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Après une nuit blanche.

Posté par lobop le 21 septembre 2015

Je me demande toujours, au moment de passer à la caisse d’un super-marché ce que peut bien penser la caissière en passant mes articles.

Se fait-elle une idée de qui je suis en regardant ce que j’achète ? Ou est-elle tellement habituée et ne fait absolument pas attention à ce qui passe entre ses mains.

Ces mains qui connaissent instinctivement les endroits où se cachent les code-barres. Elle pourrait le faire les yeux fermés, mais ça ne serait pas très commerçant.

Que pense-t-elle donc devant moi, ma tête fatiguée après une énième nuit d’insomnie, des cernes sous les yeux, habillée avec les premières fringues que j’ai pu trouver, mon cadis défraîchi qui lui indique que je ne possède pas de voiture, que je suis venue en bus, un lundi matin après une nuit blanche pour acheter …

 

6 paquets de céréales, deux briques de lait de riz (je parlerai une autre fois de mes diverses allergies et intolérances alimentaires) et 6 rouleaux de PQ.

 

« Cette fille n’a pas une très bonne hygiène alimentaire … c’est peut être des courses d’appoint … ou alors elle a des enfants qui adorent ces céréales … des enfants sans voiture, des céréales de marque, pourquoi seulement deux briques de lait de riz ? …

Verdict: célibataire, sans enfant, sans voiture. Mauvaise alimentation.

Pourquoi je me prends la tête à manger 5 fruits et légumes par jour alors qu’elle a l’air de si bien se porter en mangeant n’importe quoi ? Peut être est-elle malade de malnutrition sans le savoir, qu’en sais-je, je regarde peut-être une moribonde ignorante du sort qui l’attend ? »

 

Elle pourrait se dire cela oui. Bien que j’en doute, on présume toujours que les gens nous portent beaucoup plus d’intérêt qu’ils ne le font réellement.

 

Je me rappelle un jour où j’étais moi même caissière à la fnac durant une période de noël.

Je m’efforçais d’être accueillante et aimable avec chaque client qui passait par ma caisse. Ils avaient tous attendu une bonne vingtaine de minutes dans la file d’attente et je voulais les désamorcer tout de suite avec un sourire sincère avant qu’ils ne déversent leur frustration sur moi. Ça marchait plutôt bien.

Bref, je me rappelle un soir, après une longue journée, d’une cliente qui avait choisi un livre.

Elle l’avait posé face bien visible sur le comptoir, je n’y avais pas fait attention et l’avait machinalement retourné pour scanner le code-barre. Cette cliente me dit alors « il a l’air bien ce livre vous ne pensez pas ? » je regarde alors le titre du livre pour savoir si je l’avais déjà lu :

16 façons de faire jouir un homme

 

Je regarde la cliente ne sachant que dire, et je vois ça : son questionnement face au jugement de la caissière, précisément le même que j’ai aujourd’hui, et aussi un réel désir de connaître mon opinion sur l’ouvrage.

Plutôt que de se sentir gênée, cette cliente a choisi d’aller au devant de mon jugement et d’assumer entièrement son achat.

Finalement c’est moi qui me suis sentie gênée, je ne la jugeai pas, si elle ne m’avait pas fait remarqué le livre, je n’aurai même pas regardé la couverture.

Je lui ai répondu « sans doute, je ne sais pas. » et elle a terminé la conversation en disant pour elle-même « oui, il a l’air bien ».

 

Je me rappelle de cette dame parce qu’il y avait dans ses yeux une sorte d’espoir, le livre de la dernière chance, une bouée à laquelle se raccrocher. Les conseils miraculeux de quelque « spécialiste » du plaisir masculin qui devait se faire un fric monstre sur le dos de femmes auxquelles on avait inculqué que l’orgasme le plus important était celui de l’homme.

 

Tiens, mon féminisme prend le dessus. Peut-être que je juge après tout.

 

Revenons à ce matin.

En attendant le bus qui devait me ramener chez moi, je regardais dans la direction d’où arriverait le bus et je vis un chibani qui me fusilla du regard. Je compris alors qu’il pensait que derrière mes lunettes de soleil je le dévisageais. Tellement habitué aux attitudes racistes et excluantes, qu’il interprétait mon regard comme une agression de plus.

Je lui fis un grand sourire sincère ce qui le détendit aussitôt et le fit sourire à son tour.

Désamorcer, toujours désamorcer les peurs et frustrations d’autrui.

Tout le monde vit dans sa tête et suppose qu’il se fera agresser par son prochain, tout le monde se méfie de tout.

 

Je suis plus sensible à tout cela après une nuit sans sommeil, sans doute parce que je n’ai pas l’énergie de me tourner vers mon monde intérieur. À part les caissiers, ça c’est toujours, qu’importe mon état de fatigue.

 

J’ai remarqué aussi qu’à chaque fois que je fais le ménage, je pense à une ancienne amie qui était accro à la propreté, qui jugeait toutes ses amies sur comment elles tenaient leur maison, comment elles cuisinaient, comment elles nettoyaient … je savais bien à l’époque qu’elle me considérait comme une mauvaise maîtresse de maison car je ne faisais pas le ménage tous les deux jours ; je ne lui ai jamais dit qu’il m’arrivait parfois de passer deux mois sans passer ne serait-ce qu’un coup d’aspirateur, elle aurait fait un malaise.

Un soir elle a été très surprise en goûtant une sauce que j’avais faite. Elle m’a demandé « non mais sérieusement c’est pas toi qui l’a faite, tu l’as achetée ! ». Plutôt que de me vexer, je lui répondis avec un grand sourire (désamorcer, toujours désamorcer) « c’est bien moi qui l’ai faite, il y a encore le wok que j’ai utilisé dans l’évier si tu veux vérifier ». Elle bouda, je l’avais surprise et avais démoli sans le vouloir la supériorité qu’elle s’était construite. Les choses n’ont plus été les mêmes après cet épisode …

Bref, je m’égare, donc je pense à chaque fois à elle quand je fais le ménage et à son obsession de la propreté. Je me demande « est-ce que c’est assez propre pour toi ? » « quelles remarques me ferait-elle ? », « je suis bien passé dans tous les coins ? Et mon balais espagnol, il n’est pas trop sale à ton avis ? ».

Bon, cela ne m’obsède pas au point de m’obliger à faire le ménage plus souvent.

Un grand ménage tous les deux mois, je trouve ça amplement suffisant (en fait non, je ne trouve pas ça suffisant, mais je suis une telle flemmarde …)

 

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