guerre

Posté par lobop le 16 janvier 2017

Et tu finis en croix dans un cratère.

Le bruit coule sur toi sans conséquence.

Les frissons parcourent ton corps et ton souffle se fait frénétique.

Ta lèvre inférieure tremble, tes narines se dilatent et tes yeux se révulsent.

 

C’est le moment, l’instant où tout bascule.

Tu ne sens même plus les bouts de shrapnel qui creusent leurs chemins dans ta chaire.

La terre glisse et te recouvre ; fine poussière d’abord puis couverture réconfortante, enfin poids insoutenable qui t’écrase.

 

Tu penses à ta mère, tu voudrais qu’elle sache où tu seras enterré.

Tombe anonyme au milieu d’un champ de bataille.

Et si on te retrouve, saura-t’on te reconnaître ?

Ta médaille suffira-t’elle à mettre une identité sur ton visage ?

Qu’est ce qu’un nom au final ?

Cela suffit-il à définir quelqu’un ?

 

La boue s’insinue dans tes narines et ta bouche. La fin approche.

Tu ressens un soulagement en pensant que tu n’auras plus à réfléchir à ce que tu feras après la guerre.

Une certaine tristesse à l’idée que ta vie aura été vide de sens et inutile au monde.

Mais après tout, tout le monde ne peut pas être un héros.

 

L’oxygène dans ton sang s’épuise et ton cerveau s’éteint doucement, il t’envoie de dernières images colorées et absurdes.

Tu ne sauras jamais quels étaient leurs sens.

 

Au revoir, adieu, si tant est qu’il existe.

 

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voeux 2017

Posté par lobop le 16 janvier 2017

Pour cette nouvelle année, je souhaite m’adresser aux enfants, aux graines du futur, à nos femmes et hommes en devenir.

 

Je vous souhaite un monde dans lequel vous ne serez plus les perdants de l’histoire,

où vous ne serez plus les victimes de l’idiotie crasse de vos aînés,

où vous ne serez plus les dommages collatéraux des guerres adultes et absurdes.

 

Je vous souhaite de grandir dans une paix essentielle à votre développement.

Je vous souhaite de ne pas avoir à grandir trop vite, trop tôt.

Je vous souhaite la liberté totale dans vos choix.

Je vous souhaite l’empathie, la tolérance, l’amour et la joie.

 

Alors, peut-être vous serez l’espoir du monde.

Peut-être ce sera vous qui le changerez, l’apaiserez, l’embellirez.

Je ne serai sans doute plus là pour le voir, mais cela n’a pas d’importance.

Faites taire les adultes, ce monde vous appartient, faites-le vôtre et façonnez le à votre image.

 

Mes meilleurs vœux à vous, mes enfants du monde entier.

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L’aventure de Caty

Posté par lobop le 10 octobre 2016

Caty ne tenait plus en place ce matin là, elle allait enfin réaliser son rêve : travailler à l’Agence Mondiale des Mystères de l’Univers, l’AMMU.

Elle venait juste d’obtenir son diplôme après cinq années d’études.

Elle savait qu’elle allait devoir faire ses preuves pour être accepter dans cette prestigieuse entreprise.

 

Elle se leva de très bonne heure, prit grand soin de sa toilette et se força à avaler un copieux petit déjeuner malgré son estomac noué.

 

Quand elle arriva enfin à son nouveau lieu de travail, avec une demie-heure d’avance, elle tremblait de tous ses membres.

Et s’ils ne l’aimaient pas ?

Et s’ils avaient fait une erreur dans les résultats du concours ?

Il n’y avait que deux places pour cinq milles postulants. Elle avait tant travaillé, mit toute sa vie entre parenthèses pour atteindre son but. Cinq années plongée dans les livres et la solitude. Mais cela en valait la peine.

 

Les premières semaines furent difficiles, elle se faisait toute petite et personne ne la remarquait. Elle était si timide.

Mais son travail était passionnant. Elle côtoyait de célèbres astronautes, ses héros de toujours, même si elle n’osait pas leur adresser la paroles.

 

Un jour elle décida qu’il était temps de se secouer les puces (façon de parler) et de faire ce qu’il fallait pour se faire remarquer.

Elle se mit alors à se porter volontaire pour toutes les missions qu’elle voyait passer. Elle passait tout son temps libre à s’inscrire sur des listes et à remplir des dossiers de candidature.

 

Elle savait bien qu’elle avait très peu de chances d’être choisie ; mais sait-on jamais, un miracle était possible.

 

Celui-ci se produisit au bout de six mois.

La spécialiste en biologie extra-terrestre de la mission KIT découvrit qu’elle était enfin enceinte après des années de tentatives désespérées. Tous les autres biologistes étant pris et la mission ne pouvant pas être retardée, le chef de l’expédition se tourna vers Caty.

Celle-ci sauta sur l’occasion sans même prendre le temps de réfléchir.

Elle allait enfin partir loin de la planète, vivre dans l’espace pendant six mois et, qui sait, peut-être découvrir d’autres mondes.

 

L’équipe étant composée de douze membres, elle réussit plus facilement à se lier d’amitié avec eux. Leur bienveillance vis à vis de son âge et de son manque d’expérience fut rafraîchissant.

Elle s’adapta très facilement et avec délice à la routine du vaisseau. Elle pouvait démontrer sa compétence, partager ses découvertes et se réjouir de l’enthousiasme de l’équipe.

 

Au bout de quatre mois cependant, un problème arriva. Une tempête solaire imprévue se déclencha. Toute la technologie du vaisseau fut hors-service en un instant.

La panique s’installa à bord. Tout le monde courrait en tout sens, ne sachant pas quoi faire.

Caty fut surprise de ressentir un grand calme.

 

Elle réfléchit rapidement, la seule solution était d’atterrir quelque part, un satellite, une planète ou même un astéroïde. Pourvu que cela leur laisse le temps de réparer le vaisseau.

La chance avait voulu que le système de recyclage d’air était ancien et fonctionnait mécaniquement, sans avoir besoin de technologie avancée.

 

C’était un vieux vaisseau qui avait été retapé et Caty le connaissait par cœur car elle l’avait beaucoup étudié dans son enfance. Elle avait un attachement particulier à celui-ci, car il portait presque son nom : CAT.

 

Elle se dit qu’avec un peu de chance il avait toujours ses anciennes commandes mécaniques. Après plusieurs vérifications, elle découvrit que c’était le cas. Toute excitée elle fit part de sa découverte au reste de l’équipe.

Sans technologie avancée il leur était impossible de revenir à leur point de départ. Mais ils pouvaient en revanche atterrir sans danger sur une planète.

 

Au bout de trois jours de recherche à vive allure, ils entrèrent dans un système solaire inconnu et repérèrent une planète habitable qui fut leur choix.

 

L’atterrissage se passa plutôt bien : le vaisseau fut ralenti dans chute par des arbres plus grands que ce qu’ils n’avaient jamais vu.

Une fois à l’arrêt, les jauges de mesure d’oxygène leur appris que l’air de cette planète était respirable.

Ils préparèrent donc une expédition à l’extérieur.

 

Ils laissèrent bientôt tomber leurs mesures scientifiques tant ils étaient émerveillées par ce qu’ils voyaient. Tout était si grand, magnifique, incroyable.

Ils croisèrent alors une espèce locale qui les abasourdis par son étrangeté : bipède, glabre ou presque, immense, se déplaçant en meute.

 

Bientôt un des bipèdes, sûrement une femelle d’après ce que voyait Caty, les repéra et s’approcha, intrigué.

Toute l’équipe se cacha, sauf Caty, obnubilée et paralysée par la peur. La bipède s’accroupit devant elle, curieuse et Caty paniquée commença à crier son propre nom dans l’espoir de se faire comprendre et épargnée : « je m’appelle Caty Caty Caty Caty ! »

 

La bipède haussa un sourcil, sourit et répéta « cat ». elle avança sa patte étrange et lui caressa la tête.

Caty ronronna de soulagement, le reste de l’équipe la rejoignit et tous se mirent à se frotter aux jambes de la bipède qui riait de plaisir.

 

Trois millions d’années plus tard, sur la route des vacances, j’aperçus en lisière de forêt comme un minuscule vaisseau spatial avec les lettres C.A.T écrites dessus.

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Le ciel !

Posté par lobop le 17 avril 2016

une femme seule sur scène, le doigt tendu en l’air

 

J’ai touché le ciel !

Vous avez vu ? Là, à l’instant, avec mon doigt, j’ai touché le ciel !

C’est incroyable, enfin moi je ne l’aurais pas cru. J’ai touché le ciel, c’est fou non ?

 

Et moi qui pensais que j’étais trop petite … toute ma vie j’ai pensé que j’étais trop petite.

1 mètre 58, c’est pas très grand il faut l’admettre.

1 mètre 58, j’aurais pu faire un effort et atteindre le mètre 60 !

 

1mètre 58 ça veut dire qu’on se tient droit, la tête haute pour donner l’impression d’être plus grande.

1 mètre 58 ça veut dire s’entraîner à paraître sûre de soi, pour pas se faire marcher dessus.

C’est développer un caractère et une personnalité les plus forts possible. Pour ne pas être invisible.

 

À 1 mètre 58 on est couvert de piques tournées vers l’extérieur, en dessous, une carapace en titane.

Il faut bien se défendre non ? Et puis la meilleure défense c’est de faire un peu peur, pour décourager ceux qui pourraient avoir envie de nous attaquer.

 

Oui, des fois à 1 mètre 58 on est un peu seul.

Mais c’est pas obligé hein !

Rien n’est obligé …

Et quand on est seul c’est parce qu’on le souhaite … on le souhaite ? Vraiment ?

En tout cas c’est ce qu’on dit, à soi et aux autres.

 

Je connais des femmes, oui j’en connais … au moins trois.

Trois femmes que je connais qui sont plus petites que moi.

Trois ! C’est beaucoup quand même ! C’est que je ne connais pas grand monde au final.

 

Et ce qui est étrange, c’est quand je me trouve à côté d’elles, je me sens bizarre, trop grande, dégingandée ; je ne sais plus quoi faire de mes bras que je trouve trop longs.

Ça va mieux quand on s’assoie.

 

À 1 mètre 58 on est habitué à être la plus petite personne dans la pièce. Et ça va, c’est normal. Mais quand on se retrouve la plus grande, on perd tous ses repères.

Je crois que si la nuit prochaine je prenais d’un coup 20cm dans mon sommeil, ça ne me plairait pas du tout. Je serais beaucoup trop visible, je me courberais sans doute, pour rétablir l’équilibre.

 

Bref, 1 mètre 58 ça me va bien, et puis je n’ai pas besoin de grandir, j’ai touché le ciel ! Avec le bout de mon doigt, je l’ai même un peu enfoncé dedans, oh pas beaucoup hein, juste la moitié de la première phalange.

 

La matière du ciel … c’est comme … du yaourt ?

Un peu oui, du yaourt translucide et sec. Le doigt ressort sec.

C’est assez agréable comme matière.

 

Je me demande … non, quand même pas !

Je n’oserai pas, ou peut être que si.

 

Je me demande … quel goût ça a le ciel ?

J’hésite, j’ai peur d’être déçue. Vous imaginez ?

Si le ciel a mauvais goût, ce serait … affreux, terrible, la vie n’aurait plus aucun sens !

Non ?

J’exagère peut être un peu, je fais ça des fois.

 

Alors il faut que je me décide.

Juste le bout du doigt.

 

Allez, je goûte …

 

oh c’est bon, c’est bon, c’est bon, c’est bon, c’est bon, c’est bon …

 

elle sort

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Après une nuit blanche.

Posté par lobop le 21 septembre 2015

Je me demande toujours, au moment de passer à la caisse d’un super-marché ce que peut bien penser la caissière en passant mes articles.

Se fait-elle une idée de qui je suis en regardant ce que j’achète ? Ou est-elle tellement habituée et ne fait absolument pas attention à ce qui passe entre ses mains.

Ces mains qui connaissent instinctivement les endroits où se cachent les code-barres. Elle pourrait le faire les yeux fermés, mais ça ne serait pas très commerçant.

Que pense-t-elle donc devant moi, ma tête fatiguée après une énième nuit d’insomnie, des cernes sous les yeux, habillée avec les premières fringues que j’ai pu trouver, mon cadis défraîchi qui lui indique que je ne possède pas de voiture, que je suis venue en bus, un lundi matin après une nuit blanche pour acheter …

 

6 paquets de céréales, deux briques de lait de riz (je parlerai une autre fois de mes diverses allergies et intolérances alimentaires) et 6 rouleaux de PQ.

 

« Cette fille n’a pas une très bonne hygiène alimentaire … c’est peut être des courses d’appoint … ou alors elle a des enfants qui adorent ces céréales … des enfants sans voiture, des céréales de marque, pourquoi seulement deux briques de lait de riz ? …

Verdict: célibataire, sans enfant, sans voiture. Mauvaise alimentation.

Pourquoi je me prends la tête à manger 5 fruits et légumes par jour alors qu’elle a l’air de si bien se porter en mangeant n’importe quoi ? Peut être est-elle malade de malnutrition sans le savoir, qu’en sais-je, je regarde peut-être une moribonde ignorante du sort qui l’attend ? »

 

Elle pourrait se dire cela oui. Bien que j’en doute, on présume toujours que les gens nous portent beaucoup plus d’intérêt qu’ils ne le font réellement.

 

Je me rappelle un jour où j’étais moi même caissière à la fnac durant une période de noël.

Je m’efforçais d’être accueillante et aimable avec chaque client qui passait par ma caisse. Ils avaient tous attendu une bonne vingtaine de minutes dans la file d’attente et je voulais les désamorcer tout de suite avec un sourire sincère avant qu’ils ne déversent leur frustration sur moi. Ça marchait plutôt bien.

Bref, je me rappelle un soir, après une longue journée, d’une cliente qui avait choisi un livre.

Elle l’avait posé face bien visible sur le comptoir, je n’y avais pas fait attention et l’avait machinalement retourné pour scanner le code-barre. Cette cliente me dit alors « il a l’air bien ce livre vous ne pensez pas ? » je regarde alors le titre du livre pour savoir si je l’avais déjà lu :

16 façons de faire jouir un homme

 

Je regarde la cliente ne sachant que dire, et je vois ça : son questionnement face au jugement de la caissière, précisément le même que j’ai aujourd’hui, et aussi un réel désir de connaître mon opinion sur l’ouvrage.

Plutôt que de se sentir gênée, cette cliente a choisi d’aller au devant de mon jugement et d’assumer entièrement son achat.

Finalement c’est moi qui me suis sentie gênée, je ne la jugeai pas, si elle ne m’avait pas fait remarqué le livre, je n’aurai même pas regardé la couverture.

Je lui ai répondu « sans doute, je ne sais pas. » et elle a terminé la conversation en disant pour elle-même « oui, il a l’air bien ».

 

Je me rappelle de cette dame parce qu’il y avait dans ses yeux une sorte d’espoir, le livre de la dernière chance, une bouée à laquelle se raccrocher. Les conseils miraculeux de quelque « spécialiste » du plaisir masculin qui devait se faire un fric monstre sur le dos de femmes auxquelles on avait inculqué que l’orgasme le plus important était celui de l’homme.

 

Tiens, mon féminisme prend le dessus. Peut-être que je juge après tout.

 

Revenons à ce matin.

En attendant le bus qui devait me ramener chez moi, je regardais dans la direction d’où arriverait le bus et je vis un chibani qui me fusilla du regard. Je compris alors qu’il pensait que derrière mes lunettes de soleil je le dévisageais. Tellement habitué aux attitudes racistes et excluantes, qu’il interprétait mon regard comme une agression de plus.

Je lui fis un grand sourire sincère ce qui le détendit aussitôt et le fit sourire à son tour.

Désamorcer, toujours désamorcer les peurs et frustrations d’autrui.

Tout le monde vit dans sa tête et suppose qu’il se fera agresser par son prochain, tout le monde se méfie de tout.

 

Je suis plus sensible à tout cela après une nuit sans sommeil, sans doute parce que je n’ai pas l’énergie de me tourner vers mon monde intérieur. À part les caissiers, ça c’est toujours, qu’importe mon état de fatigue.

 

J’ai remarqué aussi qu’à chaque fois que je fais le ménage, je pense à une ancienne amie qui était accro à la propreté, qui jugeait toutes ses amies sur comment elles tenaient leur maison, comment elles cuisinaient, comment elles nettoyaient … je savais bien à l’époque qu’elle me considérait comme une mauvaise maîtresse de maison car je ne faisais pas le ménage tous les deux jours ; je ne lui ai jamais dit qu’il m’arrivait parfois de passer deux mois sans passer ne serait-ce qu’un coup d’aspirateur, elle aurait fait un malaise.

Un soir elle a été très surprise en goûtant une sauce que j’avais faite. Elle m’a demandé « non mais sérieusement c’est pas toi qui l’a faite, tu l’as achetée ! ». Plutôt que de me vexer, je lui répondis avec un grand sourire (désamorcer, toujours désamorcer) « c’est bien moi qui l’ai faite, il y a encore le wok que j’ai utilisé dans l’évier si tu veux vérifier ». Elle bouda, je l’avais surprise et avais démoli sans le vouloir la supériorité qu’elle s’était construite. Les choses n’ont plus été les mêmes après cet épisode …

Bref, je m’égare, donc je pense à chaque fois à elle quand je fais le ménage et à son obsession de la propreté. Je me demande « est-ce que c’est assez propre pour toi ? » « quelles remarques me ferait-elle ? », « je suis bien passé dans tous les coins ? Et mon balais espagnol, il n’est pas trop sale à ton avis ? ».

Bon, cela ne m’obsède pas au point de m’obliger à faire le ménage plus souvent.

Un grand ménage tous les deux mois, je trouve ça amplement suffisant (en fait non, je ne trouve pas ça suffisant, mais je suis une telle flemmarde …)

 

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Mon Naturel

Posté par lobop le 18 mars 2015

J’ai perdu mon naturel.

Il était là, pas loin derrière moi, et puis je me suis retournée et POUF, plus rien.

Vous l’auriez pas vu par hasard ?

 

Parce que vous voyez, mon naturel il est plutôt sympa d’habitude, il me tient la main et me rassure, on s’entend bien tous les deux.

Mais là je crois qu’il a eu peur, je suis bien emmerdée maintenant, va falloir que je fasse quelque chose.

 

C’est qu’il est timide mon naturel, il est craintif.

Il suffit que je sois avec des gens que je ne connais pas pour qu’il se barre en courant.

 

Et moi, ben je sais plus qui je suis, je sais plus quoi dire ou faire, comment me comporter, comment Être.

Je regarde les gens autour de moi et je me sens toute nue. Ça m’énerve de pas comprendre comment ils font, eux.

Alors je me mets à faire des bruits avec ma bouche, à gesticuler dans tous les sens, à rouler des yeux, à paniquer …

même que des fois, je bave.

Je bave des yeux surtout.

 

C’est mouillé la bave des yeux et j’aime pas avoir le visage mouillé de bave.

Je me cache pour essuyer, sécher, assécher, tarir, frotter, gratter, griffer … jusqu’à ce que ça soit sec.

 

Et puis du coup je suis trop sèche et vide, non, plutôt trop pleine d’air. Le syndrome du trop plein d’air, on en a tellement qu’on sait plus quoi en faire.

 

J’aurais dû l’attacher mon naturel. Mais il aime pas ça. Il est épris de liberté, il aime pouvoir gambader à sa guise. Dans les champs, sur les toits, en haut, en bas, il fait le zouave et cours partout.

Des fois il est là, et des fois il est juste derrière toi, comme pour me narguer « vas-y, attrape moi ! ».

Mais on m’a appris à ne pas foncer sur les gens, même quand mon naturel est caché derrière eux.

 

Alors je l’attrape pas, je le regarde s’éloigner en emportant un peu de moi à chaque pas.

Je reste là.

Et je bave des yeux.

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l’acrobate

Posté par lobop le 16 mars 2015

C’est un acrobate vert de rage et blanc de peur, la pluie fait grésiller son feu de camp, il cherche à avoir chaud, partout, sur tout le corps, son corps froid, il met les mains sous ses aisselles pour le réchauffer. Ce geste intuitif remonte à la nuit des temps, comme une marque génétique de ses ancêtres qui vivaient sur les atolls.

 

Des gestes, tics, comportements automatiques, il ne lui reste plus que ça pour se rappeler qu’il est en vie.

Une bête lui monte sur le dos qui le grattouille soudain, il ne bouge pas, reste statique, les bêtes dans cette forêt sont dangereuses.

Elle joue avec ses nerfs, si elle n’avait pas été dans son dos il l’aurait faite tomber avec une cascade de coups.

 

Un son cristallin parvient à ses oreilles, une harpe au loin joue une mélodie triste.

Quel hasard de se retrouver là, dans ce bois, la vie s’est bien foutu de lui. Il ne cherchait que la paix, l’harmonie avec le monde, les peuples, il est devenu leur ennemi, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et pourquoi ?

À cause d’une canaille, un escroc, du temps où il était naïf.

Sa vie ne tient qu’à un fil, un avenir tangible, il le sait.

Le froid le prend soudain, il pense à ses actes passés.

 

Il a tué le roi … il est temps de prendre ses distances avec la race humaine.

C’est une folie de penser qu’ils lui pardonneront un jour.

 

Cette foule en colère et surexcitée a bien failli l’écorcher vif, il s’en est sorti de justesse, grâce à ses acrobaties, il tremble rien qu’à s’en rappeler.

 

Une silhouette apparaît de l’autre côté du feu, il la voit mal, elle se meut doucement, souplement, tout son corps évoque la menace . Il ressent un picotement dans la nuque, il y a quelqu’un derrière lui.

 

Une présomption, une prémonition l’informe qu’ils sont bien plus nombreux dans les fourrés.

Ils prendront sa vie s’il ne se défend pas, ils prendront sa vie de toutes manière.

 

Il se lève, prend sa hache et la fait virevolter au dessus de sa tête, les perles de ses tresses s’entrechoquent et tintinnabulent.

Un jeu de séduction mortelle se met en place entre la silhouette et lui, à qui impressionnera le plus l’autre.

 

Il sent soudain un gonflement dans sa poitrine, son cœur accélère, après observation il se rend compte qu’il a en face de lui une femme, il est condamné, ce sont Les Guerrières, la garde de Freya.

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Patagonie

Posté par lobop le 1 mars 2015

Je suis la terre de feu, craquelée sous le soleil brûlant, tremblant de fièvre, exhalant des souffles longs de vapeur.

Gorgée d’eau, dégoulinante et pâteuse sous la pluie drue.

Les mustangs sauvages frappent mon corps de leurs sabots et le font vibrer d’une musique exaltante. Le rythme de ma vie est perturbé, accéléré par les chevaux, les bisons qui chargent telle une armée allant au combat.

L’hiver je me rétracte, je m’endors, je reste en moi même, le monde n’existe plus et je m’enfonce dans mon sommeil glacé.

Quand vient le temps de la vie, celui des bourgeons, de la divine sève ; je sens grouiller dans mon corps toute l’enthousiaste énergie qui n’attend plus de jaillir.

Et je respire, je bouge, je vibre pour chaque plante, chaque brin d’herbe qui s’étire hors de mon corps.

J’ondule sous la chlorophylle sacrée.

Je tremble de désir pour la fraîcheur des rosées qui le matin me font frissonner.

 

Ô êtres humains si petits, si insignifiants qui grouillez à la surface.

Je vous donne un avertissement, aimable coup de semonce qui, si vous l’entendez, vous permettra de sauver votre espèce.

Ne vous avisez pas de vous croire propriétaires de la terre. Vous ne possédez rien que votre vie, et s’il vous prenait l’envie de détruire ce qui ne vous appartient pas, mon corps, mon âme, mon essence ; alors je vous prendrais votre bien le plus précieux.

 

Votre existence.

 

Pas immédiatement, mais tout doucement, je cesserai de vous nourrir, de vous tenir au chaud, de vous protéger des maladies.

Vous vous éteindrez, comme jadis les Aztèques qui croyaient pouvoir contrôler la terre.

 

Je suis la terre de feu, je suis millénaire et je reste là. Je vous survivrai.

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Horoscope à rebours 2013

Posté par lobop le 5 janvier 2014

Horoscope à rebours 2013.

Voici une année qui commence et une année qui s’achève. Regardons si vous le voulez bien le bilan de cette année. ( -et si j’veux pas ? – On regarde quand même et tu fermes bien ta mouille.)

Amour :
Félicitation, vous avez réussi, pour une fois, à vous tenir éloignée des chagrins d’amour, certes, vous vous êtes tout simplement tenue à l’écart de l’amour, mais ce fut très efficace, convenons-en.
Faites tout de même attention à ne pas trop vous endormir dans cette situation, vous pourriez avoir du mal à quitter le bonheur, la joie, l’extase … heu … le confort du célibat.

Travail :
Alors là, bravo, vous avez battu des records en matière de glandouille, UNE journée de travail sur 11 mois, il fallait le faire ! Comment ça il n’y avait pas assez de tournages ? Mais ce n’est pas une excuse ça madame ! Bon, l’année 2013, coincée dans la constellation de la mouise a été assez pauvre pour tout le monde, et il est vrai que le travail bénévole ne paye pas les factures (c’est un peu le concept, non ?). Bref, le bon côté de cela est que vous ne pouvez pas faire pire, n’est ce pas ?
(- try me. – shuut ).

Argent :
Mouhahahahaha, huhuhu, hihihi … excusez-moi, je sèche mes larmes, je reprends mon souffle, et je suis à vous. Bon le concept de l’argent, qui accompagne souvent le concept du travail, est parti en vacances cette année. Vous avez tout de même réussi à gérer un peu mieux vos finances, enfin, cette fin d’année surtout (rapport au travail, tout ça … ). Inutile d’épiloguer donc, c’était pas la panacée quand même.

Chance :
Heu, vous voulez vraiment que je vous dise ? Non, mais vraiment ? Honnêtement ? Bon, allons-y.
Je crois que vous n’avez jamais fait pire en matière de chance. Et je dois vous l’accorder, vous avez fait preuve de motivation et vous avez dépensé une énergie conséquente (pour vous, j’entends) pour briser ce cercle de poisse. Mais malheureusement, tout ne dépend pas de vous, et vous devez avoir un très mauvais karma, mais alors vraiment très mauvais, car l’univers s’est fait un malin plaisir à s’acharner sur vous. Mais non ne pleurez pas, vous aurez quelque chose à raconter à vos petits enfants au coin du feu !

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Salut, t’es qui ?

Posté par lobop le 8 août 2013

« Hey toi là-bas ! Salut, t’es qui ? Hey, j’veux dire, j’aimerais bien savoir qui t’es, tu sais, te connaître quoi, apprendre à t’connaître.

Tu veux pas ? Tu veux pas me connaître ? Ben c’est pas grave, c’est moi qui veut savoir qui t’es, et puis tu sais pas, j’suis peut être une fille super intéressante !

Non mais c’est pas ton nom que j’veux savoir, c’est qui t’es.

Ton boulot ? On s’en fout, c’est pas ça, tu comprends pas, c’est simplement toi, toi que j’veux connaître.

 

C’est tes rêves par exemple. À quoi tu rêves ? C’est quoi tes rêves ? Non mais, oublie la carrière, la famille, la bagnole et tout ça. Ce que j’veux savoir, c’est ce que tu es toi, au fond de toi, où tu vas dans ta tête quand t’es seul et que t’as besoin de rêver ? Il est comment le monde où tu vas quand tu veux t’échapper ?

Tu veux un exemple ? Tu comprends pas la question ? Ben j’sais pas, c’est pas bien compliquée pourtant ! Non mais j’suis pas venue te parler pour t’étaler mes rêves, c’est le tiens que j’veux savoir … ouai, t’as raison, faut qu’ça soit un échange, ok.

 

Ben tu vois, quand j’rêve, le monde il est … magique. Y a des dragons, des fées, des sorciers. Y a des montagnes immenses qui disparaissent dans les nuages. Y a des paysages fantastiques, des châteaux imprenables, des rivières d’arc en ciel.

C’est la magie au lieu de la technologie, des dolmens au lieu des gratte-ciels … hey, t’as vu, j’fais des rimes !

T’aime la poésie ? Moi j’adore, parce que j’y pige que dalle. Enfin, la plupart du temps.

 

Des fois quand j’rêve, je suis sur un drakkar et je parcours les océans avec une armée de vikings. Y a des tambours pour nous donner la force de ramer et du courage parce qu’on est tous morts de trouille. De quoi on a peur ? Ben j’vais t’le dire !

On a peur qu’un serpent immense surgisse de la mer pour nous bouffer. Ah tu vois tu t’marre, j’aurais au moins réussi ça !

 

Et toi alors ? À toi de me dire tes rêves !

La science-fiction ? Ah ça c’est chouette, avec des vaisseaux spatiaux et des voyages intergalactiques … des planètes de toutes les tailles et des couleurs de fou. Des habitants de toutes les formes, des races inconnues.

Ah tu vois, tes rêves ils sont encore plus fous que les miens ! Ben si, moi je me contente d’une planète, toi tu peuples tout l’univers.

Et ta peur dans ce monde là, c’est quoi ? Pourquoi tu t’marre ? Un serpent de l’espace ? Ah ben tiens, c’était bien la peine de t’foutre de moi !

 

Ça te dis qu’on s’assoie ? Oui, là sur le trottoir dos à la barrière.

J’ai un autre rêve aussi. Dans celui-là, je marche sur les toits, je regarde la ville d’en haut. Et c’est plus du tout la même ville, vue d’en haut. C’est plus calme, c’est plus grand aussi, y a plus les immeubles qui bouchent la vue. Je regarde la ville sous un autre angle et ça change tout.

C’est pas mal des fois de changer d’angle de vue. Ça permet de voir les choses différemment, ça ouvre les possibilités.

 

La magie, les toits, les vaisseaux spatiaux … quand on a envie de fuir.

Je sais pas toi, mais moi j’ai de plus en plus envie de fuir. J’ai envie de trouver un monde fait de villages, où on circulerait à cheval pour avoir le temps de penser durant le trajet. Le temps de s’ennuyer, le temps de regarder. On n’a plus le temps de rien, on court partout, faut aller vite, être efficace. J’ai plus envie d’être efficace, j’ai envie de vivre tout simplement. Vivre et regarder vivre, qui c’est qu’a dit ça déjà ? Je sais plus, quelqu’un qu’avait tout compris en tout cas.

 

T’as plus l’air si pressé d’aller au boulot toi. T’as plus envie d’y aller ? J’te comprends, j’aurais pas envie non plus.

 

Dis moi, j’voudrais te demander un truc, te poser une question. C’est délicat.

 

C’est quoi qui vaut la peine d’être vécu aujourd’hui ?

L’amour ? Nan, les gens ont plus le temps pour l’amour. Aimer c’est difficile, ça coûte, faut s’investir, ça prend de l’énergie et du temps, ça rapporte pas de fric.

Y a plus d’amour qui naît, ou si peu. Les gens préfèrent passer à autre chose quand ça devient plus sérieux et donc plus compliquée, quand ça demande trop d’efforts.

T’aime quelqu’un toi ? Non, ben tu vois.

Ça fait souffrir aussi, et on n’accepte plus de souffrir, ou alors, pas longtemps. S’investir dans une relation amoureuse en se disant qu’on a tout à perdre, faire confiance à quelqu’un d’autres que soi, donner son cœur et son amour en prenant le risque que l’autre les brise, plus personne veut faire ça, ça fait trop peur, ça fait trop mal.

 

Il reste quoi alors, quoi qui vaut la peine d’être vécu si on peut plus compter sur l’amour ?

 

Créer ? T’as bien dit créer ? Mais créer pour quoi ? Pour être reconnu ? Pour être aimé ?

Non ?

Créer pour soi ! Pour se faire plaisir à soi ! C’est pas con ça. T’es pas con toi ! Pardon, j’voulais pas dire que j’te croyais con, non, quand on rêve de science-fiction, on peut pas être con.

J’aime bien ton idée, créer pour soi !

 

Merci, tu m’as donné un appui pour ma journée, une raison de vivre en quelque sorte. Non j’dis pas que j’voulais me foutre en l’air, non ! Mais tu m’as donné un espoir, voilà, un espoir qu’il y a encore des bonnes choses dans ce monde de technologie et de pognon.

 

Allez, j’vais te foutre la paix maintenant et te laisser aller au boulot. Merci encore hein, j’suis contente de t’avoir connu. Non, me dit pas ton nom, ça sert à rien un nom, ça réduit.

J’te connais bien mieux que si je savais ton nom.

Allez, salut science-fiction ! »

 

 

«  Hey madame ! Hey vous êtes qui ? J’veux dire, n’ayez pas peur, j’veux juste vous connaître.

Vous voyez, j’allais au boulot et puis j’ai rencontré une fille … et, enfin, c’que j’veux dire c’est que j’aimerai bien vous connaître. Vous allez où quand vous rêvez … »

 

 

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