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Quiproquo

Posté par lobop le 29 février 2012

Il y a une bête qui rode dans le noir. Je la sens, je l’entends, je suis presque à même de la voir.

Elle renâcle, elle cherche, de la nourriture pour son âme chaotique.

Elle n’est que ténèbres. Je n’ai pas peur, je n’ai plus peur, elle a toujours été là.

*

Elle arrive lorsque la nuit s’installe et s’ébat dans l’obscurité, elle fait un bruit de fou et m’empêche de dormir.

« tu m’énerves » je lui dis « tu essaies de me terroriser depuis mon enfance mais tu ne t’es toujours pas décidée à me manger. C’est pas la peine de me tenir éveillée nuit après nuit ! Décide-toi bon sang ! Si tu veux me bouffer, bouffe-moi ! »

Ça la calme pour un temps, vexée elle recule et se tapit dans l’ombre. Elle se fait discrète mais je vois toujours ses petits yeux jaunes qui me fixent.

*

Fut un temps où je la trouvais menaçante, effrayante, mais ne voyant toujours pas venir l’horreur dont elle me menaçait, je me suis mise à la mépriser. De ne pas avoir la force, le courage d’aller au bout de ses promesses.

*

Elle a la taille d’un gros chien, ou d’un fauve.

Elle est velue, des poils longs et sales, elle est entièrement noire mise à part ses yeux jaunes.

Je la devine hideuse bien que je n’ai jamais pu voir son visage.

Elle a des griffes et des crocs très longs, jaunes, sales, porteurs de tout un tas de maladies.

Elle pue aussi, une odeur rance et forte.

Une odeur de pied, de cadavre, de transpiration et de moisissure.

Elle fait toujours du bruit quand elle respire, c’est agaçant, j’ai l’impression qu’elle le fait exprès.

*

Toute la nuit, frustrée de ne pas avoir le courage de me manger, elle se venge sur les plinthes.

Elle les ronge, les grignote, elle les mâche pendant des heures.

Quand elle a fait un trou assez grand, elle glisse sa main dans le mur et gratte, encore et encore à l’intérieur, tout le long du mur à côté de mon lit, c’est énervant.

Parfois je prends un balais et lui tape sur la tête en criant « Laisse.Moi.Dormir ! »

Elle se calme un peu et grogne de mécontentement.

*

Je me moque d’elle bien souvent, je la regarde dans son coin de mur et me met à l’insulter.

Je la traite de lâche, je lui dis qu’elle pue et qu’elle est laide.

Quand elle se met à pleurer j’éclate de rire et alors elle se met en colère et défonce le mur.

Je rie encore plus et ça la rend folle, elle court tout autour de la pièce dans un tourbillon destructeur.

Un jour j’ai attrapé une pelle et je l’ai arrêtée net d’un grand coup dans la tête.

Ça l’a assommée deux secondes et elle est retournée dans son coin.

J’ai beaucoup rit cette nuit là.

*

Elle se moque de moi aussi. Quand je me réveille d’un cauchemar en sueur et paniquée, je l’entends rire à l’autre bout de la chambre.

Je la hais dans ces moments là. Alors je l’ignore, elle déteste ça.

*

Ce qu’elle déteste aussi, ce sont les énigmes, les devinettes et toutes les questions en générale.

Je lui en pose plein et ça l’énerve, elle me répond jamais, elle gémit et tape les murs.

Quand je passe aux contrepèteries elle hurle de rage. Ça me fait rire.

*

Lorsque je veux la calmer, je chante, ça la fait pleurer, je n’ai jamais compris pourquoi, mais elle finit par s’endormir et moi aussi.

*

*

Je suis coincé dans un corps qui n’apparaît que la nuit.

Dans la chambre d’une femme, toujours la même, depuis sa naissance je crois.

Je sais qu’elle me sent, qu’elle m’entend, je fais tout pour. Je veux qu’elle sache que je suis là.

Mais elle ne peut pas me voir en détail, heureusement, je suis si laid, sale, monstrueux.

*

Quand je fais trop de bruit elle me crie dessus.

Mais elle ne comprend pas, que non seulement je suis coincé dans ce corps, mais qu’en plus celui-ci fait ce qu’il veut. J’ai beaucoup de mal à le contrôler.

J’arrive parfois à le garder immobile le temps qu’elle s’endorme. Alors je la regarde dormir.

*

Quand elle était enfant, elle avait peur de moi. J’ai tout essayé pour la mettre en confiance, pour être son ami.

Je n’ai pas réussi mais en grandissant, sa peur est partie.

*

Mon corps refuse d’être lavé et supporte mal l’immobilité.

Pour ne pas qu’il casse tout, je lutte, je me concentre sur le bas des murs.

Quand je creuse trop loin, elle me tape sur la tête. Alors je m’arrête, désolé, et essaie de rester le plus silencieux possible.

*

Parfois elle me parle, elle me dit exactement tout ce que je suis, non, tout ce que mon corps est.

Ça me fait mal, je ne peux pas répondre, ma gueule n’est pas faite pour le langage. Alors je pleure.

Je déteste le bruit que je fais quand je pleure, c’est encore pire que le bruit de ma respiration.

Ça ronfle, ça siffle, ça grince.

*

Et puis elle se met à rire. Et ça me remplit de joie.

Mais la joie est une émotion qui pose problème à mon corps.

Cela me donne une telle chaleur, une telle énergie, que je ne le contrôle plus du tout.

Il se met à bouger, à courir, à creuser, à sauter de plus en plus vite et je suis emporté dans un tourbillon.

Un jour elle m’a arrêté en pleine course avec une pelle. Ça m’a fait mal mais j’ai pu reprendre le contrôle de mon corps après ça.

Même quand elle s’est remise à rire, ce fut une nuit calme.

*

Son rire me fait tellement de bien que j’essaie aussi de lui offrir le mien quand elle est triste.

Je ne sais pas si ça marche, ça la rend silencieuse.

J’essaie de communiquer avec elle quand elle me pose des questions. Mais … je ne peux pas parler, c’est frustrant. La frustration rend mon corps fou.

*

Je préfère quand elle chante, parce que je n’ai pas à répondre. Et puis j’aime sa voix, elle me rappelle un autre temps où je n’étais pas coincé dans ce corps, un temps où j’aurais pu lui dire mon amour.

Ça me rend triste mais je finis par m’endormir, bercé par sa voix.

*

*

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212

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Le passé-simple est une peste

Posté par lobop le 15 février 2012

Depuis que j’ai découvert le passé-simple, rien ne va plus.

*

Ou plutôt, depuis que j’ai choisi le passé-simple, tout s’écroule.

Abonnée, lors de mes narrations, à un temps très simple : le présent, mon passage au passé-simple me fait me poser plein de questions.

Je relis tout ce que j’ai pu écrire et l’envie me prend de changer tous les temps, de tout ré-écrire au passé-simple, en me rendant bien compte que cela alourdirait la lecture.

Je renonce.

*

Mais ce putain de passé-simple m’obsède, je n’aurais peut-être pas dû le choisir.

*

Cela arriva lorsqu’une amie à moi, qui m’avait proposé de corriger une de mes nouvelles, me dit :

« Bon, Laure, il va falloir que tu fasses un choix. C’est soit le passé-simple, soit le passé-composé, mais pas les deux. Sinon, ça pique les yeux. »

Ne voulant pas piquer les yeux de mes lecteurs, je choisis le passé simple, en me disant qu’au pire, si ce choix rendait le style trop lourd, l’imparfait serait là pour l’alléger.

*

Alors, pourquoi ai-je choisi le passé simple ?

Et bien … pour des raisons obscures.

*

Je trouve que le passé-simple a un formidable sens de l’humour.

Je le trouve extrêmement décalé avec ce que j’écris et ça me fait beaucoup rire.

*

À la phrase :

« Nous sommes partis en mer à la recherche de sirènes, mais nous ne sommes revenus qu’avec des engelures et des morues », je souris légèrement.

*

Tandis qu’à la phrase :

« Nous partîmes en mer à la recherche de sirènes, mais nous ne revînmes qu’avec des engelures et des morues », je me marre carrément.

*

Ce petit côté emprunté, intello, presque bourgeois du passé-simple, que j’adore mettre en parallèle avec des sujets bien plus terre à terre, apporte, je trouve, un humour croustillant et moqueur.

*

Seulement voilà, le passé-simple est envahissant. Il vient juste d’arriver, non quand même pas, disons qu’il vient juste d’être choisi comme temps de référence et déjà il prend ses aises.

*

Il vire tous les autres temps à coups de pied au cul, mis à part l’imparfait qu’il méprise tellement qu’il en vient  à nier l’existence, et ose venir me faire chier à tirer constamment la sonnette d’alarme dans ma tête dès que je relis un texte.

*

« Mais dis-moi, Laure (c’est le passé-simple qui cause), ton texte là, il est pas mal c’est vrai, mais il prendrait véritablement toute sa splendeur si tu le passais en mon temps ! »

*

Rhaa ! Merde ! On dirait un gourou de secte jaloux !

*

J’ai terriblement de mal à le faire taire … alors je me bloque, je n’ose plus rien écrire de peur d’assommer mon lecteur à coup de passé-simple trop pompeux.

Car oui tu es pompeux, passé-simple à la con ! Et tu m’assommes, moi, qui suis ma première lectrice ! Et j’ai horreur de m’assommer moi-même, je préfère laisser ce boulot à Balzac … merde !

*

Alors, mes chers amis, afin de briser l’orgueil du passé-simple et de le remettre une bonne fois à sa place, je vais faire une pose et reprendre mes écrits au présent.

*

Et lorsqu’il se sera calmé un peu et laissera ses petits camarades jouer, je le reprendrai à mon service.

Mais en attendant, il est puni !

*

*

*

212

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Peurs

Posté par lobop le 12 février 2012

À l’approche des élections présidentielles de 2012, à l’approche d’un nouveau mandat convoité par de nombreux partis politiques, je me trouve dans un malaise profond.

Me concentrant sur ce malaise pour en trouver les causes, je me rends compte qu’il n’y en a qu’une, une seule, énorme et de laquelle découle toute une suite d’émotions blessantes.

 *

La Peur. Voilà la cause de mon malaise.

 *

J’ai peur de ces politiques qui semblent avoir oublié leur vocation à diriger un pays vers l’harmonie pour ne se concentrer que sur le plaisir individuel et matériel.

J’ai peur de ces politiciens qui sont incapables de penser à un avenir qui excèderait cinq années de mandat, et qui préfèrent leur confort immédiat.

De ces hommes et de ces femmes qui prétendent avoir la capacité de guider une population sans pour autant la connaître.

Baignant dans les hautes sphères du pouvoir et l’opulence depuis toujours, sans plus aucune curiosité pour des systèmes de vie différents, que savent-ils du désir qui brûle au cœur de beaucoup d’entre nous ?

 *

J’ai peur d’un monde pour lequel le pouvoir d’achat prévaut à la chaleur humaine.

J’ai peur de beaucoup d’émissions de télévision qui ont pour seul but d’abrutir les populations afin qu’elles soient plus réceptives à la publicité.

J’ai peur de ces nouveaux besoins qu’on nous invente, gadgets de nouvelles technologies et accessoires esthétiques, qui nous affirment qu’en ce monde le plus important est de paraître beau et socialement accompli.

Le bien-être psychique, on ne s’en préoccupe plus puisque des médicaments miraculeux sont là pour vous faire oublier vos malheurs. « Ferme ta gueule et avance, surtout ne te suicide pas ça va saloper nos statistiques ».

 *

J’ai peur de l’indifférence commune face aux injustices et aux abus de pouvoirs.

J’ai peur de la soudaine montée du racisme, de l’homophobie, du sexisme et du sentiment de toute puissance qu’ont nos états occidentaux et qui leur permettent de s’octroyer un droit de jugement envers le « reste du monde », de se placer ainsi en instituteurs persuadés de leur grande sagesse en face de pays et de peuples qu’ils prennent pour des adolescents.

Car ces pays sont certes plus pauvres économiquement parlant, mais recèlent des richesses humaines qui ont disparues depuis bien longtemps chez nous.

J’ai peur que nos états réalisent leur projet de détruire ces richesses sous prétexte qu’aux yeux de la bourse, elles ne sont pas rentables.

J’ai peur de ce monde dirigé par l’argent.

Je suis horrifiée par les sacrifices effectués sur l’autel des dieux Dollar et Euro.

 *

J’ai peur d’être dirigée par un être humain assez ignorant et stupide pour conseiller aux sans-abris de rester chez eux par temps de grand froid.

J’ai peur d’être guidée par quelqu’un d’assez aveugle pour être persuadé que sa « civilisation » est meilleure que les autres.

 *

J’ai peur du mot « civilisation » quand il est utilisé en dehors des cours d’histoire.

 *

J’ai peur de la stigmatisation et de la diabolisation d’un peuple nomade par ces mêmes politiciens qui pour séduire leurs conquêtes d’un soir mettront en fond sonore de la musique tzigane.

Je suis en colère contre ces dirigeants qui prétendent désirer réduire les inégalités sociales dans les pays pauvres et qui se font héberger lors de leurs visites dans de luxueux palaces, choisissant d’ignorer combien de vies humaines ont couté la construction de tels bâtiments.

 *

J’ai peur des candidats qui utilisent la xénophobie, construisent la peur de l’étranger, attisent le rejet de la différence pour s’entourer de moutons effrayés qui les élèveront au pouvoir.

J’ai peur de la béatification de l’individualisme.

De cette espèce humaine qui a oublié que si elle a survécu pendant des milliers d’années c’est parce qu’elle a su vivre en communauté et apprendre des différences pour évoluer et survivre.

Aujourd’hui protégés par leurs boîtes en ciment chauffées à l’énergie nucléaire, j’ai peur de ces dirigeants qui refusent d’apprendre d’autres cultures et foncent droit dans le mur puisqu’ils ne se remettent pas en question.

 *

J’ai peur d’une société qui exclut une grande partie de ses enfants parce que leur mode de vie ne lui convient pas.

J’ai aussi peur pour beaucoup de médias qui s’autocensurent pour ne pas être détruits par un gouvernement de plus en plus fasciste.

 *

J’ai peur de la peur et en cela on pourrait croire que nos politiques ont réussi leur complot.

Mais c’est bien d’eux que j’ai peur, de ce monde dirigé par les banques, des politiciens vassaux des multinationales, des entités Pétrole, Nucléaire et Pognon qui sont les dieux d’une nouvelle religion polythéiste et sanguinaire.

 *

J’ai 27 ans, je suis comédienne, aujourd’hui au RSA.

Mais je ne me plains pas, non surtout pas, car j’ai un toit sur la tête, j’ai encore de l’eau chaude et un découvert autorisé qui me permet de maintenir mon appartement à 12°C. Ce qui constitue une amplitude thermique de près de 25°C avec la température extérieure … ce n’est pas si mal.

J’ai aussi des stylos billes, des carnets vierges, de la musique, des livres et même un peu de tabac blond.

Tout ceci relève du luxe, car oui, je vis dans le luxe de pouvoir penser et écrire, d’avoir la liberté de réfléchir et d’analyser le monde qui m’entoure et d’assumer le fait que ce monde me convient de moins en moins et me fait peur.

 *

Il y a bien longtemps que je n’ai pas été fière de mon pays, j’avoue que cela me manque.

*

*

212

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La tempête.

Posté par lobop le 10 février 2012

Allongée dans ses bras elle regardait la fenêtre.

Elle voyait des feuilles rousses voler en tout sens.

La tempête annonçait son arrivée.

Lui dormait, nu contre elle.

Elle le serrait fort et regardait par dessus son épaule.

La musique contrastait avec la tempête.

Elle était calme, profonde, du violoncelle.

*

Elle avait déjà remarqué que les enfants à qui on n’avait pas lu d’histoire à l’heure du coucher avait besoin de musique pour s’endormir, jusqu’à tard dans l’âge adulte.

C’était son cas à lui, mais pas à elle. Sa mère lui racontait de nombreuses histoires quand elle était petite fille. Et quand l’histoire était finie, elle éteignait la lumière et la laissait seule affronter le silence.

Elle s’en était fait un ami du silence. Il lui permettait de rêver, elle s’entourait de tous ceux qu’elle aimait, les faisait parler dans sa tête. Elle se rappelait bien chaque voix, chaque intonation.

Elle s’endormait alors entourée de voix rassurantes.

*

La musique par contre la tenait éveillée. Dès qu’elle rentrait dans ses oreilles, une danseuse s’éveillait dans sa tête et se mettait à se mouvoir.

Elle la voyait valser, tourner, sauter, parfois accompagnée, parfois seule.

Toujours sur une scène éclairée faiblement et les gradins vides dans le noir complet.

Elle voyait de longues chorégraphies s’étirer, sa danseuse n’était jamais fatiguée.

Elle devait attendre que la musique se termine pour que la danseuse disparaisse, laissant la place au silence de rêves puis au sommeil.

*

Ils avaient fait l’amour cette nuit là, toute la nuit. Et le jour les avait surpris alors que les derniers soubresauts d’orgasme quittaient leurs corps.

Il avait mit la musique et s’était endormi dans ses bras.

Mais elle ne pouvait pas dormir. Elle avait les yeux écarquillés et fixait la tempête par la fenêtre.

Elle la sentait s’approcher, les murs de la maison commençaient à vibrer.

Elle fut prise d’une peur terrible qui l’empêchait de bouger, de parler.

D’une peur que ce fut la fin du monde et qu’elle mourrait en serrant un homme endormi dans ses bras.

*

Son homme, à la peau de miel, aux lèvres douces, qui savait si bien l’aimer.

Son homme qui ne voyait pas la tempête, qui n’avait pas peur, trop occupé qu’il était à dormir.

Il était tourné vers elle, vers le mur.

Elle était le seul témoin de ce qui serait peut être la fin du monde.

*

Elle pensa à la Bretagne, cette Bretagne de son enfance qui l’avait poussée à venir s’installer ici, toujours attirée par l’océan, ne pouvant se contenter d’une maison sur la plage, elle voulait vivre en son milieu.

Elle avait choisi une île. Une île où la nature était sauvage, où très peu de gens vivaient.

La tempête la coupait définitivement du continent, de la civilisation, de la sécurité.

Ici, elle valait moins qu’un poisson. Si la mer les submergeait, ils ne survivraient pas.

*

Il l’avait suivie, lui, dans sa folie de vouloir vivre sur une île.

Il avait été si enthousiaste, il voulait être près d’elle dans le meilleur des mondes.

Le meilleur des mondes pour elle, c’est à dire là où elle se sentirait bien, le plus loin possible des gens, le plus près de l’océan … en son milieu, quelle folie !

*

La tempête faisait rage à présent.

Les éléments se déchainaient, le vent éclaboussait la fenêtre d’eau de mer.

Elle imagina les trainées blanches que laisserait le sel sur les vitres, cela serait beau.

La maison tremblait de partout, les poutres gémissaient et elle entendait, venant de la cuisine en bas, le cliquetis des assiettes qui s’entrechoquaient.

Elle regretta de l’avoir amené là, elle risquait sa vie à lui.

Elle le mettait en danger pour combler sa folie.

*

Il n’avait rien dit, il avait accepté avec joie de la suivre dans sa retraite.

Mon dieu que cet homme pouvait être bon avec elle !

Elle s’en voulait terriblement.

*

Au moment où elle fut sûre que c’était la fin du monde, secouée dans tous les sens par la tempête qui rouait sa maison de coups, celle-ci commença à s’éloigner.

D’abord elle ne s’en rendit pas compte, et puis le bruit s’apaisa, la maison se détendit, les murs semblèrent souffler de soulagement.

Elle était trempée de sueur, choquée par tant de peur, elle tremblait encore violemment.

*

C’est alors qu’il se réveilla.

Il passa une main dans ses cheveux, caressa son dos puis embrassa son front.

Quand elle le regarda il eut un grand sourire et lui demanda si elle avait bien dormi.

Elle se mit soudain à le haïr.

D’être aussi calme, de n’avoir pas vécu la tempête, de ne pas être transis de peur, d’ignorer ce par quoi elle était passée.

Il était l’insouciance même et elle le détestait pour cela.

Elle pensa à lui raconter mais renonça aussitôt, il ne pourrait jamais comprendre.

Elle était seule et elle le détestait.

Elle s’endormit finalement, l’amour serait là à son réveil puisque le monde existait encore.

*

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