier d’amitié avec eux. Leur bienveillance vis à vis de son âge et de son manque d’expérience fut rafraîchissant.

Elle s’adapta très facilement et avec délice à la routine du vaisseau. Elle pouvait démontrer sa compétence, partager ses découvertes et se réjouir de l’enthousiasme de l’équipe.

 

Au bout de quatre mois cependant, un problème arriva. Une tempête solaire imprévue se déclencha. Toute la technologie du vaisseau fut hors-service en un instant.

La panique s’installa à bord. Tout le monde courrait en tout sens, ne sachant pas quoi faire.

Caty fut surprise de ressentir un grand calme.

 

Elle réfléchit rapidement, la seule solution était d’atterrir quelque part, un satellite, une planète ou même un astéroïde. Pourvu que cela leur laisse le temps de réparer le vaisseau.

La chance avait voulu que le système de recyclage d’air était ancien et fonctionnait mécaniquement, sans avoir besoin de technologie avancée.

 

C’était un vieux vaisseau qui avait été retapé et Caty le connaissait par cœur car elle l’avait beaucoup étudié dans son enfance. Elle avait un attachement particulier à celui-ci, car il portait presque son nom : CAT.

 

Elle se dit qu’avec un peu de chance il avait toujours ses anciennes commandes mécaniques. Après plusieurs vérifications, elle découvrit que c’était le cas. Toute excitée elle fit part de sa découverte au reste de l’équipe.

Sans technologie avancée il leur était impossible de revenir à leur point de départ. Mais ils pouvaient en revanche atterrir sans danger sur une planète.

 

Au bout de trois jours de recherche à vive allure, ils entrèrent dans un système solaire inconnu et repérèrent une planète habitable qui fut leur choix.

 

L’atterrissage se passa plutôt bien : le vaisseau fut ralenti dans chute par des arbres plus grands que ce qu’ils n’avaient jamais vu.

Une fois à l’arrêt, les jauges de mesure d’oxygène leur appris que l’air de cette planète était respirable.

Ils préparèrent donc une expédition à l’extérieur.

 

Ils laissèrent bientôt tomber leurs mesures scientifiques tant ils étaient émerveillées par ce qu’ils voyaient. Tout était si grand, magnifique, incroyable.

Ils croisèrent alors une espèce locale qui les abasourdis par son étrangeté : bipède, glabre ou presque, immense, se déplaçant en meute.

 

Bientôt un des bipèdes, sûrement une femelle d’après ce que voyait Caty, les repéra et s’approcha, intrigué.

Toute l’équipe se cacha, sauf Caty, obnubilée et paralysée par la peur. La bipède s’accroupit devant elle, curieuse et Caty paniquée commença à crier son propre nom dans l’espoir de se faire comprendre et épargnée : « je m’appelle Caty Caty Caty Caty ! »

 

La bipède haussa un sourcil, sourit et répéta « cat ». elle avança sa patte étrange et lui caressa la tête.

Caty ronronna de soulagement, le reste de l’équipe la rejoignit et tous se mirent à se frotter aux jambes de la bipède qui riait de plaisir.

 

Trois millions d’années plus tard, sur la route des vacances, j’aperçus en lisière de forêt comme un minuscule vaisseau spatial avec les lettres C.A.T écrites dessus.

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Après une nuit blanche.

Posté par lobop le 21 septembre 2015

Je me demande toujours, au moment de passer à la caisse d’un super-marché ce que peut bien penser la caissière en passant mes articles.

Se fait-elle une idée de qui je suis en regardant ce que j’achète ? Ou est-elle tellement habituée et ne fait absolument pas attention à ce qui passe entre ses mains.

Ces mains qui connaissent instinctivement les endroits où se cachent les code-barres. Elle pourrait le faire les yeux fermés, mais ça ne serait pas très commerçant.

Que pense-t-elle donc devant moi, ma tête fatiguée après une énième nuit d’insomnie, des cernes sous les yeux, habillée avec les premières fringues que j’ai pu trouver, mon cadis défraîchi qui lui indique que je ne possède pas de voiture, que je suis venue en bus, un lundi matin après une nuit blanche pour acheter …

 

6 paquets de céréales, deux briques de lait de riz (je parlerai une autre fois de mes diverses allergies et intolérances alimentaires) et 6 rouleaux de PQ.

 

« Cette fille n’a pas une très bonne hygiène alimentaire … c’est peut être des courses d’appoint … ou alors elle a des enfants qui adorent ces céréales … des enfants sans voiture, des céréales de marque, pourquoi seulement deux briques de lait de riz ? …

Verdict: célibataire, sans enfant, sans voiture. Mauvaise alimentation.

Pourquoi je me prends la tête à manger 5 fruits et légumes par jour alors qu’elle a l’air de si bien se porter en mangeant n’importe quoi ? Peut être est-elle malade de malnutrition sans le savoir, qu’en sais-je, je regarde peut-être une moribonde ignorante du sort qui l’attend ? »

 

Elle pourrait se dire cela oui. Bien que j’en doute, on présume toujours que les gens nous portent beaucoup plus d’intérêt qu’ils ne le font réellement.

 

Je me rappelle un jour où j’étais moi même caissière à la fnac durant une période de noël.

Je m’efforçais d’être accueillante et aimable avec chaque client qui passait par ma caisse. Ils avaient tous attendu une bonne vingtaine de minutes dans la file d’attente et je voulais les désamorcer tout de suite avec un sourire sincère avant qu’ils ne déversent leur frustration sur moi. Ça marchait plutôt bien.

Bref, je me rappelle un soir, après une longue journée, d’une cliente qui avait choisi un livre.

Elle l’avait posé face bien visible sur le comptoir, je n’y avais pas fait attention et l’avait machinalement retourné pour scanner le code-barre. Cette cliente me dit alors « il a l’air bien ce livre vous ne pensez pas ? » je regarde alors le titre du livre pour savoir si je l’avais déjà lu :

16 façons de faire jouir un homme

 

Je regarde la cliente ne sachant que dire, et je vois ça : son questionnement face au jugement de la caissière, précisément le même que j’ai aujourd’hui, et aussi un réel désir de connaître mon opinion sur l’ouvrage.

Plutôt que de se sentir gênée, cette cliente a choisi d’aller au devant de mon jugement et d’assumer entièrement son achat.

Finalement c’est moi qui me suis sentie gênée, je ne la jugeai pas, si elle ne m’avait pas fait remarqué le livre, je n’aurai même pas regardé la couverture.

Je lui ai répondu « sans doute, je ne sais pas. » et elle a terminé la conversation en disant pour elle-même « oui, il a l’air bien ».

 

Je me rappelle de cette dame parce qu’il y avait dans ses yeux une sorte d’espoir, le livre de la dernière chance, une bouée à laquelle se raccrocher. Les conseils miraculeux de quelque « spécialiste » du plaisir masculin qui devait se faire un fric monstre sur le dos de femmes auxquelles on avait inculqué que l’orgasme le plus important était celui de l’homme.

 

Tiens, mon féminisme prend le dessus. Peut-être que je juge après tout.

 

Revenons à ce matin.

En attendant le bus qui devait me ramener chez moi, je regardais dans la direction d’où arriverait le bus et je vis un chibani qui me fusilla du regard. Je compris alors qu’il pensait que derrière mes lunettes de soleil je le dévisageais. Tellement habitué aux attitudes racistes et excluantes, qu’il interprétait mon regard comme une agression de plus.

Je lui fis un grand sourire sincère ce qui le détendit aussitôt et le fit sourire à son tour.

Désamorcer, toujours désamorcer les peurs et frustrations d’autrui.

Tout le monde vit dans sa tête et suppose qu’il se fera agresser par son prochain, tout le monde se méfie de tout.

 

Je suis plus sensible à tout cela après une nuit sans sommeil, sans doute parce que je n’ai pas l’énergie de me tourner vers mon monde intérieur. À part les caissiers, ça c’est toujours, qu’importe mon état de fatigue.

 

J’ai remarqué aussi qu’à chaque fois que je fais le ménage, je pense à une ancienne amie qui était accro à la propreté, qui jugeait toutes ses amies sur comment elles tenaient leur maison, comment elles cuisinaient, comment elles nettoyaient … je savais bien à l’époque qu’elle me considérait comme une mauvaise maîtresse de maison car je ne faisais pas le ménage tous les deux jours ; je ne lui ai jamais dit qu’il m’arrivait parfois de passer deux mois sans passer ne serait-ce qu’un coup d’aspirateur, elle aurait fait un malaise.

Un soir elle a été très surprise en goûtant une sauce que j’avais faite. Elle m’a demandé « non mais sérieusement c’est pas toi qui l’a faite, tu l’as achetée ! ». Plutôt que de me vexer, je lui répondis avec un grand sourire (désamorcer, toujours désamorcer) « c’est bien moi qui l’ai faite, il y a encore le wok que j’ai utilisé dans l’évier si tu veux vérifier ». Elle bouda, je l’avais surprise et avais démoli sans le vouloir la supériorité qu’elle s’était construite. Les choses n’ont plus été les mêmes après cet épisode …

Bref, je m’égare, donc je pense à chaque fois à elle quand je fais le ménage et à son obsession de la propreté. Je me demande « est-ce que c’est assez propre pour toi ? » « quelles remarques me ferait-elle ? », « je suis bien passé dans tous les coins ? Et mon balais espagnol, il n’est pas trop sale à ton avis ? ».

Bon, cela ne m’obsède pas au point de m’obliger à faire le ménage plus souvent.

Un grand ménage tous les deux mois, je trouve ça amplement suffisant (en fait non, je ne trouve pas ça suffisant, mais je suis une telle flemmarde …)

 

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Mon Naturel

Posté par lobop le 18 mars 2015

J’ai perdu mon naturel.

Il était là, pas loin derrière moi, et puis je me suis retournée et POUF, plus rien.

Vous l’auriez pas vu par hasard ?

 

Parce que vous voyez, mon naturel il est plutôt sympa d’habitude, il me tient la main et me rassure, on s’entend bien tous les deux.

Mais là je crois qu’il a eu peur, je suis bien emmerdée maintenant, va falloir que je fasse quelque chose.

 

C’est qu’il est timide mon naturel, il est craintif.

Il suffit que je sois avec des gens que je ne connais pas pour qu’il se barre en courant.

 

Et moi, ben je sais plus qui je suis, je sais plus quoi dire ou faire, comment me comporter, comment Être.

Je regarde les gens autour de moi et je me sens toute nue. Ça m’énerve de pas comprendre comment ils font, eux.

Alors je me mets à faire des bruits avec ma bouche, à gesticuler dans tous les sens, à rouler des yeux, à paniquer …

même que des fois, je bave.

Je bave des yeux surtout.

 

C’est mouillé la bave des yeux et j’aime pas avoir le visage mouillé de bave.

Je me cache pour essuyer, sécher, assécher, tarir, frotter, gratter, griffer … jusqu’à ce que ça soit sec.

 

Et puis du coup je suis trop sèche et vide, non, plutôt trop pleine d’air. Le syndrome du trop plein d’air, on en a tellement qu’on sait plus quoi en faire.

 

J’aurais dû l’attacher mon naturel. Mais il aime pas ça. Il est épris de liberté, il aime pouvoir gambader à sa guise. Dans les champs, sur les toits, en haut, en bas, il fait le zouave et cours partout.

Des fois il est là, et des fois il est juste derrière toi, comme pour me narguer « vas-y, attrape moi ! ».

Mais on m’a appris à ne pas foncer sur les gens, même quand mon naturel est caché derrière eux.

 

Alors je l’attrape pas, je le regarde s’éloigner en emportant un peu de moi à chaque pas.

Je reste là.

Et je bave des yeux.

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l’acrobate

Posté par lobop le 16 mars 2015

C’est un acrobate vert de rage et blanc de peur, la pluie fait grésiller son feu de camp, il cherche à avoir chaud, partout, sur tout le corps, son corps froid, il met les mains sous ses aisselles pour le réchauffer. Ce geste intuitif remonte à la nuit des temps, comme une marque génétique de ses ancêtres qui vivaient sur les atolls.

 

Des gestes, tics, comportements automatiques, il ne lui reste plus que ça pour se rappeler qu’il est en vie.

Une bête lui monte sur le dos qui le grattouille soudain, il ne bouge pas, reste statique, les bêtes dans cette forêt sont dangereuses.

Elle joue avec ses nerfs, si elle n’avait pas été dans son dos il l’aurait faite tomber avec une cascade de coups.

 

Un son cristallin parvient à ses oreilles, une harpe au loin joue une mélodie triste.

Quel hasard de se retrouver là, dans ce bois, la vie s’est bien foutu de lui. Il ne cherchait que la paix, l’harmonie avec le monde, les peuples, il est devenu leur ennemi, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et pourquoi ?

À cause d’une canaille, un escroc, du temps où il était naïf.

Sa vie ne tient qu’à un fil, un avenir tangible, il le sait.

Le froid le prend soudain, il pense à ses actes passés.

 

Il a tué le roi … il est temps de prendre ses distances avec la race humaine.

C’est une folie de penser qu’ils lui pardonneront un jour.

 

Cette foule en colère et surexcitée a bien failli l’écorcher vif, il s’en est sorti de justesse, grâce à ses acrobaties, il tremble rien qu’à s’en rappeler.

 

Une silhouette apparaît de l’autre côté du feu, il la voit mal, elle se meut doucement, souplement, tout son corps évoque la menace . Il ressent un picotement dans la nuque, il y a quelqu’un derrière lui.

 

Une présomption, une prémonition l’informe qu’ils sont bien plus nombreux dans les fourrés.

Ils prendront sa vie s’il ne se défend pas, ils prendront sa vie de toutes manière.

 

Il se lève, prend sa hache et la fait virevolter au dessus de sa tête, les perles de ses tresses s’entrechoquent et tintinnabulent.

Un jeu de séduction mortelle se met en place entre la silhouette et lui, à qui impressionnera le plus l’autre.

 

Il sent soudain un gonflement dans sa poitrine, son cœur accélère, après observation il se rend compte qu’il a en face de lui une femme, il est condamné, ce sont Les Guerrières, la garde de Freya.

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Patagonie

Posté par lobop le 1 mars 2015

Je suis la terre de feu, craquelée sous le soleil brûlant, tremblant de fièvre, exhalant des souffles longs de vapeur.

Gorgée d’eau, dégoulinante et pâteuse sous la pluie drue.

Les mustangs sauvages frappent mon corps de leurs sabots et le font vibrer d’une musique exaltante. Le rythme de ma vie est perturbé, accéléré par les chevaux, les bisons qui chargent telle une armée allant au combat.

L’hiver je me rétracte, je m’endors, je reste en moi même, le monde n’existe plus et je m’enfonce dans mon sommeil glacé.

Quand vient le temps de la vie, celui des bourgeons, de la divine sève ; je sens grouiller dans mon corps toute l’enthousiaste énergie qui n’attend plus de jaillir.

Et je respire, je bouge, je vibre pour chaque plante, chaque brin d’herbe qui s’étire hors de mon corps.

J’ondule sous la chlorophylle sacrée.

Je tremble de désir pour la fraîcheur des rosées qui le matin me font frissonner.

 

Ô êtres humains si petits, si insignifiants qui grouillez à la surface.

Je vous donne un avertissement, aimable coup de semonce qui, si vous l’entendez, vous permettra de sauver votre espèce.

Ne vous avisez pas de vous croire propriétaires de la terre. Vous ne possédez rien que votre vie, et s’il vous prenait l’envie de détruire ce qui ne vous appartient pas, mon corps, mon âme, mon essence ; alors je vous prendrais votre bien le plus précieux.

 

Votre existence.

 

Pas immédiatement, mais tout doucement, je cesserai de vous nourrir, de vous tenir au chaud, de vous protéger des maladies.

Vous vous éteindrez, comme jadis les Aztèques qui croyaient pouvoir contrôler la terre.

 

Je suis la terre de feu, je suis millénaire et je reste là. Je vous survivrai.

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Horoscope à rebours 2013

Posté par lobop le 5 janvier 2014

Horoscope à rebours 2013.

Voici une année qui commence et une année qui s’achève. Regardons si vous le voulez bien le bilan de cette année. ( -et si j’veux pas ? – On regarde quand même et tu fermes bien ta mouille.)

Amour :
Félicitation, vous avez réussi, pour une fois, à vous tenir éloignée des chagrins d’amour, certes, vous vous êtes tout simplement tenue à l’écart de l’amour, mais ce fut très efficace, convenons-en.
Faites tout de même attention à ne pas trop vous endormir dans cette situation, vous pourriez avoir du mal à quitter le bonheur, la joie, l’extase … heu … le confort du célibat.

Travail :
Alors là, bravo, vous avez battu des records en matière de glandouille, UNE journée de travail sur 11 mois, il fallait le faire ! Comment ça il n’y avait pas assez de tournages ? Mais ce n’est pas une excuse ça madame ! Bon, l’année 2013, coincée dans la constellation de la mouise a été assez pauvre pour tout le monde, et il est vrai que le travail bénévole ne paye pas les factures (c’est un peu le concept, non ?). Bref, le bon côté de cela est que vous ne pouvez pas faire pire, n’est ce pas ?
(- try me. – shuut ).

Argent :
Mouhahahahaha, huhuhu, hihihi … excusez-moi, je sèche mes larmes, je reprends mon souffle, et je suis à vous. Bon le concept de l’argent, qui accompagne souvent le concept du travail, est parti en vacances cette année. Vous avez tout de même réussi à gérer un peu mieux vos finances, enfin, cette fin d’année surtout (rapport au travail, tout ça … ). Inutile d’épiloguer donc, c’était pas la panacée quand même.

Chance :
Heu, vous voulez vraiment que je vous dise ? Non, mais vraiment ? Honnêtement ? Bon, allons-y.
Je crois que vous n’avez jamais fait pire en matière de chance. Et je dois vous l’accorder, vous avez fait preuve de motivation et vous avez dépensé une énergie conséquente (pour vous, j’entends) pour briser ce cercle de poisse. Mais malheureusement, tout ne dépend pas de vous, et vous devez avoir un très mauvais karma, mais alors vraiment très mauvais, car l’univers s’est fait un malin plaisir à s’acharner sur vous. Mais non ne pleurez pas, vous aurez quelque chose à raconter à vos petits enfants au coin du feu !

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Salut, t’es qui ?

Posté par lobop le 8 août 2013

« Hey toi là-bas ! Salut, t’es qui ? Hey, j’veux dire, j’aimerais bien savoir qui t’es, tu sais, te connaître quoi, apprendre à t’connaître.

Tu veux pas ? Tu veux pas me connaître ? Ben c’est pas grave, c’est moi qui veut savoir qui t’es, et puis tu sais pas, j’suis peut être une fille super intéressante !

Non mais c’est pas ton nom que j’veux savoir, c’est qui t’es.

Ton boulot ? On s’en fout, c’est pas ça, tu comprends pas, c’est simplement toi, toi que j’veux connaître.

 

C’est tes rêves par exemple. À quoi tu rêves ? C’est quoi tes rêves ? Non mais, oublie la carrière, la famille, la bagnole et tout ça. Ce que j’veux savoir, c’est ce que tu es toi, au fond de toi, où tu vas dans ta tête quand t’es seul et que t’as besoin de rêver ? Il est comment le monde où tu vas quand tu veux t’échapper ?

Tu veux un exemple ? Tu comprends pas la question ? Ben j’sais pas, c’est pas bien compliquée pourtant ! Non mais j’suis pas venue te parler pour t’étaler mes rêves, c’est le tiens que j’veux savoir … ouai, t’as raison, faut qu’ça soit un échange, ok.

 

Ben tu vois, quand j’rêve, le monde il est … magique. Y a des dragons, des fées, des sorciers. Y a des montagnes immenses qui disparaissent dans les nuages. Y a des paysages fantastiques, des châteaux imprenables, des rivières d’arc en ciel.

C’est la magie au lieu de la technologie, des dolmens au lieu des gratte-ciels … hey, t’as vu, j’fais des rimes !

T’aime la poésie ? Moi j’adore, parce que j’y pige que dalle. Enfin, la plupart du temps.

 

Des fois quand j’rêve, je suis sur un drakkar et je parcours les océans avec une armée de vikings. Y a des tambours pour nous donner la force de ramer et du courage parce qu’on est tous morts de trouille. De quoi on a peur ? Ben j’vais t’le dire !

On a peur qu’un serpent immense surgisse de la mer pour nous bouffer. Ah tu vois tu t’marre, j’aurais au moins réussi ça !

 

Et toi alors ? À toi de me dire tes rêves !

La science-fiction ? Ah ça c’est chouette, avec des vaisseaux spatiaux et des voyages intergalactiques … des planètes de toutes les tailles et des couleurs de fou. Des habitants de toutes les formes, des races inconnues.

Ah tu vois, tes rêves ils sont encore plus fous que les miens ! Ben si, moi je me contente d’une planète, toi tu peuples tout l’univers.

Et ta peur dans ce monde là, c’est quoi ? Pourquoi tu t’marre ? Un serpent de l’espace ? Ah ben tiens, c’était bien la peine de t’foutre de moi !

 

Ça te dis qu’on s’assoie ? Oui, là sur le trottoir dos à la barrière.

J’ai un autre rêve aussi. Dans celui-là, je marche sur les toits, je regarde la ville d’en haut. Et c’est plus du tout la même ville, vue d’en haut. C’est plus calme, c’est plus grand aussi, y a plus les immeubles qui bouchent la vue. Je regarde la ville sous un autre angle et ça change tout.

C’est pas mal des fois de changer d’angle de vue. Ça permet de voir les choses différemment, ça ouvre les possibilités.

 

La magie, les toits, les vaisseaux spatiaux … quand on a envie de fuir.

Je sais pas toi, mais moi j’ai de plus en plus envie de fuir. J’ai envie de trouver un monde fait de villages, où on circulerait à cheval pour avoir le temps de penser durant le trajet. Le temps de s’ennuyer, le temps de regarder. On n’a plus le temps de rien, on court partout, faut aller vite, être efficace. J’ai plus envie d’être efficace, j’ai envie de vivre tout simplement. Vivre et regarder vivre, qui c’est qu’a dit ça déjà ? Je sais plus, quelqu’un qu’avait tout compris en tout cas.

 

T’as plus l’air si pressé d’aller au boulot toi. T’as plus envie d’y aller ? J’te comprends, j’aurais pas envie non plus.

 

Dis moi, j’voudrais te demander un truc, te poser une question. C’est délicat.

 

C’est quoi qui vaut la peine d’être vécu aujourd’hui ?

L’amour ? Nan, les gens ont plus le temps pour l’amour. Aimer c’est difficile, ça coûte, faut s’investir, ça prend de l’énergie et du temps, ça rapporte pas de fric.

Y a plus d’amour qui naît, ou si peu. Les gens préfèrent passer à autre chose quand ça devient plus sérieux et donc plus compliquée, quand ça demande trop d’efforts.

T’aime quelqu’un toi ? Non, ben tu vois.

Ça fait souffrir aussi, et on n’accepte plus de souffrir, ou alors, pas longtemps. S’investir dans une relation amoureuse en se disant qu’on a tout à perdre, faire confiance à quelqu’un d’autres que soi, donner son cœur et son amour en prenant le risque que l’autre les brise, plus personne veut faire ça, ça fait trop peur, ça fait trop mal.

 

Il reste quoi alors, quoi qui vaut la peine d’être vécu si on peut plus compter sur l’amour ?

 

Créer ? T’as bien dit créer ? Mais créer pour quoi ? Pour être reconnu ? Pour être aimé ?

Non ?

Créer pour soi ! Pour se faire plaisir à soi ! C’est pas con ça. T’es pas con toi ! Pardon, j’voulais pas dire que j’te croyais con, non, quand on rêve de science-fiction, on peut pas être con.

J’aime bien ton idée, créer pour soi !

 

Merci, tu m’as donné un appui pour ma journée, une raison de vivre en quelque sorte. Non j’dis pas que j’voulais me foutre en l’air, non ! Mais tu m’as donné un espoir, voilà, un espoir qu’il y a encore des bonnes choses dans ce monde de technologie et de pognon.

 

Allez, j’vais te foutre la paix maintenant et te laisser aller au boulot. Merci encore hein, j’suis contente de t’avoir connu. Non, me dit pas ton nom, ça sert à rien un nom, ça réduit.

J’te connais bien mieux que si je savais ton nom.

Allez, salut science-fiction ! »

 

 

«  Hey madame ! Hey vous êtes qui ? J’veux dire, n’ayez pas peur, j’veux juste vous connaître.

Vous voyez, j’allais au boulot et puis j’ai rencontré une fille … et, enfin, c’que j’veux dire c’est que j’aimerai bien vous connaître. Vous allez où quand vous rêvez … »

 

 

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La Chaussure

Posté par lobop le 12 avril 2013

Il était une fois, un petit garçon qui avait perdu sa chaussure dans un trop grand jardin protégé par de trop grandes grilles.

Il avait fait l’erreur de la jeter pour essayer en vain d’atteindre un corbeau qui se moquait de lui.

La chaussure était passée par-dessus les piques effrayantes de la grille.

Le jardin appartenait à une très vieille dame qui ne sortait jamais de chez elle.

Le petit garçon avait très peur de cette dame, car on disait au village que c’était une sorcière.

Le vilain corbeau s’était posé en équilibre sur une pique de la grille comme pour narguer le petit garçon et continuait à se moquer de lui.

C’était un corbeau intelligent et doué de parole:

 

« tu es bien laid petit garçon ! Tes jambes sont trop courtes, ton nez est trop gros et tes cheveux sont fillasses. »

 

Le petit garçon en colère lui répondit:

 

« tais-toi méchant corbeau, je ne t’ai rien fait, pourquoi viens-tu me chercher des ennuis ? »

 

Le corbeau se mit à rire en agitant ses ailes noires:

 

« comment cela tu ne m’as rien fait ? Eh bien si, tu m’as fait du tord à moi et à tous ceux que tu croise, tu nous agresses par ta laideur. Tu nous agaces par ton pas traînant, tu ferais mieux de te cacher ! »

 

Le petit garçon, blessé, voulu se défendre:

 

« je ne suis peut-être pas très beau à l’extérieur, mais je n’y peux rien, je suis un gentil petit garçon, je n’ai jamais fait de mal à personne! »

 

Le corbeau secoua la tête:

 

« non non, quand on est aussi laid on ne peut pas être bon, je ne te crois pas, hideux gnome, tu es forcément mauvais, tu as fait du mal à ta mère en naissant et tu continues à lui en faire en grandissant. Tu aurais pu faire un effort et te rattraper en devenant un joli poupon blond, mais au lieu de ça tu es un être difforme aux cheveux crasseux. »

 

Le petit garçon s’était mis à pleurer, profitant de sa faiblesse, le corbeau reprit de plus belle:

 

« Et en plus tu as le nez qui coule ! Il y a des tas d’enfants qui sont attendrissants quand ils sont tristes, mais toi tu me donnes envie de te jeter des cailloux tellement tu es laid ! Je préfère m’envoler voir des gens plus beaux, si je restais ici tu risquerais de me gâcher ma journée ! »

 

Le corbeau s’envola sur ces méchantes paroles en laissant là le petit garçon en pleine désolation et le pied nu.

 

Il ne savait pas comment faire pour récupérer sa chaussure et il ne voulait pas rentrer sans. Sûr qu’il se ferait gronder, car cette paire était la seule qu’il possédait.

Sa maman, qui était veuve et très pauvre ne pouvait pas lui acheter plus d’une paire de chaussures par an.

Non, il devait faire preuve de courage et aller chercher ce soulier.

Profondément déprimé et terrifié, il poussa la grande porte de la grille et entra dans le jardin.

 

L’endroit était sombre et effrayant. Il ressemblait bien plus à une forêt maudite qu’à un jardin.

Il n’avait pas bien vu où était tombé la chaussure et se mit à sa recherche.

 

Au bout d’une heure, il se rendit compte qu’il s’était perdu.

Les ronces essayaient constamment de le faire tomber et il n’avait toujours pas retrouvé sa chaussure.

Des larmes de panique l’empêchaient de voir clair autour de lui, il se perdit un peu plus au fond de la forêt.

Il commença à avoir faim, soif et froid alors que le soir tombait.

 

Il aurait aimé crier au secours mais il avait trop peur de réveiller un monstre horrible qui se serait tapi sous un arbre.

S’enfonçant de plus en plus dans l’obscurité il commença à se dire qu’il finirait par mourir ici, oublié de tous.

Et si ce que le corbeau avait dit était vrai, ce serait un soulagement pour sa maman.

 

C’est vrai qu’il n’était pas très beau et qu’il n’était pas très adroit non plus. Il cassait tout le temps des objets sans le faire exprès, sa gentille maman ne criait plus quand cela arrivait, elle était trop fatiguée pour ça.

Elle pleurait souvent quand il rentrait à la maison couvert de croûtes et de bleus parce que les autres garçons s’en étaient pris à lui.

Sa maman lui disait sans cesse d’apprendre à se défendre, de se servir de ses poings ou de sa tête pour se faire respecter. Mais le petit garçon n’y était jamais arrivé.

 

Il en était là de ses pensées moroses quand il aperçut une lumière.

Il aurait mieux fait de la fuir et de courir dans la direction opposée, mais comme tout animal perdu et blessé il se dirigea vers l’espoir d’un réconfort, vers la lumière et la personne qui l’avait allumée.

Il se retrouva devant la fenêtre d’une grande et sombre maison.

 

Il vit à l’intérieur que quelqu’un était assis dans un grand fauteuil dos à la fenêtre.

Il y avait une cheminée en face du fauteuil et de belles flammes crépitaient dans l’âtre.

Grelottant de froid, le petit garçon se mit à imaginer ce que ça ferait de s’asseoir devant le feu sur ce fauteuil confortable.

Il vit une main blanche et décharnée s’écarter du fauteuil pour attraper une tasse de thé posée sur un guéridon.

La vapeur montait en volute de la tasse et à côté de la théière, sur une petite assiette, étaient empilés d’appétissants petits gâteaux.

Le ventre du petit garçon se mit à gargouiller très fort, il avait de la salive plein la bouche, tous ses membres tremblaient de froid et d’épuisement.

N’y tenant plus il frappa à la vitre.

 

Tout doucement la personne dans le fauteuil se redressa et se tourna pour voir d’où venait ce son incongru.

C’était une très vieille dame, maigre avec seulement une dizaine de cheveux blancs sur la tête, elle était habillée d’une robe crasseuse beaucoup trop grande pour elle.

Elle regarda la fenêtre et eu un sourire glacial qui découvrit ses dents sales et tordues.

Elle se leva péniblement et, courbée comme si elle avait porté le poids du monde sur son dos, se dirigea vers la fenêtre.

 

Elle ouvrit le carreau et s’adressa au petit garçon sans le regarder.

 

« entre gentil petit chat, vient te réchauffer auprès de mon feu, je te donnerai du lait et des petits gâteaux. »

 

Le petit garçon se dit qu’elle devait être folle pour l’avoir pris pour un chat, mais il avait trop faim et trop froid pour la contredire.

Il escalada le rebord de la fenêtre et entra dans la maison.

 

La vieille dame s’était déjà rassise dans son fauteuil et le petit garçon s’approcha timidement d’elle.

 

« soit mignon gentil petit chat, couche-toi à mes pieds et ronronne pour moi » lui dit la vieille dame.

 

Le petit garçon fit comme elle dit tout en lorgnant l’assiette de petits gâteaux.

La dame se mit à lui caresser la tête de la main gauche tandis que la droite lui donnait des gâteaux à manger.

L’estomac du petit garçon se mit à faire encore plus de bruit tellement il était content de recevoir enfin de la nourriture.

 

« tu n’es vraiment pas beau petit chat, mais tu ronronnes bien ! «

 

Le petit garçon ne répondit rien car il était poli et avait appris à ne pas parler la bouche pleine.

Son pied droit, celui auquel il manquait la chaussure, lui faisait beaucoup moins mal même s’il était entièrement écorché à cause des ronces et des orties qu’il avait dû piétiner.

Il se dit qu’il avait eu de la chance de trouver cet endroit et qu’il remettrait au lendemain la recherche de sa chaussure.

Allongé sur le tapis et alors que les doigts osseux de la vieille dame caressaient sa tête, il sentit le sommeil approcher et, rassasié, il s’assoupit.

 

Plus tard dans la nuit, il entendit un bruit qui le réveilla. Il essaya de bouger, en vain.

Il était paralysé par la peur.

Il entendait la vieille dame qui s’était levée et marmonnait dans sa cuisine.

 

« je n’aime pas les chats, ils ramènent des puces. Je n’aime pas, pas, les vilains petits chats qui mangent mes gâteaux, je n’aime pas oh non je n’aime pas du tout ces vilains vilains chats qui boivent mon lait et volent la chaleur de mon feu, oh non, oh non, je ne les aime pas du tout… »

 

Le petit garçon voulu lui dire qu’il n’était pas un chat mais juste un garçon qui s’était perdu.

Mais une boule dans la gorge l’empêchait de parler.

Il vit le corbeau arriver à la fenêtre avec sa chaussure dans le bec ce qui le surprit fort.

Le corbeau le fixa d’un regard mauvais et laissa tomber la chaussure sur le sol.

Le bruit fit sursauter la vieille dame qui se retourna.

 

« ah c’est toi oiseau de malheur ! Tu es un vilain garnement tu sais, à partir au beau milieu de la nuit en me laissant seule ! »

 

Elle s’approcha de l’oiseau et caressa sa tête.

Le corbeau la regarda et lui dit:

 

« il fallait bien que je parte, quelqu’un est mort au village. »

 

la vieille dame sourit et lui dit:

 

« oh raconte moi, j’ai besoin de rire un peu ! »

 

La vieille dame s’installa dans son fauteuil et le petit garçon fit semblant de dormir tandis qu’elle posait les pieds sur son dos.

Le corbeau se posa sur le guéridon et, tout en mangeant les miettes de petits gâteaux qui restaient dans l’assiette, se mit à raconter ce qu’il avait vu et entendu.

 

« il s’agit d’une femme, d’une veuve qui est morte. Morte de chagrin, car elle avait perdu son petit garçon depuis deux ans et que personne ne l’a retrouvé. »

 

la vieille dame éclata de rire et lui dit de continuer.

Heureux de contenter son auditoire, le corbeau dit:

 

« l’enterrement était délicieusement triste, comme elle était très pauvre, ils l’ont mise dans la fausse commune à côté des vagabonds et des criminels. »

 

La vieille dame n’arrivait plus à reprendre son souffle tellement elle riait.

 

« c’était une brave femme, reprit le corbeau, elle avait travaillé toute sa vie pour nourrir son garçon, elle se privait chaque jour pour pouvoir lui acheter une paire de soulier neufs tous les ans. »

 

Le petit garçon blêmit, non se dit il, ce n’était pas possible, il ne pouvait pas être là depuis deux ans, il était arrivé la veille !

 

Le corbeau continuait son histoire.

 

« pourtant il était bien laid son garçon, et il n’avait ni honneur ni fierté, il se faisait rouer de coups à l’école pour rendre sa mère malheureuse. »

 

le petit garçon sentit une larme couler sur sa joue tandis que la vieille dame riait tant et fort.

 

« mais il faut croire qu’elle l’aimait malgré tout, dit le corbeau, car une fois qu’il fut parti, ce petit ingrat, elle se mit à dépérir. Bien des gens ont essayé de l’aider au village, mais rien n’y faisait.

Elle cessa de manger, de boire, de dormir.

Je l’ai regardé souvent debout à sa fenêtre à guetter le retour de son petit garçon qui ne vint jamais. »

 

La vieille dame pleurait de rire à présent alors que le petit garçon pleurait de désespoir.

 

« et puis elle a fini par mourir, seule dans sa maison froide, enfin je sais pas si on peut appeler ça une maison, plutôt une cabane je dirais. Seule et miséreuse voilà comment elle est morte. »

 

le corbeau avait fini son histoire et la vieille dame était ravie. Elle se leva et dit:

 

« viens, pour fêter ça, nous allons tuer ce chat puant et le manger, je vais chercher un couteau. »

 

Quand il entendit cela le petit garçon sentit toute sa peur s’envoler, il sauta sur ses pieds et courut vers la fenêtre qu’il ouvrit en grand.

Une fois passé par la fenêtre il prit ses jambes à sont cou et détala vers la grille qu’il voyait au loin.

Il entendait derrière lui les rires du corbeau et les cris de protestation de la vieille dame.

Il arriva à la grille et l’ouvrit à la volée.

Il courut dans les rues, en larmes et désespéré, il alla directement au cimetière et se retrouva bientôt devant la fausse commune dont la terre avait été fraîchement retournée.

 

Là il pleura toutes les larmes de son corps et se tapa la poitrine en criant sa douleur.

Une fois qu’il n’eut plus de larme ni de voix il se dirigea d’un pas traînant vers sa maison.

 

Ce n’est qu’une fois devant la porte de la vieille masure qu’il se rendit compte que de la fumée sortait du toit.

Il ouvrit la porte et vit sa mère, assoupie près du feu.

Il se précipita vers elle en criant:

 

« maman ! Tu es en vie ! »

 

sa mère se réveilla et encore un peu endormie lui dit:

 

« bien-sûr que je suis en vie ! Où étais-tu ? Je me suis fait un sang d’encre. Mon dieu ton pied, il est en sang ! Viens t’asseoir mon cœur, mon beau petit garçon, j’ai eu si peur, viens que je te soigne. »

 

dans le ciel noir un corbeau passa en riant de sa farce, puis le silence retomba sur le bonheur d’une petite famille réunie.

 

 

 

Il existe des gens mauvais dont le seul loisir est de causer du tourment à ceux qui sont trop faibles pour se défendre, ceux qui sont naïfs, innocents et qui font confiance à des petits gâteaux.

Fuyez mes agneaux, ne répondez pas au corbeau, ou il vous perdra.

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