Je ne t’écoute pas

Posté par lobop le 5 août 2010

Il se peut que nous devenions amants.
Il se peut qu’un après midi sous la pluie soit la seule chose que nous partagions.
Comment te dire,
je ne sais pas.

Je ne veux pas te connaître plus.
Je ne veux pas que tu perdes tes secrets auprès de moi.
Ne t’épanches pas, n’en dis pas trop, tu me plais comme cela.
Je peux tout imaginer.
Tu restes mystérieux et je me surprends à m’empêcher de deviner ta vie.
Ce que tu es doit rester secret pour moi, tu risquerais de devenir normal.
Je peux t’aimer ainsi, le temps d’une journée et d’une nuit.

Je ne veux pas connaître ton corps nu, je veux continuer à le deviner sous tes vêtements.
Le goût de ta bouche, je l’imagine amer comme le café que tu bois, acide comme les citrons que tu manges en me regardant et frais comme une brise marine.
Je n’y goûterai pas, tu le sais.
Tu as effleuré mes doigts et ce contact fugace m’a ravie.
Des frissons ont couru le long de mes côtes, de mon dos, pour finir à la naissance de mes cheveux.
Un soupir de plaisir, un petit sourire en coin et les yeux qui se baissent.

Quand tu parles j’écoute tes mains.
Elles me racontent tant de choses.
À quel point je te plais, ton envie de m’impressionner, ta passion pour la vie, tes angoisses que tu tentes de cacher, une sensibilité qui te fait honte mais que j’aime.
Je contemple ensuite la racine de tes cils, la courbure de ta lèvre supérieure, l’arc de tes sourcils, la légère cassure de ton nez, les pattes d’oie aux coins de tes yeux;
comme j’aime déchiffrer les lignes qu’a laissé la vie sur ta peau.
Tu es un homme qui sourit beaucoup.
Qui plisse souvent les yeux à cause d’une légère myopie ignorée.

Alors que tu te lances dans l’explication de ton métier je me perds dans la contemplation de tes cheveux.
Je n’écoute plus que le soleil dans tes mèches.
Blondes, rousses, châtains, éclairées par le soleil ou peut être pas le sel de la mer … où vis-tu d’ailleurs ?
Près de l’océan ou bien au milieu des terres ?
Je choisis, tu me permets ?

Je t’installe sur une île bretonne, dans une petite maison de pierres blanchies à la chaux, avec un prés autour donnant sur une falaise.
Tes cheveux rendus fous par le vent, debout, les mains dans les poches à regarder la mer.
Oui, décidément, ça te va bien .

Je souris à cette pensée et ce geste t’encourage, tu reprends de plus belle.
Je crois que tu parles de tes amis en ce moment.

Je repense à ta démarche quand tu es venu vers moi.
Un pas mal assuré, tu ne savais quoi faire de tes bras.
Et pourtant quand je t’ai vu la première fois et que tu ignorais encore tout de mon existence, tu marchais en toute confiance, ta position au sol m’a plu, svelte et solide à la foi.
Il y a des gens qui marchent sur la pointe des pieds, d’autres qui martèlent le sol de leur talons.
Toi tu utilises tout ton pied, du talon jusqu’au gros orteil, tu embrasses le sol à chaque pas.
Tes jambes se plient et se déplient souplement, les muscles de tes cuisses jouent sous ta peau.

Oui je t’ai beaucoup observé avant que tu ne t’aperçoives de ma présence.
Tes pieds, tes jambes et ta démarche ont attiré mon regard.
Un rapport au sol solide et souple, inébranlable, prêt à résister à la plus violente tempête.
Mais quand tu es venu à notre rendez-vous, tu avais perdu tout ça.
Un petit garçon perdu sur un bateau au cœur de la tempête.
Cherchant désespérément un bout auquel s’accrocher.

Je sens que je t’impressionne même si tu reprends peu à peu confiance.
Tu t’es arrêté de parler, je m’en rends compte en voyant ton regard interrogateur.
Tu reposes ta question:

« et toi ? Parle moi de toi. »

je réfléchis, puis je réponds:

« moi, je ne vis que dans la magie d’un instant, au delà de ça, je ne suis plus rien. »

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