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pixée

Posté par lobop le 5 janvier 2019

La voix grésillarde égraine les mots « rez…de…chau…tf…ssée ».

Les portes rechignent un moment puis dans un soupir douloureux acceptent de s’ouvrir.

Lentement, très lentement en grinçant sur la fin.

 

Elia me regarde les sourcils relevés dans une interrogation amusée.

« c’est l’hiver, les ascenseurs s’enrhument »

elle sourit, les flash crépitent et des dizaines de lentilles capturent son sourire dans des bruits d’obturateurs frénétiques.

Elle sursaute et efface son sourire.

« n’ai pas peur, ils en raffolent »

elle se recompose un visage neutre et sors de l’ascenseur.

 

Le couloir n’a pas d’ombre, la lumière vive écrase les couleurs et détruit les contours.

Nous croisons des visages flous, des regards brumeux. Les silhouettes bavent en mouvement.

Elle me prend la main pour s’assurer de ma tangibilité.

Les obturateurs crépitent, elle lâche ma main.

 

Nous avançons, le dos droit, le regard vissé à l’horizon, le visage détendu dans une neutralité étudiée.

Les écrans qui couvrent les murs déversent leur lot quotidien d’expressions émotives prises sur le fait.

Personne ne les regarde par peur de s’y surprendre.

 

J’aperçois sur l’écran de gauche une femme en pleurs qui supplie quelque chose d’invisible au dessus d’elle.

Une part de moi la plaint tandis qu’une autre se réjouie de ne pas être à sa place.

Je détourne le regard par crainte de montrer mon soulagement.

 

Nous sortons dans la rue et nous détendons un peu.

Nous évitons de marcher sous les arbres et trop près des murs.

Les capteurs sont moins sensibles en extérieur pour ne pas être déclenchés par les vols d’oiseaux.

Mais les obturateurs des arbres fonctionnent très bien et il n’y a rien de pire que de se retrouver pixé en plongée.

 

Nous arrivons dans ma rue.

Sur le trottoir de droite un homme trébuche, les flash des murs se déclenchent aussitôt, la lumière vive le déséquilibre encore plus et il finit par tomber.

Tous les passants se figent, attendant qu’il se relève, priant pour qu’il se relève tout seul et qu’il n’ait pas besoin d’aide.

Un temps passe, une femme esquisse un mouvement vers l’homme qui se relève enfin par lui même. Les murs capturent aussi ce moment.

l’homme s’éloigne en boitant déclenchant tous les obturateurs sur son passage.

Ils le suivront jusqu’à ce qu’il rentre chez lui.

 

Les gens reprennent leur marche.

 

Nous arrivons à ma porte et je saisi les clefs pour l’ouvrir.

 

En refermant la porte derrière nous je songe que demain tous les murs de la ville joueront en boucle la chute de l’homme.

Le sourire volé d’Elia est sauvé.

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