La mort de l’enfant

Posté par lobop le 4 mars 2012

Une impression de froid dans ma cheville gauche. Comme si je plongeais ma botte dans une mare et que la boue glacée s’infiltrait et coulait le long de ma jambe.

Je secoue le pied. Le froid est une piqûre de rappel, un avant goût de la terre meuble qui attend mon corps patiemment, laissant la mort faire son travail et le lui amener.

Je dois me presser, j’ai tant de choses à faire, j’ai tant à vivre et à construire avant de mourir.

*

Je ne comprends pas comment la mort peut frapper un enfant qui n’a pas vécu et le priver ainsi de son avenir.

On fait des tas, on les englobe tous au milieu de chiffres, on les transforme en statistiques.

On dé-personnifie les morts. Ils ne sont plus que des deuils à porter.

En cela on oublie ce qu’ils auraient dû être, devenir.

*

On parle d’un enfant tué, mais on ne dit pas qu’il allait devenir un boulanger, un potier, un père et un ami. On le prive une fois de plus de son futur.

Comme s’il n’avait jamais existé au delà des marques qu’il a laissé dans la mémoire des vivants.

Ses solitudes, ses peurs et ses espoirs, on ne les connaît pas. On n’en parle pas.

*

J’ai tant à vivre car le seul moyen que j’ai trouvé pour combattre cet oubli est de réaliser mes espoirs connus de moi-seul. Mes rêves et mes aspirations ignorés de tous.

Je ne veux pas être réduit à ce que j’ai fait, je veux éclater dans ce qui me reste à accomplir.

*

Je marche, je me presse sous la pluie, la sensation de froid est partie.

Je sais qu’elle reviendra plus tard, pour me réveiller, pour me rappeler qu’il faut faire vite au cas où il me prendrait la fantaisie de m’endormir et de laisser couler.

*

J’aime à tout allure, mes amis, mes maîtresses, ma famille. Je n’ai pas le temps d’être méfiant. Je n’ai pas le temps d’aller doucement.

À certains, certaines, je fais peur.

Je ne regarde pas leur fuite, je ne regrette pas leurs peurs. Ils ont le droit de refuser ce que je souhaite leur donner.

Parfois ils reviennent et alors je les accueille et les embrasse de tout mon être.

Souvent ils restent distants, car ils ont peur d’être emportés par le tourbillon qu’est ma vie. Ils ont peur de ne plus contrôler la leur.

Cela fait bien longtemps que j’ai cessé de contrôler la mienne, j’ai trop de choses à vivre pour essayer de la canaliser.

*

Je ne veux pas être cet enfant oublié sous les gravats d’un champ de bataille et dont on se souviendra plus tard à sa façon de jouer dans les ruisseaux.

Je suis plus qu’un jeu dans les ruisseaux et à la fois je ne suis que cela.

Je suis ce qui me lie au jeu, aux hommes, au monde.

Je suis le lien entre moi et les autres et je ne pourrais exister sans eux.

Je suis l’impacte de mon existence sur leurs vies mais aussi la solitude de mes rêves.

Comme chacun, je suis un et tout à la fois.

Et je suis encore d’avantage l’influence de leurs existences sur mon être.

*

Lorsqu’un être est tué, je pleure l’ablation qui est faite à l’unité du monde.

Je pleure la disparition de ce que le monde était avant le meurtre.

Je pleure ce que le monde ne sera pas dans l’absence de cet être.

*

Et puis je vie, tout de même.

Il y a des confettis dans la rue, derniers reliquats d’un carnaval qui est passé par là.

Où des centaines d’êtres se sont rassemblés pour célébrer la vie.

Chacun, unique en son essence, cherchant la compagnie et la chaleur des autres.

Tentant d’oublier son individualité pour faire partie de quelque chose de plus grand, de plus fort.

Pour créer une joie plus grande portée par tant de voix, vécue par autant de cœurs.

Le soir ils se coucheront et se souvenant de cette communion, affronteront plus sereinement leur solitude.

*

Car elle est nécessaire, la solitude, pour être combattue par la création, par le désir de rencontre, par l’amour porté aux autres.

*

Oui, je suis plus qu’un jeu dans un ruisseau car je fais partie de vous.

Et toutes ces choses que je vis, je les partage avec vous. Et à travers moi vous les vivez à votre tour comme je vis à travers vos existences.

*

Je pleure la mort de l’enfant car il ne sera pas, il ne vivra pas et cela me révolte.

*

*

*

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