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Colonge La Rouge

Posté par lobop le 19 janvier 2012

Elle a existé, dans ma mémoire, pendant tant d’années.

Cette ville là, où tu étais, où nous étions, le temps d’un regard.

Le temps infini où mes yeux ont reçu l’impacte des tiens.

Elle a existé, pendant des années, cette salle où nous avons dansé.

Où nos corps ont commencé à faire connaissance, à se découvrir, à se faire confiance.

Pour se rendre compte bientôt qu’ils s’entendraient à merveille. Une certitude à découvrir.

Cette salle-même où j’ai entendu ta voix confesser le désir de ton cœur.

Elle a existé, pendant des années, cette route en pleine nuit où je t’ai laissé.

Où je t’ai abandonné sans que rien ne se soit passé.

Où je t’ai regardé t’éloigner, les mains agrippées au volant pour ne pas flancher.

Cette longue route qui n’en finissait pas de m’emmener loin de toi. Cette amie qui dormait à coté. Et la solitude qui m’enveloppait, de ne pouvoir parler, de ne pouvoir pleurer, de ne pouvoir hurler.

Cette ville je l’ai revue plus tard, et je cherchais ton ombre à chaque coin de mur. Je savais que tu n’y étais pas.

Et c’est justement ça, ton absence, qui a fait que cette ville n’existait pas, n’existait plus.

Elle ne voulait plus rien dire, elle avait perdu son essence, son charme et sa raison.

Je l’ai trouvée laide, d’un coup, de ne point te porter.

D’être là bas sans toi, entourée de gens qui ne te connaissaient pas … odieuse absurdité, violente injustice.

Ils ne savaient pas, ceux qui m’accompagnaient, ce que nous avions vécu ici, ce que cette ville avait vu naitre, la magie, la douloureuse et pure magie.

Cette ville n’existait plus, pas plus que celle où je t’ai déposé ce soir là.

Je suis partie de cette ville, après un café insupportable.

Je jouais dans une autre ville à coté.

Une ville ne portant pas ton emprunte, une ville qui n’avait pas connu notre rencontre.

J’ai pu jouer, dans cette ville neuve. Dans l’autre je n’aurais pas pu je crois.

Pourquoi jouer dans une ville qui n’existe pas ?

Et quand j’y repense, quand l’envie brûlante me prend de remonter le temps, je laisse passer les heures. Il n’y a que ça que je puisse faire.

Les heures longues qui me rapprochent un peu plus du jour où je ne te reverrai pas.

Les heures courtes qui m’éloignent toujours plus du jour où j’ai cru te revoir.

Je ne reverrai plus Colonge La Rouge et sa petite sœur.

Elles n’existent plus.

Les villes fantômes ne vivent que dans les souvenirs.

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Donne-moi un visage

Posté par lobop le 18 janvier 2012

Quand j’étais petite fille, j’ai fait un rêve.

Un rêve important il me semble, je devais avoir entre 8 et 10 ans.

Dans mon rêve je me baladais, je jouais avec un petit garçon.

Il avait les cheveux bruns, raides qui descendaient jusqu’en dessous des oreilles.

Il était un peu plus grand que moi et je savais que je l’aimais.

Plus encore, je savais qu’il m’aimait.

Mais il n’avait pas de visage, ou plutôt, à la place il avait un ovale de couleur grise.

Un ovale de papier gris.

Je lui tenais la main et nous marchions, tout simplement, sans parler.

Et puis il s’est tourné vers moi et m’a dit «  Donne-moi un visage ».

Je n’ai pas su quoi répondre. Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire.

Personne ne m’avait appris à créer un visage. Et puis c’était une responsabilité trop grande, et si le visage ne lui plaisait pas ? Et si j’en construisais un tout tordu, tout laid ? Et si je le ratais ?

Ce n’était pas à moi de décider de quelle couleur seraient ses yeux, ou bien la longueur de son nez … je lui ai dit « je ne sais pas faire ».

Alors il est parti, déçu sans doute, et je n’ai pas pu le suivre.

Je crois que je l’ai recroisé plus tard dans un autre rêve.

Ou en tout cas, j’ai recroisé ce même ressenti. Celui qu’on a quand on est avec un ami qui nous connait par cœur et nous accepte, nous aime tel que nous sommes.

Cette espèce de confiance, de bien-être peut être.

Quoi-que dans ce second rêve, le bien-être était malvenu.

Il était là, dans l’appartement de mon père, assis sur les deux marches de l’entrée menant à la salle à manger.

Dans ce rêve il était un petit ogre. Mais je n’avais pas peur, je savais qu’il ne me ferait rien.

Je me suis assise à côté de lui, il était en train de finir de manger de la chair accrochée à un os, un tibia je crois, comme dans les bandes-dessinées.

Je n’ai pas été dégoutée ou horrifiée, je le regardais comme on regarde quelqu’un qui mange un sandwich.

Je lui ai dit « j’aimerais bien que tu ne manges pas mes parents ». Il m’a regardée et a répondu « c’est trop tard. J’avais très faim. »

Je m’en doutais un peu, je n’étais pas surprise ni même en colère.

Après tout il avait faim, il fallait bien qu’il mange.

Je suis restée assise à côté de lui pendant qu’il finissait son repas.

Quand je me suis réveillée de ces deux rêves, j’étais à la fois triste et heureuse.

Heureuse parce qu’il me semble que c’est le premier sentiment amoureux que j’ai ressenti.

Et triste parce que je savais qu’il n’existait pas.

J’espérais le recroiser en rêve, mais hormis ces deux fois, ce n’est jamais arrivé.

Je crois que j’ai cherché ce petit garçon en chaque homme que j’ai aimé.

J’ai cru le trouver, plusieurs fois, mais ils ne faisaient que lui ressembler.

« donne-moi un visage » …

Voilà qui serait un régal de simplicité pour un psy. Le petit garçon est sans doute mon animus, mon inconscient, la force masculine qui m’a manquée pendant des années mais qui était enfouie en moi et que j’ai rejetée …
je sais tout cela, inutile de l’analyser.

Cet ovale gris … je n’avais pas besoin qu’il ait un visage pour l’aimer. Je l’aimais pour sa force et sa liberté. Il était en dehors des lois puisqu’il avait mangé mes parents.

Est-ce que les lois des hommes s’appliquent aux ogres ? Et aux petits garçons sans visage ?

Il semblerait que non.

Si je devais lui donner un visage aujourd’hui, et peut être le ferais-je si j’en ai l’occasion, je ne m’attarderais pas sur la forme d’un nez ou la couleur des yeux, car ce ne sont que des détails futiles.

Je modèlerais un visage avec une très grande force, le courage d’un guerrier et la raison d’un sage.

Car après tout, il n’y a pas de limite à la création, alors si j’ai le droit de faire un visage pourquoi me restreindre ?

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Maintenant on peut parler

Posté par lobop le 5 janvier 2012

  • comment vas-tu ?

  • Oh tu sais, c’est calme … et toi ?

  • Ce n’est jamais calme, tu sais bien.

  • Et pourtant, ça pourrait l’être.

  • Plus tard …

  • tes doigts sont tachés d’encre.

  • Oui, je sais. J’arrive pas à la faire partir, j’essaie pas vraiment en fait. Ça partira quand je changerai de peau.

  • De peau ?

  • Oui, enfin, quand ma peau se renouvellera. Tu savais qu’il faut trois semaines pour que toute la peau du corps se renouvelle ? Enfin, la couche supérieure de l’épiderme.

  • Trois semaines, vraiment ?

  • C’est ce que j’ai entendu en tout cas. Je sais plus ni où ni qui. Ce n’est peut être pas très fiable finalement.

    Je suis obsédée par les plumes en ce moment.

  • Les plumes ? Comment ça ?

  • Oui, les plumes et l’encre de chine.

  • Ah, ces plumes là !

  • D’habitude, j’écris au stylo-bille noir. Depuis des années, depuis toujours j’écris au stylo-bille noir, tu sais bien.

    Et là, depuis quelques mois, je ne sais pas pourquoi, les plumes m’obsèdent.

    J’ai une écriture tellement illisible … je m’y suis faite. Quand je me couche, j’ai cette image qui vient dans ma tête. Une main, la mienne probablement, qui écrit à la plume.

    Et j’arrive pas à m’en défaire.

  • Et t’écris quoi à la plume dans ta tête ?

  • Des lettres, je ne visualise pas les mots, ou bien que leur début. Mais je vois cette main tracer des lettres. Des L, des M. des lettres avec des boucles et des grands traits qui montent haut dans la feuille, dans le ciel.

    Des F et des G qui plongent comme dans l’océan.

  • … les F et les G dans l’océan …

  • oui. Alors comme je n’arrivais pas à remettre la main sur mes plumes et que mon porte-plume était cassé, j’en ai racheté. Et j’ai écris avec.

    Mais ça n’allait pas, c’était pas la sensation que j’attendais. Parce que ces plumes sont pointues. Elles grattent le papier au lieu de le caresser. C’est très désagréable.

    Et puis devoir aller chercher l’encre régulièrement dans le pot, et voir la densité des mots, de l’encre des mots, s’étioler au fur et à mesure … ce n’est pas beau, c’est très frustrant, il y a des mots qui méritent une si grande densité parfois ! Comme s’ils perdaient de leur force…

  • oui, la densité, c’est important.

  • J’ai pensé me racheter une stylo-plume à cartouche, comme au collège. Mais il y a une rondeur sous ces plumes là, comme une boule sous la pointe.

    Et je n’aime pas cette petite sphère de métal soudée au reste, ça rend l’écriture ronde.

    Quitte à avoir une écriture ronde autant reprendre le stylo-bille !

    Je voudrais trouver un stylo-plume muni d’une plume plate.

    Comme celles qu’on utilise en calligraphie, enfin pas moi, j’en ai jamais fait, je suis bien trop brouillon.

  • Tu fumes toujours dans ta chambre ?

  • Seulement quand j’écris.

  • L’odeur du tabac froid dans les draps … je ne l’ai jamais supportée.

  • Je n’y fais pas attention.

  • Oui, tu as raison, ça ne mérite pas l’attention, une plume plate donc.

  • Oui, parce que parfois, il le faut. Parfois, il y a des choses que j’écris qui supportent mal la rondeur et encore moins les plumes pointues qui agressent le papier.

    Tu penses que ça existe ?

  • Franchement, je n’en sais rien. Je n’en ai jamais vu en tout cas.

  • Moi non plus. C’est bien ça le problème … et ça m’obsède. J’ai envie, terriblement envie d’un stylo-plume à plume plate, c’est … un désir, un besoin.

  • Alors tu fais comment ?

  • Je continue au stylo-bille noir, et je suis frustrée.

    Il t’arrive d’avoir envie de te peindre le visage ?

  • Comment ça ? Comme les pictes ou les amérindiens ?

  • Non … pas vraiment. De temps en temps, ça n’arrive pas souvent mais bon, tard le soir, j’ai envie de me peindre le visage. Pas avec de la peinture, non, mais avec du maquillage.

  • Comme l’envie de se faire jolie ?

  • Non, c’est pour ça que j’appelle ça « se peindre le visage » sinon je dirais que j’ai envie de me maquiller.

  • Et tu le fais ? Tard le soir ?

  • Oui, des fois, quand ça me prend. La dernière fois j’ai pris un pinceau à bout rond et avec du fard à paupière marron, j’ai tracé une ligne juste en dessous de mes sourcils et puis je l’ai faite remonter vers le haut. Comme dans les représentations de Méphistophélès.

    Et puis j’ai redessiné ma bouche.

    J’ai pris un fond de teint pour effacer une grande partie de mes lèvres et j’ai mis du rouge juste au milieu.

  • Comme la bouche d’une geisha ?

  • Encore plus petite.

    Mes pommettes je les ai faites hautes, très hautes, à la limite des yeux et j’ai assombri le creux en dessous…

    je savais que ça te ferait rire.

  • Ça devait être beau à voir ! Et les yeux ?

  • Tout blancs. Au dessus et en dessous. J’avais réussi à dégoter un mascara blanc il y a quelques années … ça fait bien dix ans … et il était encore bon, enfin utilisable quoi.

  • T’as pris une photo ?

  • Non, je l’ai dans la tête, les photos ça m’énerve.

  • Et après qu’est ce que tu as fait ?

  • Et bien je me suis bien regardée pendant cinq minutes. Et puis j’ai tout enlevé avec un coton.

    Je suis allée me coucher et j’ai trouvé le sommeil. La plume plate ne m’obsédait plus…

    je bois trop de café.

  • Depuis quand ? Tu déteste ça !

  • Oui, et je le digère toujours pas, mais je suis devenue accro au cappuccino, j’en ai trouvé par hasard, en poudre. Avec un goût délicieux et ça m’a rendue accro à la caféine j’en ai bien peur.

    Je suis perdue. Entre cette plume que je ne trouve pas et ce papier qui m’appelle.

    Je ne sais plus quoi faire.

    J’avais décidé cette semaine que je verrais le moins de monde possible, que je resterais un peu seule. J’en ai tant besoin.

    Et c’est justement à ce moment là que tout un tas de gens m’appelle, qu’ils me proposent d’aller boire un verre … des gens que je connais, d’autres que je ne connais pas.

    Et la curiosité l’emporte, ou bien l’envie de voir une amie que je n’ai pas vue depuis longtemps.

    Ce que la vie peut être agaçante parfois ! Si seulement je trouvais cette plume !

  • Et bien quoi ? Que ce passerait il ?

  • Je saurais ! Je saurais enfin ce que ça fait d’écrire avec cette plume ! Et j’arrêterais d’y penser …

    tu es le seul à ne pas me parler de médicaments tu sais ?

  • Parce que t’en as pas besoin, t’as besoin d’une plume, plate au bout d’un stylo à cartouche.

  • Oui, mais j’ai peur qu’une telle chose n’existe pas.

  • Quelqu’un l’inventera un jour.

    Je vais devoir te laisser, ça m’a fait plaisir de te voir.

  • Moi aussi papa, c’est tellement dommage que tu sois mort.

  • Ça c’est toi qui le dis …

  • la mort est trop définitive, c’est ça que je trouve dommage.

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