La fin du monde, c’te blague

Posté par lobop le 10 décembre 2012

Pour affronter la fin du monde, je me dois de posséder le minimum vital à une vie heureuse (est-ce français ? on s’en fout c’est bientôt la fin du monde).

Alors, déjà, là où je me trouve actuellement, il n’y a pas de taille crayon. ce qui me pose un grave problème car voyez-vous, j’ai en ma possession un crayon qui aurait besoin d’être taillé.

Il me manque aussi un dictionnaire de latin que j’ai oublié chez moi, ce qui m’angoisse terriblement, car voyez-vous (j’ai déjà utilisé cette figure de style, changeons pour faire plus original) car figurez-vous (hé hé, petite astuce) quand les cavaliers de l’apocalypse débarqueront sur terre sur leurs poneys infernaux, je me demande bien, sans mon dico de latin, comment je vais pouvoir les supplier de me laisser la vie ou de me donner un taille-crayon, rapport au crayon dont l’état me frustre.

Bien entendu, tout le monde sait que les cavaliers de l’apocalypse parlent latin, sans quoi ils perdraient toute crédibilité.

Non mais vous imaginez s’ils parlaient anglais avec un fort accent texan ?: « hey cowboy, t’m'passes ma faux qu’j'fausse tous ces fuckin’humans ! »

Non, vraiment, restons sérieux. du latin donc messieurs, tenez-vous en aux classiques, sans quoi où irait le monde ? Il va déjà dans le mur, je vous l’accorde, m’enfin bon, restons dignes jusqu’au bout.

Il me manque aussi ma chaussure droite, disparue sous le canapé mangeur de chaussures dont je parlerai plus tard.

Et sans chaussure droite, non seulement j’ai l’air con mais en plus j’ai froid au pied. je pourrais bien prendre la chaussure droite d’une autre paire, mais le problème est que la seule autre paire que j’ai à ma disposition a des talons (putain de monde misogyne qui nous oblige à porter ces maudits talons pour entraver nos mouvements et nous faire un joli petit cul au détriment de notre dos douloureusement cambré).

Donc, sans chaussure droite je vais avoir du mal à courir me réfugier à l’abris du cataclysme imminent.

Ah oui, il faut aussi que je trouve un abris.

Ma maman m’a dit récemment que sous-mon-lit ne constitue pas une cachette sérieuse quand il s’agit de cataclysme, d’autant plus qu’ici le seul lit disponible est le canapé convertible et mangeur de chaussures dont j’ai une peur bleue. Car en plus d’être assez con pour bouffer des gaudasses, il est tellement myope qu’il pourrait me prendre pour une chaussure.

Donc, point de refuge non plus.

Il me manque aussi un service à thé convenable afin d’inviter à ma table les quatre cavaliers de l’apocalypse (oui, ils sont quatre, comme les mousquetaires, mais n’allez pas les appeler Athos, Portos, Aramis et Dartagnan, ils risqueraient de mal le prendre).

Si je veux leur offrir un thé c’est parce qu’on négocie mieux sa vie, ou un taille crayon (je ne me suis pas encore décidée),  autour d’une bonne boisson chaude réconfortante.

Je ne vais tout de même pas leur servir le thé dans des gobelets en plastique, ça brûle les doigts et l’eau chaude ramollit le gobelet et on risque de s’en foutre partout si on n’est pas très adroit.

Attention, je n’ai pas dit que les cavaliers n’étaient pas adroits, m’enfin ils sont plus connus pour leurs talents destructeurs que pour leur aisance au jonglage.

Moi-même je suis parfois maladroite, notamment quand j’oublie l’existence de mes coudes.

Comme quoi, une petite maladresse peut arriver à tout le monde, croyez-moi, je ne juge personne.

Alors, reprenons, il me manque donc, un taille-crayon, un dico de latin, une chaussure droite, un refuge et un service à thé.

Il me faut aussi absolument (sans quoi tout va mal) une balle rebondissante.

Car je trouve que c’est une chose très divertissante et dans un monde post-apocalyptique  (oui je compte bien survivre à la fin du monde grâce à d’âpres négociations menées d’une main de maître avec ces messieurs) donc, dans un monde post-apocalyptique il faut bien rire un peu, sinon c’est la porte ouverte à la dépression, la chute macabre, les pleurs, l’auto-apitoiement … et ma psy est formelle, la dépression c’est pas bon pour moi.

D’ailleurs j’ai un mot du médecin qui me permet de refuser poliment quand on me propose une petite dépression.

Il me faudrait aussi (je viens d’y penser) une bougie senteur cannelle parce que … ben parce que j’aime bien.

Il faut aussi que je pense à prendre de la pâte à fixe et du ruban adhésif (non je ne citerai pas de marque) ça m’aidera à réparer le monde. car voyez-vous, mon ambition n’est pas seulement de survivre mais aussi de réparer le vaste monde ainsi que ce qu’il restera de l’humanité. Et pour ce faire je me dois aussi d’ajouter un grand livre de psychologie ou de madame Irma. Voire les deux selon la sensibilité de chacun.

Mais j’y pense, nul besoin de les soigner puisque j’aurai ma balle rebondissante pour les faire rire ! Voilà qui allège mon sac de deux livres inutile.

Armée de tout cela, revenons à la négociation avec les quatre cavaliers de l’apocalypse.

Je vous décris la scène : je suis confortablement assise dans un fauteuil en cuir jouant nonchalamment avec ma balle rebondissante.

Les quatre cavaliers de l’apocalypse entrent (en ayant laissé leurs poneys dehors, parce que bon, c’est pas un souk ici) et s’assoient sur les quatre autres fauteuils en cuir, classes mais moins beaux que le mien, faut montrer qui c’est le chef !

« Bonjour messieurs, je vous attendais justement, la ponctualité c’est pas votre fort hein ? enfin, passons, ne nous arrêtons pas à des broutilles. Veuillez vous installer, voulez-vous un peu de thé ? vous avez vu mon beau service ? »

Là déjà, ils sont impressionnés, parce que moi j’me démonte pas, j’y vais comme ça moi.

« Alors donc vous êtes venus détruire le monde c’est bien ça ? oui, je suis bien renseignée. et comment comptez-vous vous y prendre exactement ? »

à ce moment là, Peste qui est le plus bavard dit:

« Je vais déclencher des épidémies partout sur la terre, les gens vomiront et chieront tripes et boyaux, les fièvres emporteront les nouveaux-nés, la folie s’emparera des femmes qui se jetteront par les fenêtres …

_ Alors là je vous arrête tout de suite ! parce que vous avez quelques siècles de retard. Nous, on a les antibiotiques maintenant, l’ultra-levure pour les gastro, le doliprane pour la fièvre, oui même pour les bébés, attention respectez la posologie, et les régulateurs d’humeur pour les envies soudaines de défenestration … alors, vous voyez, vous êtes périmé. Bon, au suivant, Famine tu comptes faire quoi ? »

Famine, sûr de lui, répond:

« Je créerai des nuées d’insectes qui détruiront toutes vos cultures, j’appauvrirai vos sols pour que rien n’y repousse, je …

_ Ah lala ! mais toi aussi t’es pas à la page ! On a créé les OGM nous, ils résistent à tous les insectes ! Et le sol, mais mon pauvre, on a des engrais hyper-puissants, impossible de l’appauvrir voyons !

_ Alors je tuerai tout le bétail !

_ Rien à foutre, on bouffera du soja ! »

Je me tourne alors vers Guerre. Celui-ci est quand même un peu interloqué après avoir vu ses deux copains se faire démonter avec une facilité déconcertante. Mais bientôt il retrouve sa confiance en lui, parce que hey, c’est pas n’importe qui, il est viril, fort, courageux, tout ça tout ça …

« Je monterai les hommes les uns contre les autres, ils s’entre-déchireront jusqu’à extinction totale de l’espèce humaine !

_ Ah ben mon vieux tu m’fais rire là, que j’répond, parce que nous, la guerre on connait, on a l’habitude, des siècles qu’on vit avec ! Y a toujours un coin du monde qu’est en guerre. Et on a trouvé mieux que toi pour la déclencher, d’ailleurs vous pourriez vous créer un cinquième frangin qui s’appellerait Capitalisme, celui-là il connait son affaire. Mais pour l’instant il est de notre côté (façon de parler) parce que c’est nous qui l’avons inventé. Du coup, la guerre ça s’achète, et la paix aussi ! »

Guerre est vexé et se met à bouder avec les autres.

Je me retrouve donc avec Mort qui me regarde de ses yeux froids et impassibles. Il est fort le gars, il devrait jouer au poker.

Il me dit dans un murmure à peine audible:

 » Tu ne peux rien faire contre moi, je suis la mort. »

J’éclate de rire, non mais vraiment, quel farceur ce mec !

 » Et tu comptes nous faire mourir comment au juste puisque tu peux pas compter sur tes copains ? et puis nous, on a inventé la cryogénisation, alors même si t’essayes, POF on se fout au congel et on revient dès que t’as le dos tourné ! (bon, là je bluff mais il est pas censé savoir où on en est dans ce domaine) T’auras beau essayer mon vieux, on est comme les cafards, on reviendra toujours. Encore un peu de thé les amis ? »

Voilà qu’ils boudent tous les quatre, ils ont vraiment l’air déprimés.

« Ben oui les gars, je sais, ça plombe le moral de se retrouver au chômage, croyez-moi je connais bien cet état. bon allez, si vous voulez je vous prête la balle rebondissante, vous verrez c’est marrant. »

 

Et voilà, vous voyez, la fin du monde c’est pas pour tout de suite, je veille au grain !

 

« Euh dites les gars, vous auriez pas un taille-crayon par hasard ? »

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2 Réponses à “La fin du monde, c’te blague”

  1. Laurent dit :

    Bravo pour ce texte. Drôle et bien vu. J’ai ri tout seul devant (ou derrière ça dépend de quel point de vue on se place) mon ordinateur.
    Merci à Loomax qui me fait découvrir ce texte via un partage sur facebook. Je savais que facebook ne servait pas à rien.

  2. lobop dit :

    merci beaucoup, si j’ai fait rire avec mon texte et bien je suis ravie car c’était le but et c’est plutôt rare que ca m’arrive hé hé.

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