bout de vie

Posté par lobop le 26 août 2011

J’ai eu dans ma vie plusieurs relations « sérieuses ».
La première à 16 ans qui a duré une année.
Je m’en souviens comme si je l’avais vue en film, c’était si beau, si pur …
J’ai tellement changé depuis que quand j’y repense je me demande si c’est bien moi qui ai vécu cela.
J’en ai toujours un sourire tendre en revoyant les enfants pleins d’amour que nous étions.

Seulement j’étais la moins pure, la moins douce de nous deux.
J’avais envie, j’avais faim de connaître autre chose, j’étais curieuse et déjà dévorée d’une libido débordante.
Si bien que quand je croisais le regard d’un autre jeune homme amoureux, j’abandonnais le premier pour aller vivre une nouvelle aventure avec celui ci.

Aventure qui m’apprit ce qu’était la colère, l’agacement, le ras-le-bol, la mauvaise foi…
Je dus me confronter à tout cela durant cette relation, tous ces sentiments négatifs que je découvrais autant chez lui que chez moi.
Au bout de 4 années à combattre, j’étais épuisée et le respect que je portais envers ce garçon commença à disparaître.
Quand j’eus l’envie de lui dire « mais putain ferme la, tu dis de la merde » à chaque fois qu’il ouvrait la bouche, quand j’eus honte de me trouver à ses côtés, quand je me mis à inventer des tas d’excuses pour ne pas passer de temps avec lui, quand je me mis à plaindre ses parents (que j’adorais) d’avoir un fils aussi stupide, je décidais de partir.

Ce ne fut pas une mince affaire, je commençais à lui en parler, sûre que j’étais qu’il ressentait lui aussi ce ras-le-bol, que ses sentiments à lui aussi s’étiolaient …
mais il fit l’erreur de retomber instantanément amoureux de moi … ce que les hommes sont masos … il s’accrocha de toutes ses forces.
Je tentais en vain de faire renaître la flamme en moi, puis je tombais amoureuse d’un autre homme et celui que je quittais se transforma en homme-colère.
Je vis en quelques mois ce à quoi j’échappais en le quittant, un être rongé par la violence, la haine, se détruisant à coup d’alcool et autres drogues, ne nourrissant plus que de la rancœur envers l’humanité.
Je dus lui interdire de m’approcher, et je continuais ma nouvelle vie, tendrement et passionnément amoureuse de ce nouveau compagnon que je m’étais choisi.

Je déchantais vite car celui ci se révéla être un homme-peur.
Peur des confrontations, peur de la souffrance, peur du danger et donc peur de l’amour.
Tellement peur qu’il était incapable d’aimer, de s’engager dans une vie d’adulte, de laisser la place à une autre dans sa vie.
Tellement peur qu’il se laissait bouffer par des êtres manipulateurs, trop lâche finalement pour imposer le respect qui lui était dû ainsi que celui qui aurait dû revenir à la femme qu’il avait choisie.

La peur est un sentiment sournois et handicapant.
Sournoise car on ne la reconnait pas tout de suite, elle a tellement de symptômes différents qui vous lancent sur de fausses pistes que si on ne décide pas d’aller chercher profondément la cause de tout ceci, on ne devine jamais que c’est elle, la Peur, qui contrôle tout.
Et handicapante car elle empêche toute évolution, tout progrès personnel, toute tentative au bonheur.

Aveuglée par l’amour, je ne me rendis pas tout de suite compte que j’étais malheureuse.
Et quand j’en fis le constat, j’étais déjà trop profondément amoureuse pour réussir à y changer quoi que ce soit.
Cette peur qu’il avait m’avait contaminée à mon tour, et je me retrouvais à attendre, prenant mon mal en patience et croisant les doigts pour un miracle qui changerait tout.

Un miracle arriva oui, mais pas celui auquel je pensais… après trois ans de relation, il me quitta… enfin, faisant preuve d’un habituel « courage », il partit un soir en me disant qu’il « ne savait pas ».
au bout de trois mois d’attente qui ne lui apportèrent pas plus de réponse que ça, je me rendis compte que j’en avais marre, que j’avais appris à vivre sans lui et passais le voir pour mettre un terme à tout ça.

Une dépression et demi plus tard, plusieurs aventures avec des amis-amants et un gros tri dans mes proches … me voici aujourd’hui.
Ayant vécu dix ans en couple, célibataire depuis deux ans, vivant librement mes aventures, amoureuse de ma liberté, aimant des hommes de passage sans désir de m’investir.
Comme je le dis à mes amies « je sais ce que je fuis ».
Cela ne m’empêche pas d’aimer et de souffrir mais la solitude ne me fait plus peur, elle est douce et terriblement créative, parfois un peu piquante oui, mais elle rend ma vie passionnante, faite de rencontres diverses et variées qui m’apportent toutes quelque chose d’utile.

L’homme-colère et l’homme-peur bien loin dans le passé, ma vie a changé et mes aspirations aussi.
Je suis devenue terriblement exigeante.
Les efforts et les concessions que je fais me sont à présent destinés.
Et je n’accepte plus n’importe qui dans ma vie.
Lorsque j’aime aujourd’hui ce n’est plus par besoin mais bien par envie.

J’ai fait taire mes névroses qui me poussaient à m’accrocher à un homme pour ne pas être seule face à moi-même. Et quand je fais le choix de m’investir c’est parce que la personne en face le mérite.

Bien sur on ne contrôle pas les sentiments, et heureusement, mais on peut contrôler leur impact dans le développement personnel.
J’ai vécu la dépression comme on purge une peine de prison pour le seul crime d’avoir été trop fragile.
Je n’ai pas l’intention de récidiver.
Je me suis réintégrée à la vie en développant ce qui dormait en moi depuis toujours : la créativité, l’écriture et cela m’a rendu plus forte.
J’ai aujourd’hui la force d’accepter la douleur pour ce qu’elle est, et donc de pouvoir la combattre.
J’ai la force de me regarder en face et d’accepter ce que je suis avec défauts et qualités.
J’ai la force de pouvoir vivre seule tout en acceptant l’amour quand il se présente.
Et je comprends aujourd’hui enfin qu’on puisse aimer et être aimée de manière totalement différente et non conventionnelle.

Il me reste beaucoup de névroses à combattre et mes vieux démons reviennent me chatouiller régulièrement.
Mais je suis sur la bonne voie et je continue à avancer.

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Couleurs

Posté par lobop le 24 août 2011

Je suis en train de tomber dans un puits.
Je m’accroche de toutes mes forces à mes deux cordes.
Le fond du puits est pourtant si attirant, il est rouge-sang, rouge-sexe, rouge-passion.
Mais il est aussi rouge-douleur, rouge-peur.
J’essaie de remonter vers le bleu calme du ciel. Le bleu-tranquille, le bleu-serein.

Ma première corde-raison s’effiloche de plus en plus, ma deuxième corde-volonté se désagrège lamentablement.
Et ce rouge qui m’attire, j’ai peur de m’y perdre.
Je ne vois plus les possibles tunnels qui me permettraient de fuir, non il fait trop sombre et j’ai trop regardé vers le rouge éclatant.
J’aurais dû me rappeler les préceptes des vieux guerriers : ne jamais regarder vers la lumière pour pouvoir voir dans la nuit.

Le bleu est si loin que je le vois gris, le bleu qui me promettait pourtant voyages et vie, qui me poussait à apprendre, à grandir.
Mais il aurait fallu que je ne vois jamais le rouge, que je ne penche jamais la tête au dessus du puits, que je ne tente pas d’en tâter la profondeur du bout de mes pieds.
J’ai trop joué à la mort, et mes cordes ne sont pas si solides que je le pensais.
Encore une fois, je me suis cru plus forte que je ne le suis.

Et si mes cordes lâchent, qu’arrivera t-il ? Me briserais-je tous les os en tombant dans le rouge ?
Ou retiendra-t-il ma chute pour ensuite m’envelopper, m’englober dans sa couleur ?
Aurais-je la force de m’arracher du fond pour grimper à la force de mes ongles vers le bleu ? Les pierres du puits sont si lisses, y trouverais-je des prises auxquelles m’agripper ?

Et quand je crierai ma douleur, mon angoisse d’être coincée au fond du puits, d’être loin du bleu-solitaire, qui entendra ? Qui comprendra ?

« tu l’as bien cherché » me dira t-on.

Oui, mais je suis une enfant curieuse qui aime jouer avec les couleurs, qui aime chatouiller le danger, qui passe son temps à courir sur les falaises les yeux bandés.
Une petite fille qui a goûté la liberté et qui ne peut plus s’en passer, mais qui a aussi goûté la chaleur du rouge et qui a du mal à s’en défaire.

Bleu et rouge ça fait … il me faut un cheval violet.

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Ce soir

Posté par lobop le 19 août 2011

La ville est calme, l’air est tiède.
Une jeune femme vêtue d’une robe bleue marche sans se presser.
Elle semble songer à l’homme qu’elle a aimé ce matin, au film qu’elle a vu ce soir.
Rentrant du cinéma, elle ne veut pas penser à elle.
Les hommes qu’elle croise lui sourient, la saluent, parfois l’invitent mais sans insister.
Elle répond au sourires, elle dit bonsoir, elle répond gentiment « non » aux invitations.

L’air semble filer dans ses doigts, elle pourrait s’en saisir, refermer le poing pour attraper le vent, elle y songe mais n’essaie pas.
La nuit apaise une journée où la lourde atmosphère se fait encore sentir.
Il y a des enfants qui jouent dans le parc. Tardivement oui, il faisait trop chaud aujourd’hui pour les laisser sortir.

Elle revoit ses bras musclés se relever, ses poings agripper le montant du lit, son torse se soulever et sa tête basculer en arrière alors qu’elle l’aimait de toute sa bouche.
Ces images réveillent son ventre, elle chasse ces pensées, ce n’est pas le bon moment, ce soir elle doit dormir.

Elle se sent bien dans le soir, assommée par tant de chaleur, elle pensera à son avenir demain, elle répondra aux questions plus tard.
Cette nuit elle rejoint sa solitude paisible et bienvenue, elle n’aura pas besoin de rêver, elle n’aura qu’à se souvenir d’il y a quelques heures, de cet homme qu’elle a fait jouir.
Cela lui suffit pour quelques jours, elle avait besoin de lui donner de l’amour, ce qu’elle a fait et elle y pensera jusqu’à la prochaine fois.

Le film l’a surprise, c’est ce qu’elle attendait de ce réalisateur.
Toucher l’univers d’un autre artiste pour se sortir un peu du sien.
Toucher la folie d’un autre créateur pour se sentir un peu moins seule.

Ce qu’elle aimerait la partager cette création.
Rencontrer un homme, ou une femme, après tout elle n’est pas si fermée que ça à l’idée, avec qui partager la création dans l’amour.
Écrire à deux, dessiner ensemble, jouer la comédie en duo, chanter, rire, danser et s’aimer à deux.
Créer avec l’amour, elle en rêve.
Partager toute cette énergie qui la pousse toujours plus avant à inventer, raconter, fabriquer de nouvelles histoires.
Puis donner le tout pour faire rêver des êtres, pour qu’il y ait moins de solitude, pour combattre la tristesse banale qui vérole le monde.

Ce soir elle rêve, qu’un jour elle trouvera cet être.
Ce soir elle rêve, Ô utopie, qu’il n’y ait plus de souffrance dans la vie.
Ce soir elle rêve, mais ce n’est peut être qu’une illusion, que ce soir elle arrivera à dormir.

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l’amour des femmes

Posté par lobop le 17 août 2011

Je me relève pour écrire.
Je quitte mon refuge de sommeil pour celui de l’écriture.
Ce que les mots ont pris comme place dans ma vie !
Je sais aujourd’hui que je suis capable de tomber amoureuse de mots et que je suis autant capable d’aimer par les mots.
Est-ce fuir la réalité ? Non, je me rends compte que non.
Car les mots deviennent, ou plutôt sont déjà devenus, une réalité à part entière dans ma vie.
C’est par eux que j’arrive enfin à m’aimer, à me respecter, à m’accepter …
Ce qu’ils me font vivre est exaltant, passionnant, tellement fort que j’ai du mal à expliquer cette magie.
Ils me permettent aussi de partager ce que je suis avec mes amis.
En leur lisant mes textes, en les faisant vivre par ma bouche pour leurs oreilles, j’ouvre une fenêtre sur la profondeur de mon âme.
Ce que j’avais caché jusque là par peur … je ne me rappelle plus très bien pourquoi cette peur était là tellement elle me semble absurde aujourd’hui.
Mais elle était bien là, m’empêchant de vivre et de montrer enfin qui je suis.
J’ai tellement d’amour à donner, et je le fais par les mots.

Je pourrais vous parler pendant des heures de tous ces êtres que j’aime.
De ces femmes qui font partie de ma vie, que j’ai choisi pour leur beauté, intérieure bien-sûr et qui illumine leur visage.
Je vous dirais qu’elles sont fortes, terriblement, elles le sont assez pour arriver à montrer leurs douleurs, leurs peines et leurs peurs.
Pour accepter les mains tendues, pour accepter l’amour.
Oh oui elles sont aimantes, elles ne fuient pas non, devant cette magie, qui est la plus belle mais aussi la plus dure de toutes.
Elles aiment, et elles aiment tellement qu’elles en ont souvent mal.
Mais elles n’abandonnent pas, jamais, car elles sont la force de la terre.

Elles portent les hommes vous savez, elles les cajolent et les aident à s’élever.
Et elles y arrivent.
Ces hommes aimés par des femmes merveilleuses en deviennent beaux à leur tour, bons, aimants, et oh miracle, courageux.
C’est qu’elles s’arrachent l’énergie pour les aimer.
Car elles savent oui, au fond d’elles-mêmes, sans vouloir se l’avouer par excès de modestie, qu’elles sont des reines, des déesses, des sources de vie intarissables.

Ce que j’aime ces femmes et ce que j’aime leurs peines que je partage.
Nous avons les mêmes, nous nous soutenons, parce que le poids sur nos épaules est parfois si lourd qu’il nous faut se mettre à plusieurs pour le soulever quand il nous écrase.

Cela fait longtemps qu’elles me soutiennent ces femmes merveilleuses, et sans s’en rendre compte car elles le font instinctivement.
Cela est inscrit en nous, en elles qui savent aimer.
Et elles sont surprises et toujours reconnaissantes quand à mon tour je les soutiens, quand je leur donne ma force pour se battre contre l’injustice, l’angoisse, le mal-être …
Quand je prête mon oreille et donne toute mon attention, quand elles ont ce besoin de confidence, quand elles doivent hurler leurs peurs pour ne pas qu’elles les étouffent.
Car oui, nous nous confions, nous vivons nos douleurs ensemble pour être plus fortes, pour pouvoir nous relever, pour continuer à aimer.

Je ne me sens plus seule depuis que je les ai dans ma vie.

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Rite

Posté par lobop le 11 août 2011

Une épaule nue, une peau claire.
La femme tourne le dos.
Sa nuque, longue courbe sensuelle, des boucles de cheveux roux jouent dans ses doigts.
Une légère marque rouge où la peau a été pincée, où le sang a été aspiré à la surface de l’épiderme par le frottement de la bretelle d’un sac en cuir.

Des mains masculines, fortes, courent sur le dos fin.
Elles étalent l’huile parfumée et massent les muscles endoloris.
Elles sont tellement grandes qu’elle peuvent faire deux fois le tour du cou.
Le dos se détend sous la chaleur des mains puissantes.
Elles se font caressantes, elles dessinent des cercles.

C’est une cérémonie, secrète, connue seulement des deux intimes.
Inscrite dans leurs gènes depuis la nuit des temps.
Ils n’ont pas conscience qu’ils répètent ainsi une tradition, un acte de pure magie.
Qu’ils tissent à ce moment même un lien étroit entre leurs corps.

Il n’y a aucun mot, seuls parlent les corps et se comprennent, s’appellent.
Le duvet de la nuque se dresse et c’est là le signal qu’attendaient les mains sans le savoir.
Alors la bouche rejoint les mains pour combler ce nouveau besoin qu’a exprimé le corps.
Les cheveux répondent, ils se font plus brillants, plus aériens à mesure que les lèvres courent le long de l’épaule.

Le massage se fait plus insistant et les muscles fondent.
Le dos de la femme se met à onduler alors qu’elle baisse la tête, soumise au plaisir.
Alors les deux corps se mettent à danser, l’un contre l’autre, ils se serrent jusqu’à ne former plus qu’un seul être qui est lumière, sensualité, Dieu …

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Jeux d’enfants

Posté par lobop le 5 août 2011

J’ai écrit trop fort, j’ai cassé ma plume, j’ai pris un bout de charbon pour continuer.
Poussée par l’urgence de me soulager un peu.
Je voulais dessiner sur les murs mais je ne suis pas chez moi, pas vraiment, jamais vraiment.
Et pourtant, ce papier m’attire, je voudrais y laisser courir mon stylo-bille.
Pour être bien éduquée il faut se restreindre, s’abstenir, se frustrer.
Frustration, oui, encore une fois.
J’ai parfois l’impression d’avoir passé l’intégralité de ma vie à me frustrer.
Et quand je cédais enfin, les rares fois où j’ai dit à ma conscience d’aller voir ailleurs si j’y suis, la culpabilité me rattrapait, très vite, beaucoup trop vite.
On m’avait dit de ne pas sucer mon pouce, ça déformait les dents.
Et si moi j’avais envie que mes dents soient déformées ?
J’appris ce jour là que mon corps ne m’appartenait pas, pas vraiment, jamais vraiment.
Je me suis mise à ronger les meubles, j’avais si faim …
De mes deux incisives plus longues que la moyenne, la nature m’a faite ressembler à un rongeur, jusqu’à mon nez qui bouge tout seul à la manière des lapins.
Je rongeais les meubles donc, ma commode en bois en fit les frais.
Le vernis avait un goût merveilleux dont je me rappelle encore.
Mon père a ri sous l’effet de la surprise, de la consternation quand il m’a prise en flagrant délit de rongeage de commode.
Et puis il s’est fâché, parce que quand même, les meubles, ça coûte cher.
Il me l’a interdit.
Je n’avais pourtant pas l’intention de la manger entièrement, juste de la ronger de temps en temps, comme ça, sur le devant.
Mais j’appris aussi ce jour là qu’en plus de devoir être fonctionnels, les objets se devaient d’être beaux, sans quoi, on les aimait moins.
Après que mon père m’eut fait la morale avec tout un tas de mots que je ne comprenais pas, après qu’il eut beaucoup crié aussi puisque ses névroses l’empêchaient de garder son calme, mon frère vint me chercher dans ma chambre pour me dire :
« Il comprend rien ! Tu viens jouer aux petites voitures ? Je te prête la limousine blanche si tu veux »
J’aimais bien la limousine blanche, mon frère préférait les voitures de sport.
Mais pour moi, la limousine blanche était un oiseau, je la faisais voler dans les airs et ouvrais ses portières pour qu’elle ait des ailes.
Mon frère me disait que les passagers allaient tomber, je lui répondais qu’il n’y avait pas de passager.
« _mais qui la conduit alors ?
_ personne, elle se conduit toute seule, elle est libre, c’est un oiseau.
_ ah oui, c’est vrai. »
Mon frère avait parfois du mal à suivre mon imagination, il faut dire que je n’étais pas toujours facile à suivre, mais il suffisait que je lui explique et il ne me contrariait jamais dans mes histoires.
Il y avait dans la cour, une porte donnant sur un escalier s’enfonçant dans les méandres d’une cave obscure.
Nous n’y sommes jamais allés, nous n’avions pas le droit, c’était « dangereux ».
Si bien que nous inventions des tas d’histoires effrayantes sur cette cave.
Puisqu’on nous avait défendu d’y aller sans explication concrète, et que nous avions peur, il fallait bien donner une raison valable à cette peur.
Quelque chose de tellement effrayant que nous ne pouvions y descendre, puisque nous n’étions pas des poules mouillées.
La première raison que trouva mon frère fut :
« je suis sûr qu’il y a une sorcière ! »
je lui dis alors
« _mais non ! Ça c’est dans la cabane de l’école !
_ ah oui, c’est vrai. Alors peut être des araignées géantes !
_ non ça c’est dans le jardin de mamie.
_ peut être un fantôme …
_ les fantômes ça existe pas, ou alors, ils sont gentils
_ ah oui, c’est vrai… »
Nous restions là, côte à côte dans la cour à regarder la porte de cette cave sans oser en approcher.
Et puis mon frère, frappé par un éclair de génie, dit :
« c’est des scorpions qu’il y a là dedans ! »
Les scorpions étaient la terreur de nos vacances.
Chaque été nous partions deux semaines avec mon père dans la maison familiale en Ardèche.
Chaque été notre père nous répétait les mêmes choses :
« ne marchez pas pieds nus, ne collez pas vos lits aux murs, ne laissez pas vos chaussons par terre, regardez toujours dans vos chaussures avant de les mettre ».
Tout ça, à cause des scorpions.
Toute la famille savait qu’il y en avait plein les murs en pierre.
Bien que la seule fois où j’en vis un, fût bien plus tard dans les toilettes, écrasé par terre par mon grand père.
Mais notre père avait bien fait son travail, nous avions une peur terrible des scorpions.
Nous décidâmes donc que l’horreur qui se trouvait dans la cave était une colonie de scorpions assoiffés de sang et qui rêvaient de dévorer nos orteils.
À partir de là nous pûmes recommencer à jouer dans le reste du jardin puisque nous avions trouvé une bonne raison de ne pas nous approcher de la cave.
Néanmoins, quand le gentil pépé du deuxième étage descendait dans la dite cave, nous étions à la fois terrorisés et curieux de voir s’il allait en ressortir vivant.
Puisque c’était le cas, mon frère émit l’hypothèse que les scorpions devaient dormir ou bien qu’il ne s’attaquait pas aux personnes âgées.
Je n’y croyais pas une seconde, voyons un scorpion ne dort jamais ! Et ils sont tellement méchants qu’il s’attaquent à tout le monde, surtout aux gentils pépés !
Je commençais alors le soir à imaginer que notre pépé avait des super-pouvoirs.
Tout en grattant de mon ongle le plâtre du mur, il me fallait bien un passe-temps puisque je n’avais plus le droit de ronger les meubles, j’essayais de deviner quel était son pouvoir.
Je ne l’imaginais pas devenir tout vert comme Hulk, je l’imaginais mal avec des yeux laser, il ne pouvait pas faire de kaméhaméha puisque c’était mon futur pouvoir.
Peut être crachait il du feu, non soyons sérieux, ça c’est les dragons…
J’optais au final pour l’invisibilité, oui ça lui allait bien à mon pépé qui était si discret.
Je m’endormais donc rassurée par la certitude qu’il ne se ferait jamais manger par les scorpions puisqu’il savait se rendre invisible.
Le lendemain de ma trouvaille, j’en fis part à mon frère qui me dit :
« _ mais non ! En fait il lance des éclairs bleus avec ses doigts comme l’empereur dans Star Wars !
_ pff, Star Wars c’est pas la vraie vie, ça existe pas et puis l’empereur il est méchant alors que pépé il est gentil ! »
Mon frère partit vexé. Je venais de remettre en cause son grand amour cinématographique.
Je me rendis compte immédiatement de ma boulette et le rattrapais pour m’excuser.
Mais il était trop vexé et je dû attendre qu’il ait fini de bouder pour lui proposer :
« _ si tu veux on peut jouer à Star Wars, et je ferais la princesse Leïa … même si elle est nulle.
_ d’accord et moi je fais Luke et je viens te sauver ! »
Je trouvais ça vraiment nul de jouer la princesse Leïa, elle était toujours coincée quelque part et devait attendre que Han Solo ou Luke vienne la sauver … non mais quelle gourde !
D’ailleurs le jeu finissais toujours quand, fatiguée d’attendre que mon frère ait fini de tuer tous les Stamp Troopers de sa chambre, je décidais de me rebeller et de tuer Jabba le Hut avec mon sabre laser.
« _ mais t’as pas de sabre laser ! T’es pas un jedi !
_ et ben peut être que si ! J’en ai acheté un sur Tatooine !
_ mais tu peux pas ! La princesse Leïa elle se bat pas, c’est une princesse ! Elle attend qu’on vienne la sauver !
_ ben c’est pas ma faute si elle est nulle, je veux plus jouer la princesse, je veux jouer Han Solo.
_ tu peux pas, Han Solo c’est moi.
_ non, toi t’es Luke !
_ je suis Luke et Han Solo.
_ alors moi je suis Dark Vador et l’Empereur.
_ non ! C’est moi qui les joue aussi !
_ pff, si tu veux jouer tous les rôles, moi je vais jouer aux playmobiles.
_ tu peux jouer Jabba si tu veux.
_ beurk, c’est une grosse limace qui peut même pas bouger.
_ … on va jouer dans le jardin ?
_ d’accord, mais cette fois, c’est moi qui joue Indiana Jones !
_ oui si tu veux »
finalement, je me dis que les relations fraternelles sont comme les relations amoureuses, bourrées de concessions pour qu’elles fonctionnent. Au moins le temps qu’on est coincés ensemble.

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Un Chapeau

Posté par lobop le 3 août 2011

Un chapeau pourquoi pas.

Ça parle suédois par la fenêtre.
J’ai trop d’énergie en moi.
Mon corps est si fatigué.
Les enfants jouent.
Les jeux font les enfants.
Une armée de vélos se repose.
Deux arbres frères qui font l’amour.
Un paquet de cigarette sous une couverture.
Ça manque de jasmin, de lavande et de genévrier.
Cette ville n’est pas Berlin, il faut accepter que tu n’y sois pas.
Je dessine vraiment de plus en plus mal.
Un jouet perdu sur le bitume.
Il n’y a pas assez de nuit ici.
Ce banc de bois me réconforte.
Ses mains me manquent.
Une odeur de café me fait sourire.

Et puis le ciel s’étire encore et encore, il y a trop de ciel ici, les nuages filent, menacent puis fuient, comme lui, loin, là où je ne peux les voir ni les atteindre.
La lune me regarde et je me cache dans mon châle.
Je parle anglais dans ma tête, pour que les mots me blessent moins.
Des larmes ? Pourquoi faire ?
Ma douleur est sèche, contemplative, je ne suis que le témoin d’un monde fou.
Qui tourne et fonce vers son explosion.
Mes yeux écarquillés, je vois…
frappée par l’absurdité de la souffrance,
abasourdie par l’inutilité de ma douleur,
je vois des êtres malades lutter contre leurs symptômes en se cachant la cause, la source de cette peste qui les ronge.

Useless, oui, encore une fois,
et vous qui avez peur d’aimer, oui, vous tous, qui fuyez la magie.
Vous ne comprenez pas non, que c’est là votre seul remède.
Que sans elle vous périrez, seul en votre cœur de n’aimer personne.
Vous ne comprenez pas qu’elle est la base de tout.
Mais vous vous accrochez à vos souffrances, à vos douleurs qui vous donnent un air profond.
Torture, victime, peur, fuite, refus … mais ne voyez-vous pas que tout ceci n’est que violence ?

Une pluie fine, dernière caresse, froide oui mais tellement plus chaleureuse que les regards morts que je croise.
Ils me prennent pour une malade à me voir rire sous la pluie, mais malade je le suis bien moins qu’eux qui partent se réfugier dans leur triste solitude.

Il y a peu de gens à qui parler ici.
Il y a peu de gens dans le monde.
Je n’aime pas parler aux robots, c’est épuisant.
Mon énergie est pour les hommes.

Je regrette tellement ce que tu es devenu, toi qui fut mon meilleur ami.
Je regrette tellement que tu ais arrêté de chercher pour te contenter de peu.
Tu méritais tellement mieux.
Sans doute étais-tu épuisé.
Pourquoi suis-je toujours la seule à me battre ? À continuer de chercher ?
Ils se sont tous arrêtés en chemin, et m’ont reproché de continuer à avancer.
Seulement je ne peux faire autrement.
Les robots me font peur.
Je ne veux pas être un robot.

Un chapeau, oui, j’aimerais bien un chapeau.

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