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Destination

Posté par lobop le 30 juillet 2011

Elle n’était pas réelle n’est ce-pas cette magie que j’ai goutée ?
Cette eau pure et délicieuse qui a caressé mes lèvres et mes espoirs durant quelques jours, quelques heures.
Il n’y avait rien de raisonnable bien-sûr dans cet espoir, dans ce feu qui me sauvegardait du froid, de la solitude.

À présent que j’ai choisi de ne point aimer n’importe qui sous prétexte de ne pas être seule,
maintenant que j’ai fait le choix de rester fidèle à moi-même et de ne plus me trahir pour convenir à un endroit, il va bien falloir que je l’embrasse cette solitude, que je l’accepte, que je la vive.
Peut être même arriverais-je à l’aimer ?
Où serait-ce trop égoïste et prétentieux de ma part ?

Et comment garder son cœur froid quand ces mains sont si douces ?
Comment refuser tant de chaleur alors que je tremble de froid ?

Comment ne pas entrer dans cette maison qui m’accueille alors que je suis perdue dans la nuit ?
Et même si elle n’est pas la ville que je cherche, même si elle n’est pas Jérusalem, comme il est tentant d’y passer la nuit, comme il est délicieux d’y rire en oubliant pour quelques heures, quelques jours, quelques années, ma destination.

La ville sainte m’a appelée, attirée vers elle par tant de promesses de paix, de douceur, de simplicité.
Mais avant de m’indiquer le chemin pour la rejoindre, elle a disparue, changé son opinion, rejeté ma foi.
Dois-je encore y croire ?
Comment une ville sainte peut-elle douter ?

Je pourrais m’endormir sur cette couche confortable qui a l’odeur de l’herbe fraiche.
Cela me changerait des racines épineuses aux pieds des grands arbres qui hantent mon périple.
Je pourrais rester devant ce feu qui brûle dans l’âtre et me réchauffe, me réconforte, m’éclaire d’une lueur douce.
Plutôt que d’aller encore une fois marcher sous l’averse glacée, les orteils recroquevillés par le froid.
Je pourrais profiter de l’ombre bienvenue des coins de murs pour cacher à moi-même mes peines et mes douleurs.
Alors qu’à la lumière d’Israël je devrais tout montrer, me mettre à nu, je ne pourrais rien cacher, rien couvrir sous ce soleil brulant.

Cette maison me rejettera je le sais, comme elle sait que je dois chercher Jérusalem.
Je caresse ses pierres, son bois, le temps que j’y suis. Je l’aime, elle est un havre de paix sur ma route douloureuse.
Sa beauté, sa chaleur sont une bouffée d’air pur qu’il m’est nécessaire de prendre aujourd’hui, asphyxiée par trop de marche, découragée devant le chemin qu’il me reste à parcourir.
Seule, bien sur seule, puisqu’il le faut.
Jusqu’à Jérusalem ou au delà si celle ci ne me veut pas, si au final elle ne me plait pas.

Quelle folie d’aller marcher si loin alors qu’il y a de si beaux endroits sur ma route.
Mais je ne cherche pas la beauté, seulement l’endroit qui me correspond, et s’il est en ruine, ou englouti par les flots, j’y serais quand même à ma place.
Pensant parfois avec un sourire à la petite maison qui m’avait tant plu.
Peut être trop solide, trop chaleureuse, trop différente de moi pour y finir mes jours.

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Urgence Bidule

Posté par lobop le 27 juillet 2011

« _ dis dis dis, tu t’occupes de moi ?
_ pas tout de suite, je suis occupée, joue un peu tout seul tu veux.
_ bon, je vais aller me baffrer un peu et je reviens.
_ oui oui … »

bon alors, comment je fais maintenant, un plan ? Détaillé ?
Ça me fait peur les plans, j’aime pas ça, c’est pas de mon monde.
Comme si Bidule devait conduire une voiture …Bidule suit son instinct, il court, il saute, il ne lui viendrait pas à l’idée de démarrer une bagnole pour se déplacer plus vite.
Bon moi c’est pareil, il ne me vient pas à l’esprit de faire un plan, d’organiser mes idées, de décider de la fin avant d’écrire.
C’est comme si je devais me priver du plaisir de découvrir où vont les mots … de la surprise de voir la fin arriver d’elle même dans ma tête alors que j’en suis au milieu de l’histoire.

« _ et maintenant tu t’occupes de moi ?
_ mais je suis occupée Bidule !
_ occupée à quoi ? Tu fais rien !
_ à réfléchir …
_ « réfléchir », mouai, c’est encore un mot que je pige pas, et tu vas encore me dire que c’est parce que je suis un lapin.
_ je sais que tu piges pas, et c’est vrai que t’es qu’un lapin après tout, bon, tu veux un câlin ?
_ laisse tomber, j’ai un coup de mou là, je vais m’allonger un peu. »

Bon sang, mais pourquoi j’arrive pas à faire un plan ? À organiser mes pensées ? Pourquoi je peux pas me résigner à décider du parcours que mes mots devront suivre ?
J’ai l’impression que si je le fais ça tuera la magie.
Mais le problème c’est que la magie prend déjà cher. Mon roman s’essouffle alors que j’en suis qu’au huitième chapitre.
Je dois organiser tout ça, je dois faire des choix et m’y tenir, je dois …

« _ mais qu’est-ce-que c’est que ça Bidule !
_ je sais pas trop, mais je suis bien fatigué, j’ai fait une flaque on dirait, tu me fais un câlin ?
_ oh c’est pas vrai, pourquoi t’as la diarrhée toi ? Bon euh … non pas de câlin tout de suite, on va gérer l’urgence.
_ calme toi tu me stresses à être speed, je vais aller manger un peu ma gamelle.
_ non, fini la salade, fini les granulés, tu te contentera du foin le temps que j’appelle le véto.
_ tu es dure avec moi, elle avait l’air si bonne la salade ! »

Bon, aller, coup de fil au véto, une place maintenant ? Oui, je prends, le temps de mettre Bidule dans la cage de transport et j’arrive.

« _ ah ben tu veux plus que je reste dans ma cage maintenant ?
_ non, tu vas dans la petite, on part chez le véto.
_ ah non ! J’aime pas la petite, elle est pas confortable et puis ça arrête pas de bouger là-dedans !
_ tatata on discute pas, c’est moi qui décide.
_ pff, quand je serais grand c’est moi qui déciderai…
_tu seras jamais grand, t’es un lapin. »

J’ouvre la voiture, je mets le contact et la musique à fond pour faire comme à la maison.
Je mets la ceinture autour de la cage même si ça sert à rien, ça rassure.
Un sourire du mécano quand je passe devant le garage, pas le temps de rendre plus qu’un sourire angoissé, urgence-Bidule, j’aimerais avoir un girofard.

« _m’enfin c’est qu’une petite diarrhée tu sais, ça va même déjà mieux, regarde comme je mords bien les barreaux de la cage, je fais presque autant de bruit qu’à la maison !
_ oui ben t’es pas vétérinaire, on sait jamais ce que ça peut cacher de plus grave …
_ pff, on peut même plus faire de flaque en paix maintenant… »

Rhaa merde, j’avais oublié que cette rue était en travaux, bon ben va falloir être patient mon lapinou, on en a bien pour un quart d’heure d’embouteillage… il me faut de la musique qui calme les nerfs, il est où mon album de Korn ? … clef usb de 4 giga c’est bien mais c’est beaucoup plus long de chercher LE morceau qu’on veut.
Voilà, parfait, maintenant on attend que ça passe.

« _ j’aime bien quand tu mets du métal à fond, mais j’aime moins quand tu chantes à tue-tête par dessus.
_ oui mais moi ça me calme.
_ oui mais moi ça me stresse, j’ai l’impression que tu me cries dessus.
_ ok j’arrête.
_ ah ouai ? Putain c’est pratique d’être malade !
_ surveille ton langage tu veux, je n’ai pas élevé un lapin grossier ! »

voilà, enfin la clinique vétérinaire est en vue, mais c’est qu’il est gland ce type en kangoo il va me rentrer dedans ! Klaxon dans tes dents ! Ah ben oui ça surprend c’est sur, t’avais qu’à regarder ton angle mort avant de déboiter patate !

« _c’est fou ce que t’es râleuse au volant…
_ pas râleuse, juste gauloise… voilà, on y est, je te détache mon bonhomme et on va voir le docteur.
_ hey mais je reconnais cet endroit ! C’est là qu’ils font des piqûres et où ils mettent des thermomètres dans le derrière !
_ finalement t’as de la mémoire …
_ tu rigoles ? Bien sur que je m’en souviens, je n’ai jamais été aussi humilié de ma vie ! Un thermomètre dans le royal postérieur de sa majesté Bidule 1er ! Et sans prévenir en plus !
_oui, ben t’es peut être roi chez les lapins mais ici t’es juste Bidule, mon animal de compagnie, et s’il faut te mettre des trucs dans le derrière pour te soigner, j’hésiterais pas une seconde.
_ pff … y a plus de respect … »

« _bonjour bonjour, c’est moi qui ai appelé tout à l’heure pour un lapin nain bélier pris de diarrhée!
_ ah oui, son nom c’est … Bidule c’est ça ? »
tout le monde se marre
« _oui oui c’est ça …
_ bien, asseyez vous. »

Je m’assoie à côté d’une nana avec un chat qui est tombé du 5ème étage.
Elle me demande ce qui t’arrive et pourquoi tu t’appelles Bidule, vu que tu refuses de parler aux étrangers, je réponds à ta place.
« _ ah ben il a la diarrhée depuis cette après midi…
_ et pourquoi il s’appelle Bidule . C’est amusant comme nom !
_ ben … il avait pas la tête à s’appeler Newton, alors je l’ai appelé Bidule…
_ ah .. et il a un petit surnom ou …
_ euh, oui, c’est Truffe parce que euh … ben il est vraiment trop con…
_ ah … c’est … mignon … »
le véto appelle la jeune femme qui m’abandonne donc avec le sentiment d’être une mère ingrate.
Ils sont rapides, le chat va bien, j’en suis ravie pour elle, à nous donc mon Bidule, allons affronter le vétérinaire.

Je le regarde te palper, t’aimes pas trop ça hein, tu me lances des regards outrés où je lis « mais comment ose-t-il cet humain me tripoter le ventre ! »
J’ai un peu envie de rire mais je me retiens, je suis assez passée pour un mère indigne aujourd’hui.

« _bon, y a rien d’inquiétant … je vais lui faire deux petites piqûres et vous donner un médicament à lui donner tous les jours.
_ si c’est du « rongeur-digest » j’en ai encore depuis la dernière fois, mais il aime pas ça ! Si j’en met dans son eau il arrête de boire.
_ à la seringue alors. Et puis du yaourt nature 3 fois par jour.
_ ok, il faut donc que j’en achète, à la seringue aussi ?
_ oui, ça sera plus simple, et sinon juste du foin et de l’eau. »

tu vas kiffer mon Bidule, un médoc que t’aime pas, du yaourt à la seringue, plus de salade ni de granulés, juste du foin et de la flotte.
Bon, et moi je vais moins kiffer la facture.

« 50€45! »
ah oui quand même …
« _ euh vous pouvez l’encaisser la semaine prochaine ?
_ oui bien sur, je peux même l’encaisser le 8 si vous voulez. »

Elle est mignonne, j’aime les gens qui ne sont pas pressés de creuser mon découvert.
Allez, on retourne à la maison ma truffe, avec la musique à fond bien entendu.

« _t’as vu j’ai rien dis quand il m’a fait les piqûres, j’ai même pas bougé !
_ oui tu as été très bien, t’es un gentil lapin !
_ non ça n’a rien à voir avec de la gentillesse, je suis un warrior et j’ai pas peur des piqûres ! J’ai rien senti j’suis trop fort.
_ ouai ouai t’es un guerrier qu’a un système digestif de nourrisson…
_ mais euh t’es méchante alors que moi je suis malaaaade. »

L’épisode voiture-véto-voiture est fini, tu vas pouvoir te poser un peu, je t’ai nettoyé ta cage, tu peux t’allonger, je vais préparer ton médoc.

« _humm, j’aime quand ma cage est propre … mais mais c’est quoi ça, pourquoi tu me mets un bout de plastique dans la bouche ?
_ c’est ton médicament dans la seringue, alors bois.
_ non c’est pas bon, je préfère manger du foin.
_bois
_mais arrête de me harceler avec ça ! J’en veux pas .
_ bois !
_ mais c’est pas bon ! J’vais m’enfuir, tu pourras pas m’attraper !
_ NON ! Tu restes, et tu bois !
_ tu fais peur quand tu cries, je préfère encore quand tu chantes…
_ BOIS !
_ d’accord d’accord, mais c’est dégueu.
_ oui ben t’en as pour une semaine alors si tu veux batailler à chaque fois, on va y passer des heures.
_ je n’abandonnerai pas la bataille, je suis un warrior !
_ oui ben le warrior il va faire une sieste dans sa cage.
_ un câlin avant ?
_ pff, warrior en carton …
_ en fait il faut que je sois malade pour que tu t’intéresses à moi…
_ l’ingratitude personnifiée, mais oui, t’as raison, faut que tu sois malade pour que je me rende compte de ton sale caractère.
_ hôpital-charité tout ça …
_ j’t'aime ma truffe.
_ Honk, moi aussi je t’aime maman, tu peux reprendre tes réflexions maintenant, j’vais faire une sieste. »

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Transfert

Posté par lobop le 26 juillet 2011

Comment vous expliquer, ma chère, que j’aimerais faire partie de votre vie.
Vous ne comprendriez pas, non, ce besoin que j’ai d’être présent.
Vous me parlez de vos amis, de vos amants, de vos passions.
J’aimerais rencontrer ce frère que vous admirez tant.
Je voudrais voir dans leurs yeux cet amour que vous portent vos amis.
J’aimerais entendre vos éclats de rire quand vous êtes entourée de vos proches; ces êtres que vous connaissez si bien, avec lesquels vous êtes en pleine confiance, et donc entièrement vous même.
J’aimerais vous voir danser, un peu ivre, sur ces musiques qui jouent les partitions de vos journées.
Je battrais des mains, en rythme, comme j’imagine si bien ceux que vous appelez vos « potes » le faire.
Je voudrais être témoin de vos réveils, silencieux à regarder l’oiseau déplier ses ailes et les lisser pour se lancer dans un nouveau jour.
Personne n’a ce privilège, j’aimerais tant le prendre.

Comme je rêve de me transformer en mouche pour pouvoir survoler vos réunions amicales autour d’un thé, écouter toutes vos conversations.
Je regarderais vos tendres échanges avec ces hommes qui ont la chance d’être vos intimes.
J’en souffrirais, c’est certain, mais cela me permettrait de voir comment vous aimez.

Comme j’aimerais vous regarder créer, ma douce, et je vous embrasserais dans le cou alors que vous choisirez vos couleurs, vos pinceaux, votre plume.
Je voudrais être un de vos outils que vous glissez sensuellement entre vos doigts, qui devient un prolongement de votre main, de votre tête, de votre cœur.
Je voudrais voir la vie avec vos yeux, ressentir les choses à votre manière.
Pour vous comprendre, oui, pour vous connaître, pour être celui qui saurait entièrement la personne que vous êtes.

Vous ne laissez plus personne vous regarder dormir, et cela me console de ne pas être le seul à en être privé.
Et quand vous pleurez, ma tendre, comme vous me dites que cela vous arrive très souvent, quand les sanglots vous déchirent, quand vos yeux s’irritent de trop de larmes versées, quand votre bouche mord l’oreiller pour étouffer vos hurlements.
Je voudrais être là, pour sécher vos larmes, pour baiser vos yeux, pour vous serrer fort jusqu’à ce que les sanglots cessent et pour embrasser cette bouche qui crie.
Être celui qui apaise votre douleur et tant pis si pour cela je devrais prendre des coups.

Je voudrais laver votre corps abîmé, passer un linge humide sur votre nuque, savonner vos courts cheveux bruns et faire couler l’eau sur votre peau, avant de la couvrir d’une étoffe douce et chaude et vous serrer dans mes bras tel un petit paquet d’amour.

Mais tout ceci m’est interdit, inaccessible, je ne suis que votre psy et vous n’avez aucune idée de ce qui habite mon désir alors que vous vous confiez.

Je vous verrai dans deux semaines, longues pour moi à rester dans l’attente, courtes pour vous dans votre vie si remplie d’émotions.

Ça fera 45 euros, passez une bonne journée.

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Rônin

Posté par lobop le 23 juillet 2011

Un chemin qui court dans une prairie japonaise.

Je t’ai aimé si tu savais. Dans mon lit seule, je t’ai embrassée, j’ai caressé ton corps, goûté ta peau, senti ton essence.
Je t’ai fait l’amour tant de fois seule dans mes draps.

Un rônin marche sur le sentier, dos à moi, il regarde l’horizon, un ciel bleu pastel avec des nuages flous.

Je t’ai pleuré si tu savais, parfois à gros sanglots, parfois juste quelques larmes clandestines qui roulaient le long de mes joues sans que je puisse les retenir.
Je t’ai appelé de toute la force de mon âme, de toute la volonté de ma foi.

Le guerrier gravit la colline sans regarder le vert des herbes qui l’entoure, toujours les yeux au loin, toujours la tête droite.

Je t’ai rêvé si tu savais, dans mes jours comme dans mes nuits, j’ai rêvé que tu étais à mes côtés à me tenir la main pour m’accompagner.
Je t’ai imaginé souriant devant la beauté de la vie qui nous avait réunis.

L’homme a son fourreau vide qui tape contre sa cuisse à mesure de ses pas.
Son sabre rouillé est porté par sa main droite, baissée, la pointe traîne par terre, il ne peut plus se battre avec cette arme brisée, il avance sans se retourner.

Je t’ai parlé si tu savais, je t’ai dis tant de choses.
J’ai susurré mes secrets à l’oreille de ton absence.
Je t’ai expliqué qui je suis et à quel point tu me manques.

Le samouraï déchu a atteint le haut de la colline, il hésite peut être mais ça ne se voit pas. Il avance et disparaît de ma vue, de mon monde, de ma vie.

Tu es parti, et moi, agenouillée au bord du sentier, je rêve encore de ton retour.

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sables mouvants

Posté par lobop le 18 juillet 2011

Je combats le gouffre.
De toutes mes forces je refuse qu’il m’aspire.
Je sens chaque partie de moi sombrer l’une après l’autre.
D’abord les pieds s’enfoncent dans la vase, puis les sables mouvants aspirent mes jambes, mon ventre dans un bruit de succion dégoutant.
Ma poitrine est comprimée par les sables, je peine à reprendre mon souffle.
Il ne reste que ma tête dehors, en sueur, et mes bras qui s’accrochent vainement à des branches trop fragiles.
Le bois casse, les touffes d’herbe s’arrachent.
Je ne peux pas perdre mon énergie à crier, et pourtant mes yeux sont un hurlement, un appel au secours strident que personne n’entend.
Je lutte, mais ils sont trop loin, trop haut, ceux qui pourraient m’aider.
Mes cheveux collés de boue et de sueur sur mes joues, je ressemble de plus en plus à une statue d’argile.
Des larmes oui, des larmes coulent en un flot continu alors que ma bouche s’ouvre et se ferme telle une carpe.
Mes doigts saignent de s’accrocher aux ronces, mes doigts en charpie, mes bras qui tirent, mes muscles se déchirent, mes articulations se disloquent et pourtant je lutte, pour continuer à vivre, pour pouvoir de nouveau sentir le soleil sur ma peau, l’eau dans ma bouche, le vent sous mes doigts.
Je sais que je finirai par perdre mais pas sans avoir combattu de toutes mes forces.
Je suis nue dans les sables, nue dans la vase, nue dans la boue glacée.
Où sont ils à présent tous ces hommes qui voulaient me sauver ?
Certains ont fui terrifiés devant l’ampleur de la tache, les autres je les ai chassés.
Je suis seule à lutter et je vois au loin toutes ces femmes qui dansent et volent dans les airs.

J’ai perdu mes ailes.
Elles n’étaient pas bien grandes et j’avais peine à me maintenir dans le ciel.
Elles fatiguaient vite et je tombais trop souvent.
Couverte de bleus, les ailes froissées et abimées, j’ai fini par les arracher de colère et les jeter au loin, décidant que je continuerai à pied.
Le contact de la terre sous mes pieds fut au départ un ravissement, je me suis mise à courir, à sauter, à me rouler par terre.
Je ne regrettais pas le ciel puisque la terre m’appartenait.
Mais je n’ai pas été prudente, sure que j’étais de la solidité du sol.
Sure que mon choix était bien le meilleur.
J’ai vu un endroit tellement joli, recouvert d’arbres, à l’abri du soleil.
J’ai vu de la mousse, du lierre, le lieu m’a attirée.
Alors que je contemplais la beauté des rayons du soleil filtrant à travers des milliers de feuilles aux verts multiples, le sol commença à aspirer mes pieds.
J’aurais dû fuir mais l’effet m’amusa, j’attendis de voir, certaine que le fond n’était pas bien loin.

Et me voilà maintenant, trahie par mon excès de confiance, par ma naïveté.
Mes ailes arrachées sont en train de sécher au soleil à des kilomètres de moi.
La végétation me cache au yeux de ceux qui volent et qui pourraient me venir en aide.
Ceux qui marchent sont trop peu nombreux et ne viennent jamais par ici.

Je vois son visage se dessiner dans ma mémoire, un souvenir, je souris, il était si beau.

Je lutterai jusqu’à la fin car je sais à présent que j’appartiens au ciel.
Qu’arracher mes ailes était une erreur.
Que même atrophiées et fragiles elles étaient une partie de moi et me permettaient de voler très haut, même si ça ne durait jamais longtemps, c’était toujours mieux que le gouffre.

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histoire d’enfants

Posté par lobop le 7 juillet 2011

Je me suis toujours demandé ce que ça faisait de tuer un être humain.
Tous ces livres et ces films qui mettent en scène des meurtres, des combats, des guerres et des accidents.
Mais qu’est-ce que l’on ressent au moment où l’on voit la vie disparaître des yeux d’une personne ?
Qu’est-ce que l’on ressent quand on se retrouve être la cause d’une mort ?
J’imagine que ça dépend du contexte et de chaque personne.
Mais même en se défendant, la mort est tellement irrémédiable et définitive.
N’a-t-on pas un système d’alarme dans la tête qui s’allume pour dire « attention ! au prochain coup tu vas ôter la vie ! »
N’a t-on pas une voix qui nous crie « non tu n’as pas le droit de supprimer un être ! »
Apparemment non, nous n’avons pas ça, sinon j’imagine qu’il n’y aurait pas autant de morts violentes.
Et après ? Comment se sent-on ?
N’y-a t-il pas une haine envers soi même de s’être pris pour Dieu, pour la Mort, d’avoir pris un droit absolu sur la vie d’un autre être ?

Quand j’étais enfant, dans le salon de mon père il y avait un vieux fauteuil en bois. Et sur les accoudoirs des boules de bois massif. L’une d’elle se décrochait facilement de sa cheville.
Je restais assise dessus avec la boule dans la main, me disant que si un tueur entrait je lui jetterais à la tête.
Sûre que je viserais à la perfection et que le coup le tuerait sur le champ.
J’essayais d’imaginer alors ce que je ressentirais, les traces que laisseraient en moi un tel acte.
Tuer un être humain est un acte d’une telle importance et d’une telle violence pour l’âme, que j’avais convenu avec moi même que cela me changerait définitivement et que je ne pourrais jamais revenir en arrière vers la petite fille que j’étais.
Alors je restais là dans mon fauteuil en espérant qu’aucun tueur n’entre jamais pour que je n’ai pas à le tuer.
Et j’angoissais à l’idée de voir mon père ou mon frère entrer et les confondre avec un tueur.

Je ne supportais pas que mon frère me fasse peur car j’étais terrifiée à l’avance des possibles réactions que je pouvais avoir.
La distance entre une blessure légère et une blessure mortelle m’apparaissait si courte que j’enrageais de le voir si irresponsable avec sa propre vie.
J’aimais mon frère et j’avais toujours peur de lui faire du mal, alors je me vis souvent céder à ses caprices pour ne pas engager une dispute qui aurait pu mal tourner.

Il n’y a que quand il me donnait des ordres totalement absurdes que je me rebiffais.
J’avais envie de lui dire « je n’ai jamais essayé de te priver de tes libertés, pourquoi veux tu me priver des miennes ? » ou encore « je ne m’en prends jamais à ton intégrité physique alors ne passe pas par ce biais pour exprimer ton agacement ».
bien sur je n’avais pas les mots à l’époque alors je me contentais de dire « arrête de me taper, si je me défends je pourrais te tuer !»
Ce qu’il prenait par erreur pour une menace ou pour de la prétention de ma part, n’était en fait que l’expression de ma plus profonde angoisse, à savoir causer la mort d’un être humain, encore plus d’un être cher.

Bien-sûr je n’avais jamais douté de ma capacité physique à tuer puisque j’avais compris depuis longtemps que n’importe qui pouvait y arriver par accident ou bien avec l’arme adéquate.

Mais mon frère était un petit garçon insouciant vis à vis de ce sujet et ne comprenait pas les angoisses de sa petite sœur à la tête tordue.

Alors oui, il nous arrivait de nous battre et j’abandonnais très vite la partie puisque je ne voulais pas le taper.
Je trouvais ça trop violent pour moi de taper quelqu’un, le faire m’aurait fait plus de mal à moi qu’à lui finalement.

Je me rappelle d’un jour où nous étions dans le fond du jardin de ma grand mère.
Mon frère me racontait qu’un de ses copains s’était mis à pleurer quand il avait reçu un coup de poing dans l’estomac et que « c’était un bébé parce que ça fait même pas mal ! »

J’acquiesçais à tout ce qu’il me disait et le soutenais dans son opinion tout en me disant que j’aimerais pas beaucoup qu’on me tape dessus, et que peut être que si le garçon avait pleuré ce n’était pas à cause de la douleur physique mais à cause de la douleur psychologique de voir que quelqu’un osait s’en prendre à lui. Que se rendre compte qu’un autre enfant n’avait aucun respect pour lui et qu’il ait envie de lui faire du mal, était à mon sens bien plus traumatisant qu’un coup de poing dans le ventre.

Mon frère était en train de me dire que même moi je n’aurais pas pleuré, alors que j’étais une fille et bien plus petite.

À l’âge où notre relation fraternelle commençait à changer, où mon frère prenait de plus en plus ses distances avec cette petite sœur qui décidément n’était pas aussi bien qu’un garçon pour jouer, et où je ne pouvais que subir l’éloignement de ce frère que j’adorais, sans pouvoir y remédier puisque j’étais une fille, je vis dans cette comparaison une flatterie et le moyen de me rehausser à ses yeux.
Mon frère voulait que je sois forte, que je sois dure, et bien je le serais !
Si cela pouvait me permettre de regagner son amour, je signais tout de suite !

Si bien que quand il me demanda de faire un test qui consistait à le laisser me donner un coup de poing dans le ventre pour me montrer à quel point c’était banal et inoffensif, je me retrouvais bloquée.

Déjà bien consciente de la concordance que doivent avoir les mensonges entre eux pour qu’ils fonctionnent, je ne pouvais décemment pas refuser après avoir clamé haut et fort que « non moi je n’aurais pas pleuré, parce que je ne suis pas un bébé et ça fait même pas mal ! »
J’hésitais quand même quelques minutes, me rendant compte du goût amer d’un mensonge qui mène à une impasse.
Mais mon frère, qui était un petit garçon très manipulateur même s’il jouait tellement mal la comédie qu’il arrivait rarement à ses fins auprès des adultes, était pour moi un modèle, une source de vérité inébranlable.
Le seul que je pouvais vraiment croire puisque j’avais appris à l’âge de deux ans auprès de ma grand mère paternelle qui nous avait affirmé « votre mère vous a abandonnés » qu’on ne pouvait raisonnablement pas croire les adultes.

Au bout de longues négociations comportant « mais si j’ai un peu de larmes qui coulent ça veut pas dire que je pleure hein ! C’est mes allergies ! » et de « t’inquiète, je vais pas taper fort, c’est juste pour te montrer ! »

Je finis pas accepter. J’aurais dû voir dans ses yeux ce besoin viscéral de se défouler, cette énergie violente finalement, qu’il n’arrivait pas à canaliser.
Mais à l’époque, j’étais totalement aveugle vis à vis de lui puisque c’était le plus beau, le plus fort, le meilleur.
Parce que nous avions déjà vécu ensemble des drames familiaux et que cela faisait de lui celui qui me connaissait le mieux et donc le seul sur qui je pouvais compter.

Quand il lança son poing dans mon ventre cela me fit l’effet d’un éclair, la douleur puis le souffle coupé et ma position pliée en deux ne m’empêchèrent pas de voir dans ses yeux d’abord le soulagement de cette violence qu’il expulsait enfin de son corps, puis l’inquiétude en voyant mon visage livide, ses idées fonçant à toute allure dans ses yeux pour arriver à « merde j’vais m’faire engueuler ! », puis très réactif il passa dans mon dos, mis ses bras à travers les miens et tira en arrière me forçant à me redresser et à me cambrer ce qui me permit de reprendre ma respiration.
C’est qu’il y avait mis toute sa force le bougre !

J’appris beaucoup de choses sur mon frère à cet instant là, qu’il n’était pas une source de vérité, qu’il pouvait mentir lui aussi et qu’il était bien plus préoccupé par sa peur de se faire engueuler que par la douleur de sa petite sœur.
J’étais terriblement déçue et triste d’avoir perdu la seule personne de confiance que j’avais eu jusque là.
Mais aussi honteuse et en colère contre moi même de m’être fait avoir aussi facilement, de ne m’être pas rendue compte plus tôt qu’un être humain ne pouvait pas être aussi parfait que je le souhaitais.
Je lui en voulais un peu aussi d’avoir profité de mon amour inconditionnel pour lui et de ma naïveté.

Quand au repas du soir je dis à mon assiette et à ma mère que je n’avais pas faim car j’avais mal au ventre, je vis le visage de mon frère se décomposer de peur.
Je compris alors que son sentiment de culpabilité et sa trouille que je lâche le morceau constituaient ma meilleure vengeance.
J’eus, je m’en rappelle, un rictus voulant dire « je te tiens pas les couilles », même si je ne savais pas à l’époque à quelle partie de l’anatomie ce mot faisait référence.

Pendant le reste de notre séjour, mon frère ne m’embêta plus, il essayait parfois de venir jouer avec moi mais je l’évitais. Il me laissait alors tranquille tout en ayant une sorte de regret dans les yeux.
Peut être s’était il rendu compte de ce qu’il avait perdu et qui lui avait bien servi jusque là : la naïveté et la confiance absolue de sa petite sœur.

À partir de ce jour j’acquis auprès des membres de ma famille une capacité à les faire culpabiliser assez impressionnante et que j’utilisais jusqu’à la fin de mon adolescence.
Et à l’inverse de mon frère, je me découvris un réel don pour le mensonge et la comédie que je ne manquais pas de mettre à profit.
J’étais tout à fait capable d’affirmer que j’avais vu un martien sur un éléphant rose sans que rien dans ma voix, dans mon visage ou dans mon corps puisse trahir le mensonge.

Mon frère fut donc à plusieurs reprises puni pour mes bêtises, mais bon, il l’avait bien cherché puisqu’il m’avait trahie.

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