La rue du monte-en-l’air

Posté par lobop le 20 mai 2012

 

Cette fille là marchait sur les toits. Elle vivait au dessus de la ville, des rues, des gens, de tout. En fait, la vie en bas lui faisait peur. Il y avait trop de bruits, trop de monde, trop d’énergie.

Sur les toits tout était calme. Parfois des chats se bagarraient, mais ils s’enfuyaient toujours à son approche.

*

Elle pouvait porter son regard si loin d’où elle se tenait. Il n’y avait pas d’immeuble ou de voiture pour l’en empêcher.

Elle voyait le soleil se coucher et se lever plus loin que les limites de la ville.

Sa vision du monde n’était pas restreinte par des obstacles de béton.

Parfois même, par jour de beau temps et d’espoir, elle croyait apercevoir l’océan. Il était à des centaines de kilomètres, et pourtant, elle le sentait, de temps en temps, et le voyait, au moins en rêve.

*

Elle aimait les toits la nuit, quand tout ce qu’elle voyait s’étalait dans des nuances de gris bleuté. Elle entendait les gens en bas, surtout les soirs de fête, elle entendait les gens ivres chanter à la lune. Ces bruits ne l’agressaient pas, car il venaient de si loin, de si bas, qu’ils arrivaient diffus à ses oreilles. Comme, une fois atteint les sommets de la ville, ils se faisaient absorber par l’immensité du ciel.

*

Elle aimait l’espace, l’air, le vide. Et sur ces toits inhabités, elle pouvait imaginer de grands terrains de jeu, des petits coins secrets, des forêts de cheminées.

Comme une autre ville au dessus de la première, qui serait l’exacte opposée de sa jumelle.

En bas le bruit, la foule, l’oppression des immeubles ; en haut le calme, le silence et le vide.

*

Elle s’imaginait comme une minuscule silhouette, assise les pieds dans le vide sur un parapet. Elle projetait sa vision loin pour se voir elle même, comme une fourmi au milieu des toits.

*

Elle regardait la cathédrale souvent, et se disait qu’une nuit elle y monterait, qu’elle l’escaladerait sans que personne ne la voit. Elle y emporterait un pic-nique qu’elle partagerait avec les gargouilles et les oiseaux endormis.

*

Cela faisait des années qu’elle n’avait pas mis un pied sur le sol, combien d’années ? Elle avait arrêté de compter. Elle préférait la rue du monte-en-l’air, qu’elle trouvait bien plus poétique.

Elle n’avait pas peur de tomber, même si elle savait qu’un jour … enfin, c’est comme ça qu’elle finirait.

*

En face de son immeuble, juste en face de sa fenêtre, au dernier étage, vivait un garçon. Il était gentil, il était beau, il était amoureux.

Et quand il la voyait chaque soir monter sur le toit, il se disait que s’il existait un dieu qui l’avait créé lui comme il était avec cette malédiction de vertige, ce dieu méritait le bûcher.

Alors il fermait les volets, oubliait les toits qui lui donnaient des sueurs froides et maudissait, autant qu’il l’aimait, la fille qui n’avait pas les pieds sur terre.

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